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Glaciers, glaces polaires et océans (mis à jour 18/12/11)

Cette chronique est destinée à recentrer l'alarmisme actuel sur la fonte des glaces et l'évolution des océans à partir d'articles publiés récemment dans des revues scientifiques de bonne qualité. Elle est en relation directe avec celle qui concerne les planctons . Elle fait aussi écho à celle qui traite des "calamités" comme les ouragans ou les sécheresses, de manière plus générale..Comme vous allez le voir, les résultats des recherches en cours n'ont que peu à voir avec ce que l'on vous raconte dans les médias et avec le catastrophisme qui y règne en maître. Bien au contraire !

18 Décembre 2011 : Des reconstructions récentes de l'évolution des températures depuis des millénaires :

Comme je l'ai souvent écrit dans ce site, la science poursuit imperturbablement sa progression. Les méthodes et les techniques d'observation s'enrichissent et s'affinent, et contrairement à une croyance généralement entretenue par les médias, les idées évoluent.

Il en va ainsi des connaissances que nous accumulons, jour après jour, sur les climats et les températures de surface qui ont existé sur notre planète bien avant l'ère industrielle. En bref, il s'agit de l'histoire du, ou plutôt des climats de notre planète dont la connaissance est indispensable pour juger de l'évolution des climats contemporains. Et il ne s'agit évidemment pas de se limiter à l'étude de l'évolution du climat durant les 30 dernières années (C'est-à-dire l'âge des observations faites à partir de l'espace) comme certains voudraient nous le faire croire.

J'ai choisi de rapporter sur deux articles très récents, publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture qui font le point sur l'évolution des températures depuis plusieurs millénaires dans deux endroits de la planète, très différents par leur latitudes et leurs longitudes et qui sont séparés par une distance de quelques 9000 km, de manière à pouvoir observer les similitudes et les éventuelles différences.

1- Le climat au Groenland depuis 4000 ans :

Kobashi0

1National Institute of Polar Research, Tokyo, Japan.
2Scripps Institution of Oceanography, University of California, San Diego, La Jolla, California, USA.
3National Institute of Polar Research, Tokyo, Japan.
4Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement, CNRS, Université Joseph Fourier Grenoble, Saint‐Martin d’Héres, France.
5Deceased 21 September 2009.
6Meteorological Research Institute, Japan Meteorological Agency, Tsukuba, Japan.
7Centre for Ice and Climate, Niels Bohr Institute, University of Copenhagen, Copenhagen, Denmark.
8Byrd Polar Research Center, Ohio State University, Columbus, Ohio, USA.

Voici le résumé de cette publication aux GRL, intitulée " Haute variabilité de la température de surface du Groenland durant les 4000 ans écoulés, estimée à partir des bulles d'air piégées dans un carottage glaciaire" publiée en ligne le 10 Nov. 2011. Elle résulte d'une collaboration entre des chercheurs Américains (USA), Japonais, Danois et Français. Voici, tout d'abord Le résumé original, suivi d'une traduction en français.

[1] Greenland recently incurred record high temperatures and ice loss by melting, adding to concerns that anthropogenic warming is impacting the Greenland ice sheet and in turn accelerating global sea‐level rise. Yet, it remains imprecisely known for Greenland how much warming is caused by increasing atmospheric greenhouse gases versus natural variability. To address this need, we reconstruct Greenland surface snow temperature variability over the past 4000 years at the GISP2 site (near the Summit of the Greenland ice sheet; hereafter referred to as Greenland temperature) with a new method that utilises argon and nitrogen isotopic ratios from occluded air bubbles. The estimated average Greenland snow temperature over the past 4000 years was −30.7°C with a standard deviation of 1.0°C and exhibited a long‐term decrease of roughly 1.5°C, which is consistent with earlier studies. The current decadal average surface temperature (2001–2010) at the GISP2 site is −29.9°C. The record indicates that warmer temperatures were the norm in the earlier part of the past 4000 years, including century‐long intervals nearly 1°C warmer than the present decade (2001–2010). Therefore, we conclude that the current decadal mean temperature in Greenland has not exceeded the envelope of natural variability over the past 4000 years, a period that seems to include part of the Holocene Thermal Maximum. Notwithstanding this conclusion, climate models project that if anthropogenic greenhouse gas emissions continue, the Greenland temperature would exceed the natural variability of the past 4000 years sometime before the year 2100.

[1] Le Groenland a récemment été sujet à des températures élevées record ainsi qu'à des pertes de glace résultant de la fonte, contribuant aux inquiétudes de l'impact du réchauffement climatique anthropique sur les glaces du Groenland, ce qui accélérerait la hausse globale du niveau des mers.
Cependant, il reste que l'on connaît mal la proportion du réchauffement Groenlandais résultant de l'augmentation des gaz à effet de serre par rapport à celui qui résulte de la variabilité naturelle. Afin de satisfaire à cette nécessité, nous reconstruisons la variabilité de la température de la neige de surface durant les 4000 années écoulées sur les lieux du GISP2 (NdT : où ont eu lieu les carottages glaciaires du même nom) (près du Sommet de la masse glacée du Groenland; ce que nous désignons dans l'article comme "la température du Groenland".) avec une nouvelle méthode qui utilise les taux d'isotopes de l'argon et de l'azote extraits des bulles d'air emprisonnées. La température moyenne de la neige du Groenland est estimée à −30.7°C sur les 4000 ans passés et ceci avec une incertitude standard de 1,0°C. Elle a subi une décroissance à long terme d'environ 1,5°C, ce qui est cohérent avec les études précédentes. La moyenne décennale actuelle de la température de surface (2001-2010) sur le site GISP2 est de -29,9°C. Les enregistrements montrent que des températures plus élevées étaient la norme durant la période la plus ancienne des 4000 ans passés, y compris pendant des intervalles séculaires avec des températures plus élevées de 1°C que celles de la présente décennie (2001-2010).
C'est pourquoi nous concluons que la température décennale moyenne au Groenland n'est pas sortie de l'enveloppe de la variabilité naturelle des 4000 ans passés qui est une période qui semble inclure une partie du maximum thermique de l'Holocène. Nonobstant cette conclusion, les modèles climatiques prévoient que si les émissions de gaz à effet de serre continuent, la température du Groenland pourrait excéder la variabilité naturelle de ces 4000 ans passés d'ici l'an 2100.

Remarques :

Cet article adopte une démarche scientifique traditionnelle mais qui peut sembler résolument novatrice par rapport à celle que l'on pouvait trouver sur ce sujet (et quelques autres), il y a quelques années, sous la plume des chercheurs affiliés ou proches du GIEC et qui sont répertoriés dans les rapports successifs du GIEC.
En effet, et comme cela est clairement affirmé dès le début du résumé de cet article , il s'agit de discerner ce qui, dans les variations de température observées durant la période récente, relève d'une élévation anormale ou inhabituelle des températures par rapport à celles que l'on a pu observer dans le passé. Il s'agit de déterminer quelle est la proportion des variations observées qui reste dans les limites de variations déjà observées durant les quelques millénaires passés. Et de fait, les chercheurs trouvent que la totalité des variations de température actuelles ne sort pas du cadre de la variabilité naturelle.
Il est difficile de contester qu'il s'agit là (enfin !) d'une démarche scientifique aussi normale que souhaitable. C'est celle qui aurait dû prévaloir dès la création du GIEC en 1988.
Autrement dit, avant de se préoccuper de déterminer l'importance d'une éventuelle influence humaine sur les changements climatiques (ce qui constituait l'ordre de mission du GIEC, dès sa création), encore aurait-il fallu connaître et si possible comprendre et interpréter, les variations naturelles inhérentes à la machine climatique. A l'évidence, le climat a toujours varié avec ou sans intervention humaine.

Ainsi est-il encourageant de lire, sous la plume de climatologues du National Institute of Polar Research Japonais, de la prestigieuse Scripps Institution of Oceanography de Californie USA, du Niels Bohr Institute Danois, du Byrd Polar Research Center de Columbus, et du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement de Grenoble, un article qui, à mon avis, emprunte le chemin de la démarche scientifique telle qu'elle aurait dû prévaloir, depuis le début.
En comparaison avec l'abondante littérature scientifique compilée dans la série des rapports (FAR, SAR, TAR et AR4) du GIEC, on peut considérer que cet article constitue, avec quelques autres publications récentes, un véritable changement de paradigme. Cet article est loin de constituer une exception dans le contexte actuel des publications scientifiques. Il semble que, depuis quelques mois, nous assistions à une évolution positive avec un retour vers la démarche scientifique traditionnelle que j'évoquais plus haut et qui peut être brièvement résumée par :
"Que nous dit l'histoire ? Qu'y a-t-il de réellement différent par rapport au passé ?".

N'est-ce pas ainsi que l'on aurait dû commencer ?
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La technique, récemment mise au point par Kobashi et al et utilisée par les auteurs de cette article, relève d'une analyse isotopique apparentée à celle qui a été utilisée, entre autres, pour les forages GISP2 effectués au Groenland. Cependant, à la différence des analyses traditionnelles des carottages qui utilisent le rapport O18/O16 pour estimer la température et pour des raisons exposées dans plusieurs travaux antérieurs, les auteurs de cet article utilisent, cette fois-ci, les isotopes de l'azote et de l'argon. C'est ainsi que Kobashi et al obtiennent les mesures de la température de la neige en surface, comme cela est précisé dans le corps de l'article. Voici quelques mots d'explication, extraits du corps du texte :

"La méthode pour la reconstruction de température repose sur le fait que les gaz dans la neige non consolidée se fractionne selon la profondeur et le gradient de température au sommet et à l'extrémité de la couche [Severinghaus et al., 1998] (voir les explications complémentaires). Les informations au sujet des profondeurs du passé et des gradients de températures à l'époque du piégeage des bulles dans la glace peuvent être obtenues en mesurant les variations des isotopes N15 et Ar40 dans l'air occlus dans les carottes de glace [Severinghaus et al., 1998; Kobashi et al., 2008a]. Dès lors, l'histoire de la température de surface peut être reconstruite en intégrant les gradients de températures en fonction du temps [Kobashi et al., 2008b, 2010] à partir d'un modèle de diffusion densification/chaleur dans la neige non consolidée [Goujon et al., 2003] (voir les explications complémentaires)"

Voici maintenant à titre d'illustration pour le résumé qui précède, la Figure 1 de l'article en question, accompagnée de l'extrait de légende correspondant à la section qui couvre les 4000 années passées..

La Figure 1 regroupe les trois reconstructions pertinentes : kobashi1



-Les 170 dernières années : On constate que le réchauffement des années 1930-1940 est équivalent à celui que nous connaissons actuellement.
Cette portion de la Figure 1 est à rapprocher du graphique, très semblable, qui indique que la fonte actuelle des glaces du Groenland est équivalente mais non supérieure à celle des années 1920-1940.

 

 

-Les 1000 dernières années :

On perçoit parfaitement l'Optimum Médiéval vers l'an mil, ainsi que le Petit Age Glaciaire (de 1600 à 1850).

La température durant l'Optimum Médiéval était semblable à ce qu'elle est de nos jours.

 

-Les 4000 dernières années :

A l'évidence, il y a également eu des périodes nettement plus chaudes que l'OM et que la période actuelle au cours des millénaires précédents, comme cela est précisé dans le texte (ci-dessous) extrait de l'article.
On peut également voir, comme le pense S. Akasofu, que la période de réchauffement actuelle correspond, en réalité, à la sortie du Petit Age Glaciaire et au retour vers la moyenne des températures qui régnait au Groenland depuis 4000 ans.

Voici la légende de la figure du bas :

"Les 4000 dernières années de la température au Groenland. La ligne bleue épaisse et les bandes bleues représentent respectivement la température reconstruite au Groenland et l'erreur à un sigma. La ligne verte épaisse représente la moyenne glissante sur 100 ans.La température actuelle et les deux sigmas sont indiqués par les lignes horizontales dans le graphique. Le cercle vert montre la température actuelle moyennée sur 10 ans (−29.9°C, 2001–2010)"

Kobashi et al donnent plusieurs détails intéressants dans le courant de l'exposé. En voici deux extraits significatifs :

"5.3. Température actuelle dans le contexte des 4000 ans écoulés.

[15] On trouve que la température actuelle moyennée sur 10 ans (2000-2010) au Sommet (NdT : du Groenland. Sommet s'écrit avec une majuscule en anglais parce qu'il désigne l'endroit où ont été effectués les carottages GISP2) est égale à −29.9 ± 0.6°C à partir de l'enregistrement AWS ajusté et inversé (Figure 1). Ceci est indiqué dans le contexte des 4000 années précédentes (Figure 1). La température moyenne de la surface est aussi élevée que dans les années 1930-1940 (Figure 1 en haut) et il y a eu une autre période aussi chaude (−29.7 ± 0.6°C) dans les années 1140 (Figure 1, au milieu) (Optimum Médiéval), ce qui montre que la décennie actuelle ne se situe pas en dehors de l'enveloppe de la variabilité des 1000 dernières années. Si on exclut le dernier millénaire, il y a eu 72 décennies plus chaudes que la décennie actuelle, pendant lesquelles les températures étaient de 1,0 à 1,5°C plus chaudes, tout particulièrement dans la partie la plus ancienne des 4000 dernières années. [Dahl‐Jensen et al., 1998; Wanner et al., 2008]. Durant deux périodes (∼1300 B.P. and ∼3360 B.P, Ndt BP= avant le présent).) les températures moyennées sur 100 ans étaient presque 1,0°C plus chaudes (−28.9°C, percentiles 97) que lors de la présente décennie (Figure 1, en bas) .
A partir de ces observations, nous concluons que la température décennale moyenne de la neige au centre du Groenland n'a pas dépassé l'enveloppe de la variabilité naturelle des 4000 années passées.

5.4. Contexte futur

...] La température moyenne reconstruite de la période 1970–1999 est de −31.4°C de telle manière que les valeurs de +2 à +4°C au dessus de la période 1970–1999 au sommet du Groenland vont de −29.4°C à −27.4°C, ce qui indique une possibilité de dépasser la limite supérieure (−28.7°C) de la variabilité naturelle avant 2100."

A noter également que Kobashi et al ont effectué une analyse spectrale des graphes précédents. Ils notent un certain nombre de périodes dont celles de 87 ans et 210 ans qui pourraient être celles des cycles de Suess et de Gleissberg [Wanner et al., 2008], ce qui suggérerait une possible influence solaire sur la température de la neige au Groenland [Vinther et al. [2009]. Ils retrouvent également un cycle de 64,5 ans qui s'apparente aux cycles récurrents très souvent évoqués dans ce site. map1

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Partant du Sommet du Groenland, nous allons maintenant survoler une grande partie de l'hémisphère Nord en direction des hauts plateaux du Tibet situés à quelques 9000 km au Sud-Est du Groenland.

Comment la température a-t-elle évolué au cours des millénaires passés dans cette région particulièrement continentale, proche de l'Himalaya ?
C'est ce que nous apprend un article qui est paru en Octobre 2011.

 

2- L'évolution des températures sur les hauts plateaux du Tibet, depuis 2845 ans.

Officiellement province chinoise, cette région constitue un terrain de choix pour les recherches du Professeur Liu Yu qui est Directeur de l'Institut de l'Environnement Terrestre de l'Académie des Sciences Chinoise.

Avec l'aide de trois collaborateurs et d'un chercheur suédois, Liu Yu vient de publier un article remarquable sur l'évolution du climat de cette région depuis 2845 ans. Voici l'entête de cet article qui est la traduction en anglais, relayée par Springer, d'un article du Bulletin des Sciences de l'Académie des Sciences Chinoise. Cet article (disponible ici) figure dans un numéro spécial consacré au "Changement climatique durant le dernier millénaire en Chine". Il a été publié en Octobre 2011.

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Voici le résumé de l'article intitulé "Amplitudes, taux de variation, périodicités et causes des variations de température, durant les 2485 années passée et tendances futures pour la partie centre Est du plateau Tibétain".
Il s'agit, cette fois de dendrochronologie mais avec une seule sorte d'arbre (le genévrier Qilian).
Le résumé original est suivi d'une traduction en français :

Abstract : Amplitudes, rates, periodicities, causes and future trends of temperature variations based on tree rings for the past 2485 years on the central-eastern Tibetan Plateau were analyzed. The results showed that extreme climatic events on the Plateau, such as the Medieval Warm Period, Little Ice Age and 20th Century Warming appeared synchronously with those in other places worldwide. The largest amplitude and rate of temperature change occurred during the Eastern Jin Event (343–425 AD), and not in the late 20th century. There were significant cycles of 1324 a, 800 a, 199 a, 110 a and 2–3 a in the 2485-year temperature series. The 1324 a, 800 a, 199 a and 110 a cycles are associated with solar activity, which greatly affects the Earth surface temperature. The long-term trends (>1000 a) of temperature were controlled by the millennium-scale cycle, and amplitudes were dominated by multi-century cycles. Moreover, cold intervals corresponded to sunspot minimums. The prediction indicated that the temperature will decrease in the future until to 2068 AD and then increase again.

Résumé : "Cette étude consiste en une analyse des amplitudes, des taux de variation des périodicités, des causes et des tendances futures des variations de température, basées sur les cernes des arbres du plateau central-Est du Tibet. Les résultats montrent que les événements climatiques extrêmes comme la période chaude médiévale, le petit âge glaciaire et le réchauffement du XXème siècle, apparaissent de manière synchrone avec ceux qui sont observés dans d'autres parties de la planète. Les plus grandes variations d'amplitude et de vitesse de variations se sont produites pendant l'Evénement Jin de l'Est (343-425 AD) et non pas au cours du XXème siècle. Il y a eu des cycles significatifs de 1324, 800, 199 , 110 et 2 à 3 années dans les séries temporelles qui s'étendent sur 2485 années. Les cycles de 1324, 800, 199 et 110 ans sont associés à l'activité solaire qui affecte grandement la température de la surface terrestre. Les tendances à long terme (>1000 ans) des températures ont été pilotées par les cycles à l'échelle millénaire et les amplitudes ont été dominées par les cycles multi-centenaires. De plus, les intervalles froids correspondent aux minima des taches solaires. Les prédictions indiquent que la température va décroître dans le futur jusqu'en 2068 AD, puis croître de nouveau."


Liu Yu, Directeur de l'Institut pour l'Environnement Terrestre de l'Académie des Sciences Chinoise, a répondu à un interview d'un journaliste chinois du .South China Morning Post (4 Décembre 2011). En voici quelques extraits significatifs qui éclairent le sujet :

...] Mais dans certaines montagnes sur le plateau Tibétain où l'altitude atteint 4000 mètres, j'ai parcouru des quantités de genévriers Qilian qui sont restés intactes depuis des milliers d'années.
Comment fait un arbre pour survivre dans un environnement aussi rigoureux pendant aussi longtemps ?
Le genévrier Qilian est une des espèce d'arbres survivante les plus vieilles sur la Terre. Dans la partie Est du plateau Tibétain à haute altitude où le sol est peu riche, il y a peu de pluies et les basses températures font qu'il est impossible pour les autres arbres de survivre. Les genévriers se sont parfaitement adaptés à cet environnement rigoureux en croissant très lentement. Nous en avons récemment trouvé un qui a près de 2000 ans mais dont la taille n'est que de 8 mètres. Lors de l'étude des cernes d'arbre, les arbres à croissance lente fournissent des informations sur le climat pour de très longues périodes. Les genévriers de Qilian ne poussent qu'en Chine.

Les observations archéologiques à Loulan, Xinjiang (NdT : Turkestan Oriental), montrent que la grenade, un fruit riche en vitamine C, était utilisée comme monnaie pendant la dynastie Jin de l'Est (AD 317-420). Il aurait été impossible que ce fruit apparaisse en Chine du Nord si le climat n'avait pas été plus chaud qu'aujourd'hui.

Alors, qu'est-ce qui fait changer le climat ? Nous pensons que le soleil et la circulation atmosphérique jouent un rôle vital, sinon décisif dans tout ça. Le cycle millénaire de l'activité solaire détermine les tendances à long terme des variations de température. Presque tous les minima de taches solaires (qui sont des périodes parfois de quelques décennies durant lesquelles les taches solaires deviennent rares) correspondent à des périodes de basses températures."...]

NdT : Et enfin une question posée par le journaliste du SCMP à la veille du COP17 de Durban :

Pensez-vous que vos résultats vont donner du grain à moudre à Pékin lors des négociations sur le climat ?
Je suis un scientifique et je ne connais rien à la politique. Mais, à mon avis, le débat sur le changement climatique a plus à voir avec la politique qu'avec la science. Les diplomates peuvent s'asseoir autour d'une table de négociation et discuter au sujet des limitations du carbone alors que les scientifiques ne se sont pas mis d'accord sur le rôle du dioxyde de carbone dans le réchauffement climatique. Mais les décisions politiques doivent reposer sur des fondations scientifiques solides ou bien elles seront inutiles, voire dangereuses."

NdT : Ceci éclaire peut-être la position des Chinois sur le (non) prolongement des accords de Kyoto. Ils attendent d'être certains.

Voici la figure maîtresse, accompagnée de sa légende, de l'article de Liu et al. recon1

 

"Figure 1 : Reconstruction des températures basées sur les cernes des arbres pour la partie du centre-Est du plateau Tibétain pendant les 2845 années passées (ligne en gris). La moyenne glissante sur 40 ans est représentée en trait noir épais et la moyenne glissante sur 40 ans de la déviation standard en trait noir fin. La ligne horizontale représente la température moyenne pour les 2845 ans."

 

Comme on peut le constater et comme cela est précisé dans l'article, l'Optimum Médiéval aux alentours de l'an 1000 est clairement visible sur ce graphe. La température était supérieure à ce qu'elle est de nos jours. De même, le petit âge glaciaire (environ 1600-1800) est clairement perceptible.

Liu et al nous précisent que " les minima froids coïncident avec les minima d'activité solaire". En effet, on distingue nettement une période de refroidissement intense vers 1600-1700 qui coïncide avec le Minimum de Maunder. On peut aussi percevoir une baisse des températures autour de 1800 (Minimum de Dalton) et vers 1450 (Minimum de Spörer), ou encore vers 1300 (Minimum de Wolf).

A noter que la hausse des températures de la période récente, observée dans le graphe de Liu et al, correspond également à la montée de l'activité solaire vers ce que l'on appelle "Le Grand Maximum" actuel dont Samir Solanki a montré qu'il correspondait à l'activité éruptive du soleil la plus intense depuis, au moins, 7000 ans.

Forts de ces observations, Liu et ses collègues ont effectué une analyse des fréquences contenues dans les variations de température obtenues par dendrochronologie des genévriers Qilian, rapportées dans la Figure 1. Plus précisément, ils ont effectué une analyse en "spectre de puissance" dans l'esprit de ce qu'avait réalisé Nicola Scafetta pour des variations de la température de 1850 à nos jours.
On se souvient que Scafetta avait mis en évidence, et ceci dans une série d'articles successifs, une périodicité marquée correspondant à des cycles de 60-65 ans environ. A l'instar, entre autres, de plusieurs scientifiques Russes, Scafetta a suggéré (sans support théorique) à partir d'une analyse empirique, que ce cycle (et quelques autres de plus courte durée) coïncide avec celui des mouvements relatifs de l'astre solaire et des ses planètes. Il est clair que, travaillant sur des données correspondant à une durée totale de quelques 150 ans, Scafetta ne pouvait guère trouver dans ses analyses des cycles de durée supérieure à 80 ans.
Il est remarquable que l'analyse en spectre de puissances de l'analyse dendrochronologique de Liu et al indique également la présence d'une périodicité marquée aux alentours de 66 ans, sans, bien sûr, que l'on puisse écarter l'hypothèse que cette coïncidence soit purement fortuite

L'article de Yu et al avancent également quelques prévisions, essentiellement basées sur l'analyse harmonique que je viens d'évoquer.

Voici le graphique et sa légende qui figurent dans leur article : recon7

 

Figure 5 : Prédiction des tendances de température sur la partie centrale Est du plateau Tibétain pour les prochaines 120 années. Ligne bleue : séries initiales. Ligne orange : séries utilisées pour la calibration de 464 BC à 834 AD. Ligne rouge : séries projetées de 1980 à 2134 AD.

Selon Liu et al, les températures pourraient baisser jusqu'en 2068, puis remonter par la suite.

A noter que Liu et al pensent que la montée des températures actuelles résulte de la sortie du Petit âge Glaciaire (cycles de 600 ans). C'est une idée qui est chère à S. I. Akasofu.

Voici la conclusion de l'article de Liu Yu et al :

Les événements climatiques mondiaux tels que l'Optimum Médiéval et le Petit Age Glaciaire sont apparents dans nos séries de températures qui portent sur 2845 ans. Les comparaisons entre les prévisions et les observations des températures les plus élevées et les plus rapides de la Figure 6 avec des données prélevées sur la partie centrale du plateau Tibétain (7 stations : Delingha, Dulan, Golmud, Lhasa, Nagqu, Dachaidan et Bange) se sont produites durant l'EJE et non durant le XXème siècle. A l'échelle millénaire, les cycles de l'activité solaire ont déterminé les variations de température à long terme. Les minimas de taches solaires sont associés avec des périodes froides. Les résultats des prédictions obtenus en utilisant la chenille-SSA (NdT : un algorithme de calcul statistique) ont montré que la température augmenterait jusqu'en 2006 sur le plateau central Est, puis décroîtrait jusqu'en 2068, puis augmenteraient de nouveau. La régularité des augmentations durant 600 ans et des baisses durant 600 ans (Fig. 3) suggère que la température continuera à augmenter pendant encore 200 ans, puisque seulement 400 ans se sont écoulés depuis le Petit Age Glaciaire. Cependant une baisse de température contrôlée par des cycles séculaires ne peut être exclue. A l'évidence, l'activité solaire affecte les températures sur le centre Est du Plateau. Cependant, il existe encore des incertitudes dans notre compréhension du changement climatique et la concentration de CO2 affecte le climat. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires.

Tous les détails sur l'article, les auteurs, le matériel supplémentaire etc.

3- Prolongements et conclusion :

J'ai sélectionné deux articles qui me semblaient représentatifs des nombreux travaux tout récents de reconstruction des températures des siècles (des millénaires) écoulés. Il en existe beaucoup d'autres qui concernent d'autres régions de la planète.
A titre d'exemple, en voici un autre, récent également (2011) qui résulte d'une coopération entre les Argentins, les Chiliens, les Allemands, les Suisses, les Néerlandais, les Anglais et les Américains (USA). Cet article concerne l'Amérique du Sud. Il retrouve, lui aussi le Petit Age glaciaire et l'Optimum Médiéval ... dans l'hémisphère Sud.
" Reconstruction multi-indicateurs couvrant les siècles passés de la température de surface en été et en hiver pour la région Sud de l'Amérique du Sud
"
Multiproxy summer and winter surface air temperature field reconstructions for southern South America covering the past centuries. Climate Dynamics 37: 35-51.
Neukom, R., Luterbacher, J., Villalba, R., Kuttel, M., Frank, D., Jones, P.D., Grosjean, M., Wanner, H., Aravena, J.-C., Black, D.E., Christie, D.A., D'Arrigo, R., Lara, A., Morales, M., Soliz-Gamboa, C., Srur, A., Urritia, R. and von Gunten, L. 2011.

Que peut-on en conclure ?

1) Plusieurs reconstructions modernes montrent que le Petit Age Glaciaire et l'Optimum médiéval ont affecté de nombreuses régions, pourtant très éloignées, de la planète. Et ceci dans l'hémisphère Sud comme dans l'hémisphère Nord. De plus il apparaît que les températures de l'Optimum Médiéval étaient au moins égales sinon supérieures à celles que nous connaissons actuellement.
Ainsi, le discours que l'on peut lire dans les rapports successifs du GIEC affirmant que l'OM et le PAG seraient limités au Nord de l'Europe, doit être sérieusement revu à la lumière des résultats publiés récemment. Le sera-t-il ?

2) De la même manière, on constate que plusieurs reconstructions récentes montrent qu'à plusieurs reprises au cours des siècles et des millénaires écoulés, les températures de la planète étaient nettement plus élevées que les températures de l'OM et que celles nous connaissons actuellement. Il serait donc important que les chercheurs proches du GIEC (et les médias) se posent des questions quant "au réchauffement sans précédent" que nous subissons actuellement.
Ne devaient-ils pas emprunter la démarche du premier article que j'ai cité ci-dessus ?

Je me demande quel écho sera réservé à ces articles importants, pourtant tous revus par les pairs et publiés par des chercheurs estimables, dans le prochain rapport AR5 du GIEC. Hélas, probablement aucun.
Il est probable que tous ces articles qui montrent la présence de l'OM un peu partout, ne doivent pas faire plaisir à celui qui a écrit, en 1995, "We have to get rid ot the Medieval Warm périod" (Il faut que nous nous débarrassions de la période Médiévale Chaude) à David Deming qui en a témoigné devant les Sénat Américain. C'était peu avant la fameuse "crosse de hockey" de Michael Mann et al (1998).

Quand aux mentions qu'en feront nos médias, nos grands journaux etc. j'ai déjà la réponse : Aucune !

Je vous souhaite à toutes et à tous, chères lectrices (lecteurs), d'heureuses et joyeuses fêtes de Noël !

05 Novembre 2011 : Après la "ola", encore de multiples évidences des cycles de 60 ans de l'Oscillation Nord Atlantique, retrouvés dans l'évolution de la température globale de surface des océans, dans la vitesse de rotation de la planète (LOD) ainsi que dans les observations des aurores boréales observées en Europe, depuis 1700.

A. Introduction :
Ce billet s'inscrit dans la droite ligne du billet précédent (plus bas dans cette page) qui était intitulé :
"La ola et les oscillations climatiques : Une analyse détaillée de la périodicité d'environ 60 ans qui se retrouve dans de très nombreux indicateurs climatiques".
De fait, il vient le compléter. Il montre que les oscillations de période environ 60 ans sont omniprésentes dans les observables du climat et même jusque dans la vitesse de rotation de la planète et les aurores boréales, comme vous allez le voir.

akasofu1a

Comme je l'ai déjà fait remarquer à plusieurs reprises, la présence de ces oscillations de période 60 ans et donc de demi-période trentenaire, est d'une importance considérable dans le débat actuel sur l'évolution du climat ainsi que l'illustre le dessin évocateur ci-contre, dû au Prof. Syun Ishi Akasofu, maintes fois mentionné dans ce site, à côté d'autres collègues scientifiques (tels William Gray et al, Scafetta et al, Mojib Latif, Swanson et al, Klyashtorin et Lyubishin, Joseph d'Aleo) qui partagent, en grande partie, le même point de vue.

En bref, l'accroissement de la température du globe observée au cours du XXème siècle a commencé dans les années 1970-75, soit près de 25-30 ans avant la stabilisation des températures que nous connaissons depuis 2000 c'est à dire depuis une dizaine d'années.

Si le cycle de 60 ans est bien une réalité, nous devrions donc assister à une baisse (ou, au moins, à une stagnation) de la température pendant au moins deux décennies comme cela a été exposé à plusieurs reprises et à partir de différents arguments dans cette page du site.

B. L'article sujet de ce billet :

Voici donc les résultats d'une publication (peer-reviewée) récente qui apporte des éléments nouveaux et intéressants à ce sujet :

Le 25 Août dernier est paru dans le journal Theor. Appl. Climatol. (Theoretical Applied Climatology, DOI 10.1007/s00704-011-0499-4) un article intitulé :

"Evidences pour une oscillation Nord-Atlantique de période environ 60 ans depuis 1700 et sa signification pour le changement climatique global."
"Evidences for a quasi 60-year North Atlantic Oscillation since 1700 and its meaning for global climate change"

Sous la signature de
Adriano Mazzarella & Nicola Scafetta

Dont voici les affiliations :

A. Mazzarella (*)
Meteorological Observatory, Department of Earth Science,University of Naples Federico II, Italie
N. Scafetta
Active Cavity Radiometer Irradiance Monitor (ACRIM) Lab, Coronado, CA 92118, USA
et Duke University, Durham, NC 27708, USA

L'article que je vais commenter est disponible en pdf sur le site de Nicola Scafetta à l'Université de Duke (USA). Le présent site a déjà, à plusieurs reprises, fait état de ses publications (Par exemple, ici et ).
Comme je l'ai déjà mentionné, Scafetta est un physicien-statisticien-théoricien que l'on peut qualifier, du moins pour ce qui relève du climat, d'adepte de la méthode empirique.
Note : Wikipedia rapporte que " l'empirisme considère que la connaissance se fonde sur l'accumulation d'observations et de faits mesurables, dont on peut extraire des lois générales par un raisonnement inductif, allant par conséquent du concret à l'abstrait." On peut donc voir la méthode scientifique empirique comme la démarche inverse de celle qui est utilisée par le GIEC laquelle est déductive et part de théories de base et de modèles informatiques dont on peut confronter, à posteriori, les résultats (prévisions, scénarios) avec les observations.

Dans cet article, Scafetta utilise la méthode empirique pour comparer, entre elles, les observations des cycles de 60 ans de l'Oscillation Nord Atlantique, celles des cycles de la température de surface des océans, celles des variations de la longueur du jour (dépendant donc de la vitesse de rotation de la Terre) et celles des aurores boréales. Je précise que, dans cet article, les auteurs s'intéressent plus spécifiquement aux cycles de 60 ans, ce qui ne signifie pas qu'il n'en existe pas d'autres, de plus courte et de plus longue durée, comme ils l'indiquent eux-mêmes. Simplement et comme nous l'avons vu dans ce précédent billet ou encore dans celui-ci, parmi d'autres, il se trouve que les cycles de soixante ans sont particulièrement remarquables.

Comme à l'accoutumée, voici le résumé original de l'article, suivi d'une traduction en français.

Abstract The North Atlantic Oscillation (NAO) obtained using instrumental and documentary proxy predictors from Eurasia is found to be characterized by a quasi 60-year dominant oscillation since 1650. This pattern emerges clearly once the NAO record is time integrated to stress its comparison with the temperature record. The integrated NAO (INAO) is found to well correlate with the length of the day (since 1650) and the global surface sea temperature record HadSST2 and HadSST3 (since 1850). These findings suggest that INAO can be used as a good proxy for global climate change, and that a ~60-year cycle exists in the global climate since at least 1700. Finally, the INAO ~60-year oscillation well correlates with the ~60- year oscillations found in the historical European aurora record since 1700, which suggests that this ~60-year dominant climatic cycle has a solar–astronomical origin.

Résumé : On trouve que l'Oscillation Atlantique Nord (NAO) obtenue à partir de données instrumentales et de la bibliothèque des indicateurs pour la zone Eurasienne, est caractérisée par une oscillation dominante de période proche de 60 ans et ceci depuis 1650. Ce motif devient clairement apparent quand les tables des données NAO sont intégrées en fonction du temps pour mettre en évidence leur comparaison avec l'enregistrement de température. On trouve que La NAO intégrée (nommée INAO) est bien corrélée avec la durée du jour (LOD) (depuis 1650) et avec les enregistrements de la température de surface des océans HadSST2 et HadSST3 (depuis 1850). Ces observations suggèrent que l'INAO peut être utilisé comme un bon indicateur pour le changement du climat global et qu'il existe un cycle d'environ 60 ans dans le climat du globe depuis au moins 1700. De plus, les oscillations d'environ 60 ans sont bien corrélées avec les oscillations d'environ 60 ans trouvées dans les enregistrements historiques européens des aurores (NdT: boréales) depuis 1700, ce qui suggère que ce cycle dominant d'environ 60 ans est d'origine astronomique et solaire.

Une explication simple (et en français) de l'Oscillation Nord-Atlantique (la NAO) est rappelée sur le site de l'Ifremer. La NAO est intimement liée à l'Oscillation Arctique (AO) dont on peut suivre les variations au jour le jour dans la page indicateurs. Comme cela a été montré dans l'article précédent (ci-dessous), la NAO ou l'AO jouent un rôle très important sur le climat par le biais des téléconnexions.
Les données sur les variations récentes de la NAO se trouvent sur le site de la NOAA (Climate Prediction Center). Le calcul de l'indice NAO est très proche de celui de l'AO qui mesure simplement le différentiel de pression entre la région des Açores et celle de l'Islande. Le calcul de la NAO est explicité dans l'article de Mazzarella et Scafetta.

A noter que pour pouvoir comparer les variations de la NAO avec les autres indices pertinents, Mazzarella et Scafetta utilisent un indice dérivé de la NAO (qui est spécifique d'une date donnée), qu'ils appellent INAO et qui représente la NAO intégrée à l'aide d'une sommation séquentielle.

J'ai extrait de l'article en question quelques graphiques représentatifs du travail de Mazzarella et Scafetta. Dans la suite, ces deux auteurs superposent, en remontant dans le temps aussi loin que les données sont disponibles (parfois jusqu'en 1700), les variations temporelles de :

  1. La NAO (INAO) et le LOD (La longueur du jour liée à la vitesse de rotation de la terre)
  2. Le LOD et la température de surface des océans.
  3. La NAO (INAO), le LOD et la température de surface des océans.
  4. Les aurores boréales et la NAO.

Voici les extraits des figures en question accompagnées de leurs légendes traduites en français :

1. Superposition des variations de la NAO et des variations du LOD (Longueur du jour).

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"Fig. 3
Graphes des variations temporelles (corrigées de leur tendance à long terme) annuelles pour l'INAO et le LOD, lissées suivant une moyenne courante sur 11 ans. Le symbole (-1) devant le LOD indique que le graphe a été inversé (le haut en bas et vice versa) pour permettre une meilleure comparaison visuelle."

Je rappelle en passant que, l'année dernière, V. Courtillot, J-L Le Mouël et al ont mis en évidence une corrélation marquée entre le LOD et les cycles solaires, ce qui peut être mis en relation avec la conclusion de Mazzarella et Scafetta sur "l'origine astronomique et solaire" de ces oscillations.

 

 

 

 

2. Superposition des variations du LOD et des variations de la température de surface des océans

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"Fig. 4
Graphes des variations temporelles (corrigées de leur tendance à long terme) annuelles pour le LOD et HadSST2, lissées suivant une moyenne courante sur 11 ans. Le symbole (-1) devant le LOD indique que le graphe a été inversé (le haut en bas et vice versa) pour permettre une meilleure comparaison visuelle."

 

 

 

 

 

 

 

 

3. Superposition des cycles de la température de la surface des océans avec le LOD et la NAO (INAO) :

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A noter que l'article de Mazzarella et Scafetta était déjà soumis à publication lorsque le Hadley Center (UK) a publié une série de données améliorées des mesures de la température de la surface des océans. C'est cette dernière série de mesures appelée HadSST3 qui a été utilisée pour ce graphique. Les auteurs se félicitent du fait que la superposition des graphes est encore plus convaincante avec l'utilisation de HadSST3 au lieu de HadSST2 comme ci-dessus.

"Fig. 8
Graphes des variations temporelles annuelles pour le HadSST3, le LOD et l'INAO, lissées suivant une moyenne courante sur 11 ans."

La superposition de ces trois observables est remarquable.

 

 

 

 

4. Le plus étonnant : Cycles des aurores boréales et cycles NAO de ~60 ans :

Rappel : les aurores boréales.
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Les lumières aurorales sont émises à des altitudes comprises entre 80 et 150 kilomètres, dans l'ionosphère. La lumière des aurores provient des collisions entre des particules rapides provenant de la magnétosphère et les atomes et ions de l'ionosphère.
Les aurores boréales sont les aurores polaires que l'on observe dans l'hémisphère Nord. Les aurores australes sont les aurores polaires que l'on observe dans l'hémisphère Sud." (source). Comme on le voit sur le dessin ci-contre (échelles non respéectées), les aurores boréales (et australes) résultent directement des éruptions solaires.

 

 

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Ceux qui ne sont pas familiers avec les aurores boréales peuvent visionner cette superbe vidéo (durée28 secondes) prise dans le Michigan le 24 octobre dernier (2011).
Elle vaut vraiment le coup d'oeil.

 

Comparaison entre les cycles des aurores boréales (observées en Europe du Nord) et le cycles NAO, depuis l'année 1700 :

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"Fig. 7

Graphes des variations temporelles (corrigées de leur tendance à long terme) annuelles pour le INAO et les aurores, lissées suivant une moyenne courante sur 23 ans. Les deux enregistrements sont décalés (NdT verticalement) pour améliorer la visibilité. Les enregistrements sont comparés à une variation sinusoïdale qui montre l'existence d'une oscillation cohérente des variations avec une période d'environ 60 ans. La période des deux cycles sinusoïdaux est obtenue avec un fit (ajustement) de meilleure régression. Noter que bien que le coefficient de meilleure régression, T=63 ans et T=61 ans apparaissent différents, ils sont, en réalité, identiques compte tenu de l'erreur statistique qui est d'environ 8 à 10 ans."

 

 

 

A l'évidence, ces graphiques parlent d'eux-mêmes.

Cependant et s'agissant d'empirisme et de corrélations entre des phénomènes qui ne sont pas interdépendants de manière évidente, on peut toujours penser que tout cela est fortuit, quoiqu'une telle accumulation d'observations concordantes entre des observables dont les variations sont très loin d'être monotones, puisse difficilement résulter du simple jeu du "hasard".

Quoiqu'il en soit, et comme nous le verrons ci-dessous (section C), peu à peu, les modélisations (et les observations) progressent.
Ainsi une publication toute récente vient, cette fois-ci, à partir de modèles théoriques et informatiques, de retrouver une corrélation entre les cycles éruptifs solaires de 11 ans (c'est sans doute le lien astronomique solaire évoqué par Scafetta) et les régimes de vents et de pression qui "ressemblent aux phases négatives de l'Oscillation Arctique et Nord Atlantique" comme l'écrivent les auteurs de l'article.

La conclusion de l'article de Mazzarella et Scafetta :

"In conclusion, the findings of this work indicate that the global climate likely presents a ~60-year oscillation since at least 1700. This natural oscillation was in its warm phase during the period 1970–2000 and has likely largely contributed to the global warming during this period. Scafetta (2010) evaluated that about 60% of the warming observed since 1970s could be associated to a 60-year oscillation. Moreover, this quasi 60-year oscillation does not appear to have a constant amplitude. For example, the 1880-1940 oscillation appears to have a larger period than the 1940-2000 oscillation which would further stress a natural origin of the warming observed from 1970 to 2000. Finally, this quasi 60-year oscillation likely has a solar–astronomical origin, in agreement with the hypothesis advanced by Scafetta (2010). In conclusion, the finding of this paper confirms a quasi 60-year cycle in the climate system that also further confirms the result of Loehle and Scafetta (2011) that the climate models used by the IPCC have significantly overestimated the anthropogenic effect on climate since 1950 by three to four times."

"En conclusion, les résultats de ce travail montrent que le climat du globe présente une oscillation de période d'environ 60 ans depuis au moins 1700. Cette oscillation naturelle se trouvait dans sa phase chaude durant la période 1970-2000 et elle a largement contribué au réchauffement global durant cette période. Scafetta (2010) a calculé qu'environ 60% du réchauffement observé depuis les années 1970 pouvait être associé à cette oscillation de période 60 ans. De plus, cette oscillation d'environ 60 ans n'apparaît pas avoir une amplitude constante. Par exemple, il ressort que l'oscillation 1880-1940 avait probablement une période plus longue que celle de 1940-2000, ce qui renforce encore l'idée d'une origine naturelle pour le réchauffement observé de 1970 à 2000. Enfin, cette oscillation d'environ 60 ans a probablement une origine astronomique en accord avec l'hypothèse avancée par Scafetta (2010). En conclusion, les résultats de cet article apportent la confirmation de l'existence d'un cycle d'environ 60 ans dans le système climatique ce qui renforce les conclusion de Loehle et Scafetta (2011) que les modèles climatiques utilisés par le GIEC ont considérablement surestimé l'effet anthropique sur le climat depuis 1950 et ceci d'un facteur trois à quatre."

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C. Un complément récent sur le lien entre l'activité solaire et le climat :

L'origine "astronomique et solaire" des oscillations, suggérée par Mazzarella et Scafetta dans l'article mentionné ci-dessus, pourrait être mise en relation avec les résultats d'un autre article paru tout récemment.

Dans la lignée des articles de Mike Lockwood de Reading suivant lesquels les émissions d'UV durant les éruptions solaires jouent un rôle important sur le climat (hivernal), des modélisateurs britanniques et US sont parvenus à tenir compte de ces observations (les grandes variations des UV) dans leurs modèles. Un article sur ce sujet vient de paraître dans NATURE Geosciences. Ce modèle établit un lien entre les éruptions solaires et les régimes de vents et de pression qui "ressemblent aux phases négatives de l'Oscillation Arctique et Nord Atlantique".

Voici les références de cet article :

"Forçage solaire de la variabilité du climat hivernal dans l'hémisphère Nord."
"
Solar forcing of winter climate variability in the Northern Hemisphere"

Sarah Ineson, Adam A. Scaife, Jeff R. Knight, James C. Manners, Nick J. Dunstone, Lesley J. Gray & Joanna D. Haigh
Affiliés au MetOffice (UK), à la NOAA (US) et à l'Imperial College (UK).

Publié online le 09 Octobre 2011 dans Nature Geoscience 4, 753–757 (2011) doi:10.1038/ngeo1282
(Merci à ma collègue scientifique (et amie) qui a attiré mon attention sur cet article tout récent).

Extrait du résumé :

[...]"Specifically, weaker westerly winds have been observed in winters with a less active sun, for example at the minimum phase of the 11-year sunspot cycle. With some possible exceptions, it has proved difficult for climate models to consistently reproduce this signal. Spectral Irradiance Monitor satellite measurements indicate that variations in solar ultraviolet irradiance may be larger than previously thought. Here we drive an ocean–atmosphere climate model with ultraviolet irradiance variations based on these observations. We find that the model responds to the solar minimum with patterns in surface pressure and temperature that resemble the negative phase of the North Atlantic or Arctic Oscillation, of similar magnitude to observations. "[...]

[...] "De manière plus spécifique, des vents d'Ouest plus faibles ont été observés durant les hivers, lors d'un soleil moins actif, par exemple lors de la phase minimale du cycle d'éruptions solaires de 11 ans. A part quelques possibles exceptions, il s'est avéré difficile pour les modèles climatiques de reproduire de manière consistante ce signal. Les mesures satellitaires du Spectral Irradiance Monitor montrent que les variations de l'irradiance solaire dans le domaine de l'UV peuvent être plus importantes qu'on ne le pensait auparavant. Dans cet article nous mettons en avant un modèle océan-atmosphère avec une irradiation ultraviolette basée sur ces observations. Nous trouvons que les modèles répondent aux minima solaires par la constitution de systèmes de pression de surface et de température qui ressemblent à la phase négative de l'Oscillation Arctique ou Nord Atlantique, et qui est de même amplitude que les observations."[...]

Je rappelle que les rapports successifs du GIEC (FAR, SAR, TAR, AR4) ont écarté, d'emblée, l'influence solaire, au profit de celle des gaz à effet de serre, pour expliquer l'évolution du climat durant le XXème siècle et le début du XXIème. L'argument invoqué était que la variation d'irradiance solaire (donc intégrée sur toutes les longueurs d'ondes perceptibles) durant cette période n'était que de l'ordre de 0,1%.
Cependant, des mesures récentes plus fines et plus détaillées de l'irradiance solaire, dans différents domaines de longueurs d'onde, durant les éruptions solaires sont devenues disponibles. Il est apparu que, si les variations de l'irradiance totale demeuraient faibles, il n'en était pas de même des variations de l'irradiance dans le domaine ultraviolet, comme le rappelle le résumé ci-dessus.
Selon cet article publié dans Nature Geosciences, il semblerait que l'on puisse reproduire (par des modèles atmosphère-océans couplés) pourquoi et comment ces variations importantes d'émission UV durant les éruptions solaires, jouent un rôle important sur le climat, tout au moins hivernal et dans l'hémisphère Nord (comme l'avaient montré les observations de Mike Lockwood et al).
Bien entendu, il ne s'agit là que d'un début. Mais cet article est important parce qu'à ma connaissance, il est le premier qui établit un lien théorique (via les modélisations numériques) entre les éruptions solaires et le climat, au moins, pour une saison et un hémisphère de la panète.

Inutile de préciser que ceci ne remet nullement en cause les observations et les recherches menées par le projet CLOUD du CERN. Le but poursuivi par ce dernier projet, abondamment commenté dans cette page, est la compréhension de la variation de la nébulosité en fonction des rayons ionisants et de la nature des aérosols présents dans l'atmosphère.
Disons, pour l'instant, que la "piste UV" est une piste intéressante qu'il s'agit également d'approfondir.

Ces résultats sont encourageants. Ceux de Mazzarella et Scafetta comme ceux de l'article de Nature Geosciences.
La Science du Climat progresse envers et contre tout, et ceci d'autant mieux, qu'elle s'intéresse (enfin !) aux causes naturelles de la variabilité climatique de notre planète, et notamment aux éruptions solaires dont les empreintes sur les climats du passé sont innombrables et omniprésentes.
En effet, les causes naturelles et les cycles climatiques, pourtant évidents, ont été largement "oubliés" par les climatologues proches du GIEC, au cours des deux décennies passées, au profit du "tout effet de serre".

Comme d'habitude, il est peu probable, pour ne pas dire tout à fait improbable, que vous n'entendrez jamais parler de ces articles importants, pourtant dûment peer-reviewés et parus dans d'excellentes revues, dans la "grande" presse.

Sans aucun doute : A suivre !

 

09 Mai 2011 : La ola et les oscillations climatiques : Une analyse détaillée de la périodicité d'environ 60 ans qui se retrouve dans de nombreux (sinon dans la plupart) des indicateurs climatiques.

Comme le savent bien les lecteurs de ce site, les chercheurs aiment bien donner une représentation imagée des concepts qu'ils utilisent. C'est ainsi que nous avons déjà évoqué, dans cette page, la "bascule polaire" (alias le "tape-cul polaire").
Pour expliciter leur modèle, les auteurs de l'article que je vais vous décrire ci-dessous, utilisent une image qui est bien connue des aficionados des stades. Il s'agit de ce que les supporters hispanophones ou même francophones appellent "la ola" (la "vague de stade" en français, the "stadium wave" en anglais) assez bien représentée par la vignette animée ci-dessous :

stadium_wave

Comme tout le monde le sait, les spectateurs qui font la "ola" ne quittent pas leurs sièges. Ils se dressent en levant les bras en imitant leur voisin le plus proche , après un temps de retard, et cette onde se propage en faisant le tour du stade donnant un effet spectaculaire bien connu. En langage plus technique, on dirait qu'il s'agit d'une onde transversale (le déplacement est perpendiculaire au vecteur de propagation de l'onde).

I - L'article :

"Oscillation Multidécennale Atlantique et variabilité du climat de l'hémisphère Nord. "

Atlantic Multidecadal Oscillation and Northern Hemispheres climate variability

Publié dans "Climate Dynamics": DOI: 10.1007/s00382-011-1071-8.

Les auteurs :

Marcia Glaze Wyatt1, Sergey Kravtsov2 and Anastasios A. Tsonis2

1 Department of Geologic Sciences, CIRES/INSTAAR, University of Colorado-Boulder, 2200 Colorado Ave, Boulder, CO 80309-0399!
2 Department of Mathematics, Atmospheric Sciences Group, University of Wisconsin-Milwaukee, P.O. Box 413, Milwaukee, WI 53201

Cet article qui constitue une partie de la thèse de Doctorat (PhD) de Marcia Glaze Wyatt à l'Université du Colorado-Boulder, est également disponible (en format condensé) avec un poster accessible sur Internet. tsonis2

Je rappelle qu'Anastasios Tsonis (ci-contre) est le directeur de l'unité des sciences atmosphériques à l'Université du Wisconsin-Milwaukee. Il est un spécialiste de la dynamique non-linéaire en géosciences. Il est, aussi et entre autres, l'auteur de plusieurs livres pédagogiques dont un porte sur le Chaos et un autre sur la thermodynamique atmosphérique, sujet qu'il a enseigné pendant une vingtaine d'années à l'Université. J'ai déjà rapporté sur un article de A.A Tsonis dans ce billet :



Voici le résumé original de l'article en anglais, suivi d'une traduction en français.

 

Abstract :
Proxy and instrumental records reflect a quasi-cyclic 50-to-80-year climate signal across the Northern Hemisphere, with particular presence in the North Atlantic. Modeling studies rationalize this variability in terms of intrinsic dynamics of the Atlantic Meridional Overturning Circulation influencing distribution of sea-surface-temperature anomalies in the Atlantic Ocean; hence the name Atlantic Multidecadal Oscillation (AMO). By analyzing a lagged covariance structure of a network of climate indices, this study details the AMO-signal propagation throughout the Northern Hemisphere via a sequence of atmospheric and lagged oceanic teleconnections, which the authors term the “stadium wave”. Initial changes in the North Atlantic temperature anomaly associated with AMO culminate in an oppositely signed hemispheric signal about 30 years later. Furthermore, shorter-term, interannual-to-interdecadal climate variability alters character according to polarity of the stadium-wave-induced prevailing hemispheric climate regime. Ongoing research suggests mutual interaction between shorter-term variability and the stadium wave, with indication of ensuing modifications of multidecadal variability within the Atlantic sector. Results presented here support the hypothesis that AMO plays a significant role in hemispheric and, by inference, global climate variability, with implications for climate-change attribution and prediction.

Résumé :
"Les archives des indicateurs et des données instrumentales rendent compte d'une évolution quasi-cyclique du signal climatique avec une période de 50 à 80 ans dans l'hémisphère Nord, tout particulièrement dans l'Atlantique Nord. Les études de modélisation prennent en compte cette variabilité en termes de dynamique intrinsèque des températures de surface des océans liées à l'AMOC (Atlantic Méridional Overturning Circulation) dans l'océan atlantique : D'où le nom d'Oscillation Multidécennale Atlantique (AMO).
A partir de l'analyse de la structure covariante (impliquant des retards) du réseau des indices climatiques, cette étude examine en détail la propagation du signal de l'AMO à travers l'hémisphère Nord par le biais d'une séquence de téléconnexions entre l'atmosphère et les océans (téléconnexions retardées), qui constitue ce que les auteurs appellent "l'onde de stade". Les variations initiales de l'anomalie de température de l'Atlantique Nord, associées avec l'AMO, culminent en un signal hémisphérique de signe opposé, après environ 30 ans. De plus, la variabilité climatique à court terme allant de l'interannuel au décennal change de caractéristiques en fonction du régime climatique dominant induit par l'onde de stade. Les recherches en cours suggèrent des interactions mutuelles entre la variabilité à court terme et l'onde de stade, ainsi que des indications des modifications résultantes de la variabilité multidécennale du secteur atlantique.
Les résultats présentés ici, supportent l'hypothèse que l'AMO joue un rôle significatif dans l'hémisphère, et par conséquent, dans la variabilité globale du climat, avec des implications pour les attributions et les prédictions du changement climatique."
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Les auteurs de cet article ont rédigé un billet invité sur le site de R. Pielke Sr qui qualifie cet article de "very important new paper" (un nouvel article très important). La démarche utilisée dans ce travail y est parfaitement décrite. J'invite les lecteurs anglophones à lire ce billet. En particulier, les auteurs nous expliquent que :

"L'onde de stade" (Fig. 1) intègre une collection de téléconnexions atmosphériques et océaniques retardées qui se propagent au sein de notre espace de phases des indices climatiques. Elle décrit comment le signal climatique généré par l'Atlantique produit des changements du régime climatique hémisphérique. En particulier, un Atlantique Nord chaud (froid) initie une téléconnexion qui génère des circulations Pacifique froides (chaudes) en, à peu près, 20 ans, culminant dans un refroidissement (réchauffement) hémisphérique. Cette réponse hémisphérique est perçue dans la température de surface de l'hémisphère Nord (NHT, en retranchant la variation linéaire à l'échelle du siècle) : on peut le voir comme une somme pondérée des anomalies des températures de surface de l'Atlantique Nord et du Pacifique Nord (Fig. 2). (Ndt : Ces deux figures sont reproduites ci-dessous).

Tandis que les téléconnexions de l'onde de stade évoluent, ainsi fait la NHT (la température de surface de l'hémisphère Nord).

+AMO → – AT → –NAO → –NINO3.4 → –NPO/PDO → –ALPI → –NHT → –AMO →+AT → +NAO → +NINO3.4 → +NPO/PDO → +NHT → +AMO…"

Le décodage de cet enchaînement d'acronymes est assez simple. Le signes + ou - qui précèdent les noms des noeuds du réseau (par exemple +AMO) indiquent que l'on se trouve en phase respectivement positive ou négative de l'indicateur en question.
Les acronymes des indices de la "ola" sont explicités par Glaze Wyatt et al de la manière suivante :

  • Atlantic Multidecadal Oscillation (AMO) –Oscillation multidécennale Atlantique. Un motif monopolaire des anomalies des températures de surface dans l'océan Atlantique Nord.
  • Atmospheric-Mass Transfer anomalies (AT) – Anomalies de transfert des masses atmosphériques (AT) caractérisant la direction des modes de comportement de vents dominants au dessus du continent Eurasien.
  • North Atlantic Oscillation (NAO) – Oscillation Nord Atlantique reflétant la distribution des masses atmosphériques entre les latitudes subpolaires et subtropicales au dessus du bassin Nord Atlantique.
  • NINO3.4 – Un proxy (indicateur) pour le comportement du El Niño dans le bassin tropical du Pacifique.
  • North Pacific Oscillation (NPO) – L'analogue pour le Pacifique de la NAO pour l'Atlantique.
  • Pacific Decadal Oscillation (PDO) – Un mode de comportement de la SST (Température de surface des océans) de l'océan Pacifique Nord.
  • Aleutian Low Pressure Index (ALPI) – Une mesure de l'intensité des basses pressions Aléoutiennes au dessus des latitudes moyennes de l'Océan Pacifique.
  • Northern Hemisphere Temperature (NHT) – anomalies de température dans l'hémisphère Nord.

Si, maintenant on cherche à obtenir une chronologie détaillée de la "ola", la voici telle qu'elle est indiquée dans l'article :

-AMO → (7 ans) → +AT → (2 ans) → +NAO → (5 ans) → +NINO3.4 → (3 ans) → +NPO/PDO → (3 ans) → +ALPI → (8 ans) → +NHT → (4 ans) → +AMO → (7 ans) → -AT → (2 ans) → -NAO → (5 ans) → -NINO3.4 → (3 ans) → -NPO/-PDO → (3 ans) → -ALPI → (8 ans) → -NHT → (4 ans) → -AMO

Ce qui donne un cycle complet de 64 ans et un demi-cycle, avec renversement de l'AMO de 32 ans. Il est évident que toutes ces téléconnexions et les évolutions subséquentes n'ont pas la précision d'une horloge. Les fluctuations s'additionnent et c'est sans doute pour cette raison que le cycle total peut varier de 50 à 80 ans comme indiqué par les auteurs.

Il va de soi que cet article et les estimations qui précédent résultent d'un grand nombre d'études antérieures, citées par les auteurs de l'article. La méthodologie utilisée est expliquée comme suit :

" Méthodologie : Nous avons utilisé l'analyse " Multi-channel Singular Spectrum Analysis" (MSSA; Ghil et al. 2002) pour identifier le signal multidécennal dominant dans notre réseau climatique, lequel comprend 15 indices. Le choix des indices a été guidé par notre hypothèse de l'influence hémisphérique de l'AMO. Les indices considérés incluent ceux basés sur l'anomalie de la SST (Température de surface des océans) dans l'Atlantique Nord ..[NdT suit une explication des acronymes cités plus haut]...Le signal climatique est représenté par la paire dominante M-SSA dont la reconstruction est visible sur la Fig. 1."

La Figure 1 de l'article permet de visualiser la notion de "Stadium Wave" (Ola) invoqué par les auteurs pour illustrer le processus de propagation dans le réseau de phases des indicateurs climatiques. Cette figure, tracée dans l'espace des phases (c'est à dire des temps), s'appelle diagramme de Hoffmuller. Voici la figure accompagnée de sa légende.

marcia2

 

"Fig. 1. Diagramme de Hoffmuller de la propagation de la "ola"dans l'espace des 15 indices climatiques. Les sections horizontales dans les endroits indiquées par les acronymes des indices représenteraient les séries temporelles des reconstructions basées sur les paires maîtresses M-SSA ; ces séries temporelles sont, en fait, reportées pour des indices choisis dans la Fig. 2 [...]. La distance verticale entre des indices adjacents représente le temps de retard entre les séries temporelles reconstruites. "

L'axe des ordonnées est gradué en retard cumulé (en fonction du temps écoulé).
Ainsi, l'inclinaison des différentes zones rouges, bleues, vertes et oranges, permet de visualiser la "ola". Cette inclinaison indique la propagation du retard relatif des indices, proportionnellement au temps (échelle des abscisses) écoulé, de la même manière que la "ola" se propage autour du stade en cumulant le retard induit par les spectateurs qui se dressent les uns après les autres.

Voici la Figure 2 de l'article accompagnée de sa légende. Cette figure représente une reconstruction de l'anomalie de température ("detrended", c'est à dire à laquelle on a retranché une variation linéaire croissante de l'ordre de 0,5°C/100 ans (voir ci-dessous)) en fonction du temps.

marcia1

 

"Fig. 2. La reconstruction M-SSA des séries temporelles de la température de l'hémisphère Nord peut être presque parfaitement représentée par une somme pondérée des reconstructions de l'AMO et de la PDO. "

Notez que la somme 0,83*PDO + 0,44*AMO (courbe en tireté rose-rouge) se superpose de manière remarquable à la courbe de variation de température de l'hémisphère Nord (courbe en bleu foncé). .

 

 

 

 

 

Nous avons déjà signalé à plusieurs reprises des articles qui insistaient sur la coïncidence frappante existant entre différents observables climatiques et l'Oscillation Multidécennale Atlantique. En voici quelques exemples.

II - Rappels : huss21

 

La fonte des glaciers alpins :

"La variation de la masse des glaciers des Alpes suisses depuis 100 ans, est liée à l'Oscillation Multidécennale Atlantique "
"100‐year mass changes in the Swiss Alps linked to the Atlantic Multidecadal Oscillation"
Matthias Huss, Regine Hock, Andreas Bauder, and Martin Funk (Universités de Fribourg et de Zürich)
Publié le 22 Mai 2010 dans Geophys. Res. Lett., 37, L10501, doi:10.1029/2010GL042616.

Figure 3 de l'article de Huss et al, avec sa légende.

a) moyenne glissante lissée sur 11 ans de la fonte annuelle des glaciers moyennée sur 30 glaciers.

b) accumulation annuelle (en trait épais) et anomalie de précipitations (en tiretés (par rapport à la moyenne 1908-2008)


(c) Anomalie annuelle du bilan massique. Une sinusoïde superposée à une tendance linéaire est indiquée.

(d) Indice de l'Oscillation Multidécennale Atlantique AMO [Enfield et al., 2001].

 

 

La bascule polaire : chylek2

 

Selon un article de P. Chylek et al, rapporté dans ce billet, la bascule polaire (c'est à dire le fait que les périodes de fonte et de regel des pôles Nord et Sud sont en opposition de phase) serait lié à l'AMO, comme on le voit sur ces graphes tirés de la référence suivante :

Bascule bi-polaire du vingtième siècle des températures de surface de l'Arctique et de l'Antarctique.
"Twentieth century bipolar seesaw of the Arctic and Antarctic surface air temperatures"

Petr Chylek, Chris K. Folland, Glen Lesins, and Manvendra K. Dubey.

GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS, VOL. 37, L08703, doi:10.1029/2010GL042793, 2010 (publié le 22 Avril 2010).

Légende de la figure ci-contre :

"Figure 2. (a) Séries temporelles de température corrigées
de l'Arctique (en bleu )
de l'Antarctique (en rouge ).
Les données sont lissées avec une moyenne glissante sur une durée de 11 ans (lignes fines) et de 17 ans (lignes épaisses).
"(b) Les valeurs annuelles de indice de l'AMO [d'après Parker et al., 2007] (ligne fine) et la moyenne glissante sur 17 ans (ligne épaisse)."

Vous noterez que l'article de Glaze Wyatt et al mentionné ci-dessus ne s'intéresse qu'à l'hémisphère Nord, tandis que celui de Chylek et al fait référence aux pôles Nord et Sud. L'explication donnée par Chylek et al est rappelée dans ce billet.

 

chylek09b

 

Voici une autre superposition intéressante des températures arctiques et des indices AMO (Parker et NOAA), publiée dans un article plus ancien de P. Chylek et al (ce billet).

 

 

 

 

 

Enfin, tout récemment, nous avons rapporté ( billet ci-dessous) sur un article qui reconstruisait l'indice de fonte du Groenland depuis les 100 dernières années.

La fonte du Groenlandmarcia5


 

 

Ci-contre, le graphe (tronqué à partir de 1900 pour pouvoir le comparer avec le graphe ci-dessus), de l'article commenté dans le billet ci-dessous.

On retrouve, de nouveau, une forte fonte (comme pour les glaciers alpins) vers 1940-1950 suivi d'un regel jusque vers 1976, lui-même suivi d'une nouvelle fonte qui se poursuit jusqu'à nos jours.

 

 

 

 

 

Couverture neigeuse du plateau Tibétain et AMO depuis 200 ans :

Un article encore sous presse au Geophysical Research Letters, est intitulé :

"Variabilité décennale de la couverture neigeuse sur le plateau Tibétain pendant les deux derniers siècles "
Decadal Variability in Snow Cover over the Tibetan Plateau during the Last Two Centuries

Caiming Shen, Wei-Chyung Wang, and Gang Zeng
Atmospheric Sciences Research Center, State University of New York, Albany, New York

Le résumé de cet article qui retrouve, une fois encore, une corrélation marquée d'un indicateur climatique (la couverture neigeuse du Tibet) avec l'AMO (par l'intermédiaire de la NAO, selon les auteurs) se conclut par les phrases suivantes :
marcia6

...The analysis suggests that the snow cover exhibits significant decadal variability with major shifts around 1840s, 1880s, 1920s, and 1960s. Its variations are found to be closely correlated with the Atlantic Multidecadal Oscillation: Cool/warm phases coincide with large/small snow cover. A plausible mechanism linking the North Atlantic climate to Asian monsoon is presented.


"L'analyse suggère que la couverture neigeuse montre une variabilité décennale avec des changements marqués dans les années 1840, 1880, 1920 et 1960. On trouve que ces variations sont étroitement corrélées avec l'Oscillation Multidécennale Atlantique. Les phases froides/chaudes coïncident avec les couvertures fortes/faibles. Un mécanisme plausible reliant l'Atlantique Nord à la mousson Asiatique est présenté. "

(Figure ci-contre : en bleu l'AMO. En rouge, la couverture neigeuse du plateau tibétain)

 

Si les oscillations océaniques évoquées précédemment sont effectivement actives au niveau des pertes de glaces, aussi bien dans les massifs alpins que pour le Groenland et les pôles, et sans doute dans de nombreuses autres circonstances comme pour l'enneigement du plateau Tibétain, on peut penser que les glaciers devraient regeler dans les années qui viennent, la neige devenir plus abondate etc. comme je l'avais mentionné dans ce billet.
Nous verrons...

III - Compléments : Au sujet de la superposition des effets résultant des oscillations climatiques évoquées ci-dessus et d'une hausse progressive des températures de l'ordre de 0,5°C par siècle :

Comme je l'ai mentionné ci-dessus, l'article cité fait usage de séries données de températures "detrended", c'est à dire auxquelles on a soustrait une hausse linéaire des températures mentionnée par de nombreux autres chercheurs. Vous retrouverez dans ce billet, d'autres graphes du même genre, publiés par d'autres auteurs tels que William Gray et al, Scafetta et al, Mojib Latif, Swanson et al, Klyashtorin et Lyubishin, Joseph d'Aleo ...

Il est tentant d'attribuer cette hausse sous-jacente aux variations cycliques naturelles des observables climatiques, aux effets des gaz à effet de serre. C'est d'ailleurs ce que suggèrent Anastasios Tsonis et Mojib Latif, par exemple. D'autres auteurs, comme Syun Ichi Akasofu penchent plutôt pour une hausse naturelles des températures due à la sortie du petit âge glaciaire précédent. Un des arguments essentiels d'Akasofu repose sur la constatation que le réchauffement observé actuellement a commencé dès le début du XIXème siècle, comme le montre l'analyse d'un certains nombre d'indicateurs, c'est à dire bien avant que les émissions de gaz à effet de serre deviennent notables.

Il est crucial de réaliser, que lorsque l'on tient compte des oscillations naturelles du climat, la pente de la hausse des températures est notablement inférieure à celle de l'arche montante de la quasi-sinusoïde (allant de 1979 à 1998) qui est souvent présentée comme un argument décisif par les adhérents du GIEC.
C'est exactement ce qu'a voulu illustrer le Professeur Akasofu lorsqu'il a réalisé le schéma ci-dessous. En effet, si l'on ne prend pas en compte les oscillations naturelles et que l'on se contente de ne considérer que la dernière fraction de la courbe, comme cela est représenté sur ce graphique, on est conduit à des prévisions (prédictions, scénarios etc.) beaucoup plus alarmistes telles que celles qui sont mis en avant par le GIEC et les médias. De fait, et même si on admet que la hausse sous-jacente des températures est due à l'effet de serre, et si l'on tient compte des oscillations naturelles, on est conduit à une sensibilité aux gaz à effets de serre de l'ordre de 3 à 4 fois moins importante que celle des modèles du GIEC, ce qui rejoint les sensibilités (donc quasiment négligeables) avancées par Richard Lindzen ou Roy Spencer, souvent mentionnées dans ce site.

akasofu1

Le graphe ci-contre que les lecteurs de ce site connaissent bien, est de la main du Prof. Syun Ishi Akasofu. Je l'avais rapporté dans ce billet. Son article le plus récent (et copieux) à ce sujet est intitulé : "Composantes naturelles du changement climatique" (attention ! chargement très long. Soyez patient).

Au vu des oscillations naturelles, de période proche de 60 ans et que l'on retrouve aussi dans l'analyse spectrale de l'évolution de la température du globe (et ...du soleil, Scafetta (2009)), Akasofu fait remarquer que les prédictions (prévisions, scénarios etc...) du GIEC sont très exagérées.

Le point indiqué par une flèche rouge indique la situation actuelle.

 

 

 

IV Conclusion :

L'article de Glaze Wyatt et al, cité ci-dessus, vient compléter la longue série des observations déjà publiées ou en voie de publication dans les revues à comité de lecture qui montrent que le climat du globe obéit à des variations cycliques, avec une périodicité marquée qui se situe aux environs de 60 ans. Plusieurs auteurs attribuent cette périodicité à l'Oscillation Multidécennale Atlantique qui influence, au moyen de diverses téléconnexions retardées, les autres acteurs du climat.

Il se trouve que les études de climatologie ont connu un fort regain d'intérêt depuis une trentaine d'années environ. Malencontreusement, cette période correspond assez précisément avec une arche montante de la quasi-sinusoïde des variations cycliques naturelles auxquelles sont apparemment soumis les observables climatiques tels que la fonte des glaciers, la température etc. Dans ces conditions, il n'est ni étonnant, ni alarmant, que l'on observe actuellement un "réchauffement climatique". Celui-ci n'est pas un cas isolé dans l'histoire récente. Jusqu'à présent, il n'est exceptionnel ni par son amplitude ni par ses conséquences.
La requête d'Akasofu qui demande que l'on prenne en compte ces oscillations climatiques naturelles AVANT d'avancer des hypothèses et des modèles sur le rôle supposé des émissions des gaz à effets de serre, semble donc justifiée.

Pour terminer, voici un petit conseil : A l'appui de leur thèse, les tenants de l'hypothèse anthropique du GIEC mettent fréquemment en avant, des graphiques (de fonte des glaces, de hausse des températures etc.) qui couvrent justement la période allant de 1976 à nos jours.

Demandez leur simplement ce qu'il s'est passé, pour les mêmes observables, de 1910 à 1940-45, puis de 1945 à 1976...

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Addendum : A noter qu'un livre récemment publié chez Springer (Praxis Publishing, Chichester) dont les auteurs sont des chercheurs russes spécialistes de l'Arctique (Frolov, Gudkovitch, Karlin, Kovalev et Smolyanitsky), sous le titre "Climate Change in Eurasian Arctic Shelf Seas -Centennial Ice cover Observations", tient exactement le même langage que les articles mentionnés ci-dessus : Tout cela est géré par des cycles de 60 ans...
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26 Avril 2011 : Rien de bien nouveau du côté de la fonte du Groenland...depuis 200 ans.

Une des difficultés majeures auxquelles se trouvent confrontées les sciences du climat, tient au fait que si les données de l'observation de toutes natures green3abondent depuis le début de l'ère satellitaire (typiquement à partir de 1979, c'est à dire depuis seulement une trentaine d'années), les données plus anciennes sont beaucoup plus rares, souvent fragmentaires et parfois sujettes à caution.
Comme le savent les lecteurs de ce site, il se trouve (malencontreusement) que les années 1970-1980 qui ont vu la naissance des premières observations détaillées obtenues grâce aux satellites, ont également été des années plus froides que celles qui les ont précédé (au point que certains redoutaient, à l'époque, la survenue d'un nouveau petit âge glaciaire) et que celles qui les ont suivi.
Cette coïncidence fortuite entre le point de départ des observations satellitaires d'une part et de la période froide 1946-1976, d'autre part, a peut-être contribué, dans une certaine mesure, à la naissance de l'alarmisme climatique qui sévit depuis plus de deux décennies. En effet, les températures étant reparties à la hausse, après la baisse des années 1946-1979, un grand nombre d'observations bien documentées, disponibles depuis 1979, ont mis en évidence une série d'évolutions (températures, fontes des glaces etc.) par rapport aux données observées au début de l'ère satellite, que certains considèrent comme alarmantes.
Et de fait, elles le seraient... si elles étaient sans précédent historique.
Le sont-elles ?

L'article qui fait l'objet de ce billet, a été publié le 19 avril au Journal of Geophysical Research. Il nous montre que la fonte récente du Groenland, fréquemment utilisée comme argument massue par les alarmistes (qui limitent le plus souvent leurs graphiques aux trente dernières années) n'est pas inhabituelle dans le contexte historique des deux siècles précédents.
Le voici :
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"Une reconstruction de l'extension de la fonte annuelle du Groenland de 1784 à 2009."

A reconstruction of annual Greenland ice melt extent, 1784–2009

JOURNAL OF GEOPHYSICAL RESEARCH, VOL. 116, D08104, doi:10.1029/2010JD014918, 2011


Oliver W. Frauenfeld ( Department of Geography, Texas A&M University,College Station, Texas, USA)
Paul C. Knappenberger (New Hope Environmental Services, Charlottesville, Virginia, USA)
Patrick J. Michaels (Cato Institute, Washington, D. C., USA).
A noter que Pat Michaels, plusieurs fois cité dans ce site, est un ancien président des Climatologues d'Etat des Etats-Unis. Il gère le site Word Climate Report.

Manuscrit reçu le 17 Août 2010; révisé le 21 Décembre 2010; accepté le 31 Janvier 2011; Publié le 19 Avril 2011.

Cet article constitue le prolongement d'un travail présenté, par les mêmes auteurs, en 2008, lors de la conférence d'automne de l'AGU (American Geophysical Union) où il avait beaucoup été question du Groenland, comme je l'avais mentionné à l'époque. Voici le résumé de cet article en version originale d'abord, suivie d'une traduction en français.

Abstract :
The total extent of ice melt on the Greenland ice sheet has been increasing during the last three decades. The melt extent observed in 2007 in particular was the greatest on
record according to several satellite‐derived records of total Greenland melt extent. Total annual observed melt extent across the Greenland ice sheet has been shown to be strongly
related to summer temperature measurements from stations located along Greenland’s coast, as well as to variations in atmospheric circulation across the North Atlantic. We
make use of these relationships along with historical temperature and circulation observations to develop a near‐continuous 226 year reconstructed history of annual Greenland melt extent dating from 2009 back into the late eighteenth century. We find that the recent period of high‐melt extent is similar in magnitude but, thus far, shorter in duration, than a period of high melt lasting from the early 1920s through the early 1960s. The greatest melt extent over the last 2 1/4 centuries occurred in 2007; however, this value is not statistically significantly different from the reconstructed melt extent during 20 other melt seasons, primarily during 1923–1961.

Résumé : " L'étendue totale de la fonte des glaces de la surface glacée du Groenland a augmenté durant les trois dernières décennies. En particulier, l'étendue de la fonte observée en 2007 a été la plus importante selon les données de l'étendue totale de la fonte du Groenland, d'après les observations de plusieurs satellites.
Il a été montré que le fonte annuelle totale observée de la couche glacée du Groenland est étroitement dépendante de la température en été, mesurée par les stations situées le long des côtes du Groenland, aussi bien que des variations de la circulation atmosphérique sur l'Atlantique Nord.
Nous prenons en compte cette dépendance avec les enregistrements historiques des températures et avec les observations des modes de circulation pour mettre en place une reconstruction de l'histoire de l'extension de la fonte annuelle du Groenland sur une période quasi-continue s'étendant sur 226 années, en partant de 2009 et en remontant jusqu'à la fin du XVIIIème siècle.
Nous trouvons que la période récente de forte extension de la fonte est semblable du point de vue de l'extension mais, jusqu'à présent, de durée plus courte qu'une période de forte fonte qui s'est prolongée du début des années 1920 jusqu'au début des années 1960. La plus grande étendue de fonte durant les deux siècles et un quart derniers, s'est produite en 2007, mais cette valeur n'est pas significativement différente, du point de vue statistique, de l'extension de la fonte reconstruite pendant 20 autres saisons de fonte, et en tout premier lieu de 1923 à 1961. "
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Le corps de l'article porte essentiellement sur l'analyse des données anciennes de température et de la circulation atmosphérique disponibles à partir de multiples sources déjà publiées ainsi que sur les trois modèles statistiques utilisés pour extraire les données utiles à la reconstruction de l'indice de fonte du Groenland à partir des observations précédant l'ère satellitaire.

Voici la figure maîtresse de l'article en question, accompagnée de sa légende.

green1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Figure 2.
"Reconstruction de l'histoire de l'indice de l'extension totale de la fonte du Groenland de 1784 à 2009.
Valeurs observées de l'indice de fonte des glaces (cercles bleus pleins).
Valeurs reconstruites de l'indice de fonte des glaces (cercles gris vides)
Moyenne glissante sur 10 ans des valeurs reconstruites et ajustées (ligne rouge épaisse)
Marges d'erreurs à 95% d'indice de confiance (lignes grises fines).
"

Comme on peut le voir sur ce graphique et conformément aux conclusions des auteurs, la période de fonte actuelle n'est pas significativement différente de celles qui l'ont précédé. A noter que les marges d'erreurs de ces mesures ( la zone encadrée par les lignes fines en grisé) sont près de deux fois plus grandes que le signal. C'est assez fréquent en climatologie.

Les conclusions de cet article replacent les observations rapportées dans le contexte de la hausse du niveau des mers qui pourrait résulter de la fonte des glaces Groenlandaises. Ici encore, les conclusions vont à l'encontre de bien des idées reçues et généreusement propagées par quelques activistes et par les médias

6. Conclusions
We have created a record of total annual ice melt extent across Greenland extending back approximately 226 years by combining satellite‐derived observations with melt extent values reconstructed with historical observations of summer temperatures and winter circulation patterns. This record of ice melt indicates that the melt extent observed since the late 1990s is among the highest likely to have occurred since the late 18th century, although recent values are not statistically different from those common during the period 1923–1961, a period when summer temperatures along the southern coast of Greenland were similarly high as those experienced in recent years. Our reconstruction indicates that if the current trend toward increasing melt extent continues, total melt across the Greenland ice sheet will exceed historic values of the past two and a quarter centuries.
[28] Of primary concern is the impact that Greenland ice melt will have on the rate of global sea level rise. A number of factors including snowfall accumulation variations, and any impact that surface melting has on glacial flow rates complicate this determination. Currently, surface mass balance estimates considering only loss from surface melting and input from precipitation (not including loss from glacial outflow) suggest that in recent years there has been a decline in the surface mass balance of Greenland. Mass loss from melting has exceeded small increases in snowfall accumulation [Fettweis, 2007; Hanna et al., 2008] leading to a positive contribution to global sea level rise. Mass loss from increased glacial discharge adds an additional contribution [Rignot and Kanagaratnam, 2006] and is well correlated to surface mass balance [Rignot et al., 2008]. However, the strength and duration of glacial discharge exhibits shortterm (days to years) variability and it remains unclear to what level glacial flow rates will be sustained even under a future regime of rising temperatures [Nick et al., 2009;Schoof, 2010].
[29] The forces acting in concert with ice melt across Greenland to produce higher global sea levels currently, should also have been acting during the extended high‐melt conditions from the mid‐1920s to the early 1960s. There is some qualitative indication of an observable influence of the variations in input from Greenland in the decadal rates of sea level change over the course of the past century [Jevrejeva et al., 2006; Church and White, 2006]. However, there is no indication that the increased contribution from the Greenland melt in the early to mid 20th century, a roughly 40 year interval when average annual melt was more or less equivalent to the average of the most recent 10 years(2000–2009), resulted in a rate of total global sea level rise that exceeded around 3 mm/yr.
This suggests that Greenland’s contribution to global sea level rise, even during multidecadal conditions as warm as during the past several years, is relatively modest.

Conclusions, en français :

"[27]Nous avons créé un enregistrement de l'étendue totale annuelle de la fonte du Groenland qui s'étend sur environ 226 années en combinant les observations issues des satellites avec les observations historiques des températures et des modes de circulation hivernaux. Cet enregistrement de la fonte des glaces montre que l'extension de la fonte observée depuis la fin des années 1990 figure parmi les plus élevées qui se sont produites depuis la fin du XVIIIème siècle, bien que les valeurs récentes ne soient pas statistiquement différentes de celles qui ont été observées durant la période 1923-1961, qui est une période pendant laquelle les températures estivales le long de la côte Sud du Groenland était aussi élevées que celles que nous avons connues dans les années récentes. Notre reconstruction montre que si la tendance actuelle vers une augmentation de l'extension de la fonte continue, la fonte totale de la nappe glacée du Groenland excédera les valeurs historiques des deux siècles et un quart écoulés.

[28] L'impact de la fonte des glaces du Groenland sur le taux de montée de la hausse du niveau des mers est la première cause de préoccupation. Un grand nombre de facteurs incluant les variations de l'accumulation de la neige ainsi que n'importe quel impact que pourrait avoir la fonte de la surface sur les taux d'écoulement des glaces rend cette détermination délicate. Dans l'état actuel, l'équilibre entre les estimations des masses surfaciques, en ne considérant que les pertes dues à la fonte en surface, avec les entrées provenant des précipitations (en ne prenant pas en compte les pertes dues aux flux sortant dus aux courants glaciaires) suggèrent que durant ces dernières années, il y a eu un déclin de l'équilibre de la masse surfacique du Groenland. La perte de masse résultant de la fonte a dépassé la faible augmentation de l'augmentation des chutes de neige [[Fettweis, 2007; Hanna et al., 2008] induisant une contribution positive à la hausse du niveau global des mers. La perte de masse résultant de l'augmentation de la décharge glaciale ajoute une contribution supplémentaire [Rignot and Kanagaratnam, 2006] et ceci est bien corrélé avec l'équilibre de la masse surfacique [Rignot et al., 2008]. Cependant, la force et la durée de la décharge glaciaire montre une variabilité à court terme (de la journée à l'année) et la détermination du taux de décharge glaciaire qui pourrait survenir même en cas d'un régime futur de hausse de la température [Nick et al., 2009; Schoof, 2010] reste problématique.

[29] Les forces qui agissent de concert avec la fonte des glaces au Groenland pour contribuer à provoquer, dans les conditions actuelles, une hausse du niveau marin devraient aussi avoir été à l'oeuvre pendant les conditions de forte fonte généralisée qui ont eu cours depuis la moitié des années 1920 jusqu'au début des années 1960. Il existe certaines indications qualitatives d'une influence observable des variations dues au Groenland dans le taux décennal de la variation du niveau des mers au cours du siècle passé [Jevrejeva et al., 2006; Church and White, 2006]. Cependant, il n'existe aucune indication que l'augmentation de la contribution de la fonte du Groenland, du début à la fin du XXème siècle, c'est à dire durant une période d'environ 40 ans durant lequel la fonte moyenne annuelle était plus ou moins équivalente à celle des dix dernières années (2000 à 2009), ait conduit à un taux d'augmentation du niveau global des océans qui ait excédé environ 3 mm/an.
Ceci suggère que la contribution du Groenland à la hausse globale du niveau des océans est relativement modeste, même durant des conditions multidécennales aussi chaudes que durant les dernières années."

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En résumé, et bien qu'elle soient, ici ou là, subtilement édulcorées par quelques concessions à "l'establishment climatique" (publication oblige ! voir ci-dessous), les conclusions de cet article sont parfaitement claires :

- La fonte actuelle des glaces Groenlandaises n'est actuellement pas statistiquement distinguable de celles qui l'ont précédé durant les deux siècles précédents, notamment de celle qui s'est prolongée durant près de la première moitié du XXème siècle jusque vers les années 60.
-Comme, à cette époque, le taux de hausse du niveau des mers n'a pas excédé la valeur classique de 3mm/an, ceci suggère que la contribution de la fonte du Groenland à la hausse du niveau global, est relativement modeste.

Ce qui - vous l'avez compris - ne va pas du tout dans le sens alarmiste prôné par les tenants du GIEC et par la quasi-totalité des médias (qui éviteront soigneusement de rapporter sur cet article dérangeant)...
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Pour la petite histoire :
Au sujet du processus de relecture par les pairs avant publication :
le peer-review.

Inutile de dire que l'article précédent qui va à l'encontre de l'alarmisme climatique, a dû avoir du mal à passer le tir de barrage des referees (les relecteurs) habituels du Journal of Geophysical Research.

Il est inutile de préciser également que si cet article a finalement été accepté et publié, c'est sans nul doute que les relecteurs n'ont pu y déceler de faute rédhibitoire. Le processus de revue par les pairs qui a duré 6 mois environ, peut sembler très long aux lecteurs profanes. Il n'est cependant guère inhabituel en matière de publication dans les revues réputées, et tout spécialement dans ce domaine où les controverses vont bon train.

green2

Voici, ci-contre, une illustration du processus de la relecture par les pairs, tel qu'il est perçu par beaucoup de chercheurs. Notamment, par ceux qui s'aventurent, à leurs risques et périls, à publier des articles qui ne "sont pas dans la ligne" et qui, lorsqu'un "consensus" s'installe, ont toutes les chances de tomber sur un referee qui lui, y est.

L'article de Frauenfeld et al., rapporté ci-dessus, a été soumis au JGR en Août 2010, c'est à dire avant que les données de l'année 2010 soient connues. Contrairement à la règle d'or du processus de relecture, et une fois encore (voir les emails du climategate), le referee principal s'est fait connaître.
Il s'agit de
Jason Box. Box est le chercheur que j'avais mentionné dans un billet précédent. Jason Box et ses collègues avaient compilé un certains nombre de documents anciens (tels que des photos aériennes du Groenland), pour, finalement, retrouver des résultats assez proches de ceux de l'article cité dans ce billet.
Bien que les données 2010 ne soient pas disponibles au moment de la soumission de l 'article, le referee a reproché aux auteurs de ne pas les avoir incorporées dans l'analyse ce qui est, pour le moins, spécieux. Les auteurs ont répondu que les données 2010 ne seront rendues disponibles, après traitement, que bien plus tard, tout en prenant date pour la suite.
Une explication sur le site "The blackboard" de Lucia, intitulé "
Le referee se disqualifie", donne une copie de certains commentaires du referee Jason Box au sujet du contenu de l'article en question et... au sujet de la personnalité de ses auteurs, ce qui est pour le moins inhabituel et déontologiquement inacceptable. Un referee doit s'en tenir aux faits et au contenu de l'article. Certains commentaires de Jason Box, du style "les auteurs sont des climato-sceptiques et sont payés par Big Oil !" laissent rêveur sur la dégradation désastreuse du processus de peer-review qui semble avoir actuellement cours en sciences du climat.

Le processus de revue par les pairs possède, sans aucun doute, de grands mérites. Cependant, et de l'avis de beaucoup, il présente aussi de graves inconvénients surtout lorsqu'il s'agit de sujets très sensibles ou plus ou moins politisés, dans lesquels d'aucuns voudraient imposer une certaine "pensée unique " comme dans le cas du réchauffement climatique.

Il est bon de relire ce qu'écrivait, au sujet du peer review,
Richard Horton, l'éditeur du Lancet, la très renommée et prestigieuse revue médicale britannique, en relation avec une polémique récente (à propos des OGM, un sujet hautement passionnel) qui avait agité le microcosme médico-scientifique.

"La faute, bien entendu, est d'avoir pensé que le processus de revue par les pairs était autre chose qu'un moyen grossier de découvrir l'acceptabilité - et non pas la validité - d'une nouvelle découverte. Les éditeurs, tout comme les scientifiques, insistent sur l'importance cruciale du processus de revue par les pairs. Nous donnons une image du peer review au public comme s'il s'agissait d'un processus quasi-sacré qui aide à faire de la science notre garant le plus objectif de la vérité . Mais nous savons que le système de la relecture par les pairs est biaisé, injuste, irresponsable, incomplet, facilement truqué, souvent insultant, couramment ignorant, parfois stupide et fréquemment erroné."

C'est, malheureusement, ce qu'on avait compris en lisant les courriels échangés à ce propos, entre les protagonistes du Climategate.
Voir également ce qu'en pense le climatologue Roger Pielke Sr dans un billet au sujet des tribulations rocambolesques d'un article (non mainstream) soumis récemment par Ross McKittrick.

En tant qu'éditeur du Lancet, Richard Horton sait à quoi s'en tenir en matière de processus du peer review, mais sa vision est sans doute un peu pessimiste et, en tout cas, ne concerne pas tous les domaines de la science.
Dans les sciences plus "paisibles" et moins passionnelles, le processus de relecture par les pairs est aussi fréquemment constructif, enrichissant (pour le relecteur, pour les auteurs comme pour les lecteurs) et finalement bénéfique pour la science.
Cependant, il faut savoir que, contrairement à une croyance très répandue, le processus de relecture par les pairs ne garantit nullement la validité d'un article publié, comme le dit fort justement Horton. Tous les chercheurs savent que des articles qui contenaient des âneries ont fréquemment réussi à passer le filtre des meilleures revues scientifiques, même s'il ne s'agit que d'une minorité.
Plus certainement, et comme le dit Richard Horton, le peer review est un filtre "grossier" qui garantit l'acceptabilité d'un article par le "mainstream" scientifique ...du moment. Ce qui n'est certainement pas une caractéristique en faveur du développement des idées novatrices mais devient plutôt une machine à fabriquer des consensus.


En réalité, en matière de sciences, le progrès s'effectue plutôt par une succession continue d'essais, d'erreurs et de corrections qui, du moins en principe, maintiennent le navire sur son cap.
Mais, parfois, et comme l'histoire en témoigne, les erreurs et les croyances ont eu la peau dure.

Rien n'est parfait et la recherche n'est certainement pas le "long fleuve tranquille" que le public imagine.

A suivre....


05 Avril 2011 : Pas d'accélération de la hausse du niveau moyen des mers du globe !

Les lecteurs avertis se souviennent de la vive polémique qui avait agité les sphères spécialisées dans les prédictions de la hausse du niveau des océans lors de la publication du rapport AR4 du GIEC en 2007. Ce rapport, se basant essentiellement sur les travaux de Bindoff et al (2007), avait annoncé que, la hausse du niveau moyen des océans du globe devrait se situer quelque part entre 18 et 59 cm en 2100 par rapport au niveau des mers en 1990.
Plusieurs auteurs, proches du GIEC, dont Stefan Rhamstorf, bien connu des lecteurs de ce site, se basant sur des analyses semi-empiriques et sur les scénarios variés de l'élévation de température, avaient avancé des hausses de niveau bien supérieures, de l'ordre de 60 à 190 cm pour la même période.
Les lecteurs se souviennent peut-être aussi des visions apocalyptiques d'Al Gore, de Hansen et de quelques autres qui n'avaient pas hésité à prédire des hausses du niveau des mers de quelques mètres ou, même, de quelques dizaines de mètres...

Pour rester sur des bases plus solides que ces spéculations et comme toujours, il vaut mieux dans ce domaine comme dans les autres, se baser sur les observations plutôt que sur des "projections".

L'article que je vais commenter ci-dessous fait suite et corrobore les observations et les analyses d'un article de Manfred Wenzel et Jens Schröter (de l'Alfred Wegener Institute for Polar and Marine Research, Bremerhaven, Allemagne) publié le 13 Août 2010 dans le J. Geophys. Res., 115, C08013, doi:10.1029/2009JC005630. (2010), telles que je les avais rapportées dans ce billet.
L'article qui est le sujet de ce billet est encore sous presse au Journal of Coastal Research, (encore accessible en ligne). (ISSN 0749-0208).
Le JCR est une publication revue par les pairs, spécialisée dans l'étude des zones côtières continentales. Cet article est intitulé :

"Accélération du niveau des mers basée sur les marégraphes des USA et extension des analyses publiées précédemment à partir de jauges de niveau à l'échelle du globe."
"Sea-Level Acceleration Based on U.S. Tide Gauges and
Extensions of Previous Global-Gauge Analyses"

Les deux auteurs sont J. R. Houston and R. G. Dean

J. R. Houston : Director Emeritus
Engineer Research and Development
Center, Corps of Engineers

R. G. Dean : Professor Emeritus
Department of Civil and Coastal Civil
Engineering. University of Florida

L'idée qui sous-tend cet article est aussi simple que naturelle : Si la hausse du niveau des mers, observée actuellement, se poursuit à la même vitesse que celle que nous connaissons à présent et que nous avons connue depuis au moins un siècle, il n'y a aucune de raison de s'inquiéter. Le niveau des mers ne montera que de 15cm jusqu'en 2100.
Afin de pouvoir faire des prévisions sérieuses en matière de hausse du niveau des mers
, il est donc crucial de savoir s'il existe (ou non) une tendance à l'accélération, détectable dans les bases de données dont nous disposons actuellement.

Voici, comme à l'accoutumée, le résumé original de l'article suivi d'une traduction en français :

Abstract :
Without sea-level acceleration, the 20th-century sea-level trend of 1.7 mm/y would produce a rise of only approximately 0.15 m from 2010 to 2100; therefore, sea-level acceleration is a critical component of projected sea-level rise. To determine this acceleration, we analyze monthly-averaged records for 57 U.S. tide gauges in the Permanent Service for Mean Sea Level (PSMSL) data base that have lengths of 60–156 years. Least-squares quadratic analysis of each of the 57 records are performed to quantify accelerations, and 25 gauge records having data spanning from 1930 to 2010 are analyzed. In both cases we obtain small average sea-level decelerations. To compare these results with worldwide data, we extend the analysis of Douglas (1992) by an additional 25 years and analyze revised data of Church and White (2006) from 1930 to 2007 and also obtain small sea-level decelerations similar to those we obtain from U.S. gauge records.
Résumé :
"Sans accélération du niveau des mers, la tendance de la hausse du niveau des mers du XXème siècle conduirait à une hausse de seulement environ 0,15m de 2010 à 2100. C'est pourquoi l'accélération du niveau des mers est une composante critique de la hausse projetée du niveau des mers. De manière à analyser cette accélération, nous analysons les enregistrements mensuels de 57 jauges de niveau US de la base de données du PSML (Permanent Service for Mean Sea Levels, Service permanent pour le niveau moyen des océans) qui couvrent des périodes de 60 à 156 ans. Une analyse par la méthode des moindres carrés de chacun des 57 enregistrements est effectuée de manière à quantifier les accélérations. De plus 25 jauges de niveau ayant des données couvrant la période allant de 1930 à 2010 est analysée.
Dans les deux cas, nous obtenons des faibles décélérations de la hauteur moyenne du niveau des mers. De manière à comparer ces résultats avec les données valables pour le globe, nous avons prolongé l'analyse de Douglas (1992) en la prolongeant de 25 années supplémentaires et nous avons analysé les données de Church et White (2006) de 1930 à 2007 et nous obtenons aussi des faibles décélérations semblables à celles que nous avons obtenues pour les jauges de niveau des USA."
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Voici, indiquées par des points noirs, les emplacements des 57 jauges de niveau utilisées par les auteurs de cet article.

 

Comme on peut le voir, il s'agit d'une série de jauges distribuées le long des côtes atlantiques et Pacifiques des USA. D'autres jauges, également utilisées, sont situées dans le Pacifique sur des îles telles que Hawaï ou Midway. La liste complète des sites de mesures figure dans l'article. .

 

 

Voici un résultat typique de l'analyse effectuée par les deux auteurs de cet article :
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" Pour chacune des 57 des 25 séries de données des marégraphes, nous avons déterminé le décalage à l'origine, α0 en mm, la pente α1 en mm/y, et le terme quadratique correspondant à l'accélération, α2 in mm/y2, en utilisant une méthode des moindres carrés qui satisfait à l'équation :

y(t) = α0 + α1t + (α2/2)(t2)

Dans laquelle le temps est exprimé en années et y(t) est la mesure du niveau marin à la date t.
C'est l'accélération seule qui est concernée dans cet article."

La figure ci-contre (Fig. 4) donne un histogramme du nombre de données enregistrées par les jauges selon l'accélération observée. L'histogramme présente une légère dissymétrie vers les décélérations ce qui justifie les affirmations des auteurs qui observent une stabilité de la hausse du niveau des mers ou une légère décélération.

"Notre première analyse a déterminé une valeur de l'accélération α2 pour chacun des 57 enregistrements, dont les résultats sont tabulés dans la Table 1 et montrés dans le Figure 4. Il y a pratiquement un équilibre avec 30 enregistrements marégraphiques indiquant une décélération et 27 montrant une accélération, le tout se regroupant autour de 0.0 mm/y2. La moyenne indique une légère décélération correspondant à α2 = -0.0014 ± 0.0161 mm/y2 (avec un taux de confiance de 95%)."

La conclusion de l'article attire l'attention sur la contradiction entre les résultats des observations directes et les prédictions de plusieurs articles parus précédemment. En bref, et bien que la température moyenne ait augmenté de quelques 0,7°C, et contrairement aux analyses précédentes, depuis le début du XXème siècle et jusqu'en 2010, on n'a vu aucune accélération de la hausse du niveau des mers.
Voici cette conclusion, la version originale d'abord, suivie d'une traduction en français :

Conclusion:
Our analyses do not indicate acceleration in sea level in U.S. tide gauge records during the 20th century. Instead, for each time period we consider, the records show small decelerations that are consistent with a number of earlier studies of worldwide-gauge records. The decelerations that we obtain are opposite in sign and one to two orders of magnitude less than the +0.07 to +0.28 mm/y2 accelerations that are required to reach sea levels predicted for 2100 by Vermeer and Rahmstorf (2009), Jevrejeva, Moore, and Grinsted (2010), and Grinsted, Moore, and Jevrejeva (2010). Bindoff et al. (2007) note an increase in worldwide temperature from 1906 to 2005 of 0.74C.
It is essential that investigations continue to address why this worldwide-temperature increase has not produced acceleration of global sea level over the past 100 years, and indeed why global sea level has possibly decelerated for at least the last 80 years.

Conclusion :

"Nos analyses ne montrent pas d'accélération du niveau des mers dans les bases de données des jauges de niveau des USA durant le XXème siècle. Au contraire, pour chaque période de temps considérée, les bases de données indiquent de faibles décélérations qui sont cohérentes avec les études précédentes des enregistrements des jauges de niveau pour le globe entier. Les décélérations que nous obtenons sont de signe opposé et d'un ou deux ordres de grandeurs plus faibles que les accélérations de +0,07 à 0,28 mm/an/an qui sont exigées pour atteindre des niveaux des mers en 2100 prédits par Vermeer et Rahmstorf (2009), Jevrejeva, Moore, et Grinsted (2010), et Grinsted, Moore, et Jevrejeva (2010). Bindoff et al. (2007) note une augmentation de la température du globe de 1906 à 2005 de 0,74°C. Il est essentiel que les recherches soient poursuivies afin de comprendre comment cette augmentation globale de la température n'a pas provoqué une accélération du niveau des mers du globe durant les 100 dernières années et en en réalité, pourquoi le niveau des mers du globe a peut-être décéléré depuis, au moins, les 80 dernières années."

Ces résultats de Houston et Dean sont conformes aux observations et à l'analyse sophistiquée (par les réseaux neuronaux) de Manfred Wenzel et Jens Schröter de l'Alfred Wegener Institute for Polar and Marine Research, (Bremerhaven, Allemagne) publié le 13 Août 2010 dans le J. Geophys. Res., 115, C08013, doi:10.1029/2009JC005630. (2010), telles que je les avais rapportées dans ce billet.

Bibliographie des articles cités par J. R. Houston et R. G. Dean :

Bindoff, N.L., Willebrand, J., Artale, V., Cazenave, A., Gregory, J., Gulev, S., Hanawa, K., Le Quere, C., Levitus, S., Noijiri, Y., Shum, C.K., Talley, L.D. and Unnikrishnan, A. 2007. Observations: oceanic climate change and sea level. In: Solomon, S. et al. (Eds.), Climate Change 2007: The Physical Science Basis. Intergovernmental Panel on Climate Change, Cambridge University Press, New York, New York, USA.
Church, J.A. and White, N.J. 2006. 20th century acceleration in global sea-level rise. Geophysical Research Letters 33: 10.1029/2005GL024826.
Douglas, B.C. 1992. Global sea level acceleration. Journal of Geophysical Research 97: 12,699-12,706.
Grinsted, A., Moore, J.C. and Jevrejeva, S. 2010. Reconstructing sea level from paleo and projected temperatures 200 to 2100 AD. Climate Dynamics 34: 461-472.
Houston, J.R. and Dean, R.G. 2011. Sea-level acceleration based on U.S. tide gauges and extensions of previous global-gauge analyses. Journal of Coastal Research (in press).
Jevrejeva, S., Moore, J.C. and Grinsted, A. 2010. How will sea level respond to changes in natural and anthropogenic forcings by 2100? Geophysical Research Letters 37: 10.1029/2010GL042947.
Vermeer, M. and Rahmstorf, S. 2009. Global sea level linked to global temperature. Proceedings of the National Academy of Sciences USA 106: 21,527-21,532.

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En complément de cet article de Houston et Dean, il est intéressant d'examiner les résultats des mesures satellitaires (disponibles depuis les années 90) et les rapprocher de deux observables pertinents : l'évolution de la température du globe et le contenu calorique des océans.

  • Evolution récente de la hausse du niveau des océans du globe ?
    Et comment ont évolué le contenu calorique des océans et la température de la surface de la Terre, durant la même période ?

Variation globale du niveau des océans depuis 1993 :

Ci-contre, en bleu, le graphe tracé à partir des données de l'Université du Colorado.

La droite rouge correspond à la pente moyenne de la hausse du niveau des océans de la planète de 1993 à 2003-2004. La droite verte représente celle qui a eu lieu à partir de 2003-2004 jusqu'à nos jours.

On constate que la hausse du niveau des mers du globe s'est ralentie à partir des années 2003-2004.

D''après le climatologue Ole Humlum, ceci correspond à une diminution de la hausse du niveau des mers qui est passée d'environ 4mm/an à 3mm/an, selon les satellites.



Un des paramètres essentiels invoqués pour expliquer la hausse du niveau des océans est le contenu calorique, supposé en augmentation, de ces derniers. Qu'en est-il ?

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Variation du contenu calorique global des océans depuis 1993

Variation du contenu calorique des océans (couche de 0 à -700m) de 1993 à Déc. 2010 d'après les données du NODC (National Oceanographic Data Center US).

(Figure extraite du site de Ole Humlum, tronquée de manière à ne conserver que la période 1993-2010 pour permettre la comparaison avec la figure précédente et avec la figure suivante). La figure originale est ici.
La ligne bleue épaisse représente un lissage sur 37 mois.

On constate qu'après une augmentation assez régulière de la chaleur contenue dans les océans, jusqu'en 2003-2004, celle-ci semble s'être stabilisée depuis cette époque et jusqu'à nos jours. Cette observation permet sans doute d'expliquer la décroissance de la pente de la courbe précédente lors de cette même période.
En effet, une part importante de la variation du niveau des océans résulte de la dilatation (ou de la contraction) thermique des océans.

Je rappelle que cette stagnation du contenu calorique des océans est en contradiction flagrante avec les modèles utilisés par le GIEC comme l'avait noté Roger Pielke Sr.

 

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Variation des anomalies de la température de surface du globe de 1993 à nos jours d'après le HadCRUT.

(Voir une analyse détaillée des mesures de température fournies par les différents organismes)

 

 

Les observations précédentes (Niveau des mers et contenu calorique des océans) sont cohérentes avec la stagnation des températures de surface du globe depuis les années 2000 telles que nous l'avons rapportée dans ce billet.

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Ainsi et comme on peut le constater, la température moyenne de surface, le contenu calorique des océans et la hausse du niveau moyen des océans marquent le pas depuis quelques années, en opposition avec la théorie '"standard" de l'effet de serre mise en avant par le GIEC.

Comme nous l'avons plusieurs fois fait remarquer, il est très probable que le début de ce XXIème siècle constitue une période singulière de l'évolution du climat de la planète. Il pourrait bien s'agir d'un maximum tel que celui qui avait été observé dans les années quarante, et qui se reproduit tous les 60 ans environ, conformément aux observations rapportées dans ce billet.
Comme le savent les lecteurs de ce site, cette idée qui s'écarte fondamentalement des prédictions (prévisions, scénarios) du GIEC est défendue par Akasofu, Klyashtorin et Lyubishin, William Gray, Joseph d'Aleo, Nicola Scafetta et quelques autres.

Pour l'instant, les observations sur le niveau moyen des mers rapportées ci-dessus vont dans leur sens.
Wait and see !


Notes :

1) Les observations de Houston et Dean confirment les résultats obtenus et publiés en 2010 par les chercheurs du Wegener Institute, tous obtenus à partir des données marégraphiques qui, seules, permettent de remonter suffisamment dans le temps.

Plus récemment, c'est à dire depuis les années 1990, les mesures satellitaires sont venues compléter les observations marégraphiques. Comme je l'avais noté dans ce billet, les mesures altimétriques satellitaires indiquent généralement une hausse nettement supérieure (~3 mm/an) à celle qui est observée avec les marégraphes (~1,7 mm/an), sans d'ailleurs que l'on en connaisse la raison profonde. En réalité, le niveau des océans ne s'élève pas de manière homogène sur la surface d'un bassin. Tout cela est très variable en fonction des conditions locales, des bassins etc. comme on l'a vu dans ce billet.
L'effet de gyre lié à l'évolution de la pression atmosphérique semble jouer un rôle important et il n'est pas évident que l'élévation du niveau des mers mesurée à proximité des zones continentales soit identique à celle qui est observée au centre d'un bassin océanique. Quoiqu'il en soit, l'évolution des données satellitaires indiquent plutôt une décélération qu'une accélération comme celle postulée par les chercheurs proches du GIEC tels que Rhamstorf et al.

2) D'autre part, il est fréquemment répété (à tort) que la hausse du niveau marin résulte de trois facteurs : D'une part, la fonte des glaces continentales (Groenland etc.). D'autre part, la dilatation des océans due à la hausse des températures et enfin la variation de la pression atmosphérique qui n'a d'ailleurs, aucune raison de n'agir que dans un seul sens. C'est, en particulier, ce que nous affirme, assez naïvement, un article typique sur ce sujet. .

La réalité est beaucoup plus complexe. D'une part, on essaye de corriger les données mesurées des effets de la variation globale de la pression atmosphérique (voir, par exemple, les légendes des graphes rapportés par Ole Humlum).

D'autre part et comme cela a été expliqué dans ce billet, l'effet de "gyre" contribue de manière très significative à la variation du niveau des océans comme l'ont montré entre autres, P. L. Woodworth, N. Pouvreau, et G. Wöppelmann.

Je rappelle qu'en 2004, deux scientifiques américains, Laury Miller de la NOAA et Bruce C. Douglas de l’Université de Floride pointaient déjà du doigt, dans un article publié dans la revue Nature, le fait que la dilatation thermique et la fonte des glaces ne permettaient pas d’expliquer l’élévation moyenne globale de 2 mm/an environ, car les vitesses d’augmentation de volume et les quantités de glaces fondues ne pouvaient se traduire que par une hausse, d’au mieux, 0,5 mm/an.
En 2006, ils confirmaient leurs affirmations dans une autre publication à la Royal Society .
En 2007, ils émettaient l’hypothèse que la variation des niveaux océaniques n’était pas directement due au réchauffement, mais aux variations décennales ou multidécennales du champ de pression atmosphérique dans certaines zones océaniques particulières appelées gyres ( Réf : Miller L., Douglas B. C. : Gyre-scale atmospheric pressure variations and their relation to 19th and 20th century sea level rise) publié dans Geophysical Research Letters, 34, L16602, DOI : 10.1029/GL030862, 2007)


3)
Enfin, un article encore sous presse à paraître au Geophysical Research Letters montre que la déplétion anthropique relativement intensive des nappes phréatiques des zones semi-arides (qui se retrouve dans les océans), provoque une hausse moyenne du niveau des océans de l'ordre de 0,8 mm/an ce qui est loin d'être négligeable par rapport aux +3,1 mm/an des mesures satellites ou des + 1,7 mm/an des mesures marégraphiques.
Voici la référence complète de l'article (analyse ici) en question :
Référence : Wada, Y., L. P.H. van Beek, C. M. van Kempen, J. W.T.M. Reckman, S. Vasak, and M.F.P. Bierkens (2010), Global depletion of groundwater resources, Geophysical Research Letters doi:10.1029/2010GL044571, sous presse.

Il reste donc encore bien des questions à résoudre pour analyser correctement les moteurs de la hausse récente du niveau moyen des océans de la planète qui a commencé il y a quelques... 20000 ans comme le rappelle ce graphique très connu. C'est ainsi que l'entrée de la grotte Cosquer qui se trouve actuellement à quelques 37 m en dessous du niveau de la mer, se trouvait sans doute, à l'origine, située sur le flanc d'une colline. yannyeti


En résumé et en conclusion - et ceci devrait nous rassurer - comme nous le montrent les résultats publiés par Houston et Dean ainsi que ceux de Manfred Wenzel et Jens Schröter, il n'y a pas d'accélération perceptible du niveau global des océans de la planète comme en attestent d'ailleurs aussi bien les mesures marégraphiques que les mesures altimétriques satellitaires.
Au contraire, une décélération semble s'être amorcée depuis quelques années.

Plusieurs médias anglophones ont honnêtement informé leurs lecteurs de cette bonne nouvelle en rapportant sur l'article de Houston et Dean.
Notre sympathique Yéti (ci-contre), lui, s'informe auprès des médias francophones...
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Compléments du 12 Avril 2010 : Caractère oscillatoire de la tendance du niveau des mers

Toujours à propos de l'article de Houston et Dean, mentionné ci-dessus, j'ai omis de vous présenter un de leurs graphiques (leur Fig. 6, plus bas) qui est, en fait le prolongement d'un graphe antérieur publié par Holgate S. J. en 2007 qui a lui même prolongé un graphique antérieur (Holgate et Woodworth 2004- HW04). Le graphique de Holgate (2007) est particulièrement intéressant. Ce dernier a, lui-même, été complété successivement par Houston et Dean, puis, peu après, par Pat Michaels. Michaels a utilisé les dernières données altimétriques (satellitaires) disponibles à ce jour.
Tous les graphes suivants représentent les variations du taux de hausse des océans de la planète en fonction du temps.

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Holgate S. J. ( 2007).
On the decadal rates of sea level change during the twentieth century,
"A propos du taux décennal de variation du niveau des mers durant le XXème siècle "
Geophysical Research Letters, 34, L01602, doi:10.1029/2006GL028492.

Voici la figure 2 de cet article. Elle a été obtenue en compilant les résultats des données marégraphiques d'un grand nombre de stations (du moins après 1950) réparties dans le monde, sélectionnées pour leur fiabilité. La légende de cette figure est la suivante :

Figure 2 : Comparaison des taux de variations décennaux de la hausse du niveau des océans, sur la base des 9 enregistrements avec les taux mesurés par les 177 stations marégraphiques utilisées dans HW04. Tous les taux sont corrigés de l'ajustement isostatique et des effets barométriques inverses. La zone grisée correspond à l'erreur standard de ±1.

Voici les dernières lignes de la conclusion de l 'article de Holgate (2007)::

"Finalement, en prolongeant le travail de HW04 (Ndt : HW04 = l' article précédent de Holgate et Woordworth, 2004), on trouve que le taux de montée élevé et décennal du niveau moyen des océans, durant les 20 dernières années des données, n'était pas particulièrement inhabituel dans un contexte de longue durée."

Pour leur part, Houston et Dean ont superposé les résultats des mesures altimétriques (donc satellitaires) récentes au graphe précédent de Holgate qui est obtenu à partir des mesures marégraphiques, jusqu'en 2003. La figure 6 de l'article de Houston et Dean qui est complétée avec les données altimétriques disponibles jusqu'en avril 2010, est accompagnée de la légendesuivante :

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Figure 6. Données altimétriques (points noirs) reportés sur la figure de Holgate (2007).

A ce propos et dans leur article, Houston et Dean remarquent que :

"Lorsqu'on les replace dans un contexte historique, les mesures altimétriques (satellitaires) semblent similaires aux multiples oscillations qui ont eu lieu au cours des cent dernières années et il n'est pas possible de déterminer si l'augmentation du taux de hausse mesuré par les altimètres représentent le front montant d'une accélération ou, simplement, une oscillation décennale typique; De fait, le fait que la moyenne décroisse suggère une oscillation."

 

 

 

Pour sa part, Pat Michaels (Climatologue US, ancien Professeur à l'Université de Virginie) a prolongé les données altimétriques utilisées par Houston et Dean jusqu'aux dernières données disponibles actuellement.
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Voici le résultat, ci-contre :

Comme on le constate et comme je l'ai déjà signalé plus haut, les données altimétriques sont systématiquement plus élevées que les données marégraphiques pour des raisons qui demeurent encore mystérieuses. Cependant la tendance des données altimétriques (satellitaires, seulement disponibles depuis 1993), semble suivre la tendance oscillatoire décennale relevée depuis 100 ans à partir des données marégraphiques. Nous sommes actuellement dans une phase décroissante, depuis 2003 environ, comme nous l'avons vu plus haut.

Les données complétées par Pat Michalels s'arrêtent en Décembre 2010. Nous sommes en Avril 2011. Il se trouve que l'Université du Colorado qui gère cette base de données des mesures altimétriques a cessé de mettre à jour ce fichier depuis la fin de l'année dernière sans que l'on en connaisse la raison.

C'est bien dommage...

En conclusion, cher(e)s lecteurs (-trices), vous voilà armé(e)s pour répondre aux innombrables affirmations de ceux qui clament, haut et fort, dans les médias et dans les livres que "la hausse du niveau des océans est trois fois plus rapide qu'auparavant". C'est faux.
En réalité, le taux de montée des océans n'est nullement en voie d'accélération. Il oscille avec une période proche de 9-10 ans et la tendance moyenne n'est nullement en augmentation comme on le voit sur les graphiques précédents et dans les articles scientifiques publiés sur ce sujet qui utilisent les données objectives tels que les marégraphes et les altimètres satellitaires.

Il est donc totalement vain de sonner le tocsin, comme le font certains, lorsque l'on se trouve dans une phase d'augmentation. Evidemment, personne ne sait comment tout cela va évoluer, mais le caractère oscillatoire du taux de hausse des océans avec une période de l'ordre de 10 ans est une réalité objective et ceci depuis au moins cent ans. D'autre part, rien ne dit que le taux de hausse des océans est en voie d'accélération. Bien au contraire.

A suivre (bien sûr !).
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Rappel : Pat Michaels, cité ci-dessus, est un climatologue "critique" du travail des ses collègues "mainstream" proches du GIEC. Il ne s'est pas fait que des amis. C'est ainsi que dans les courriels du Climategate, l'un des protagonistes de ces échanges de emails affirme que lorsqu'il rencontrera Pat Michaels lors d'une conférence, il sera tenté de lui "faire sa fête" comme l'on dit.. L'expression anglaise utilisée est beaucoup plus explicite.

1er Mars 2011 : La machine à remonter le temps (pour le temps météorologique).
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Certaines idées sont si lumineuses, si évidentes, qu'on se demande pourquoi on ne les a pas eues avant...

De fait, depuis quelques temps - personne n'a pu y échapper grâce à nos médias - on nous rebat les oreilles avec l'augmentation "évidente" (dit-on, d'ailleurs sans la moindre preuve scientifique) de la fréquence et de l'intensité des événements climatiques extrêmes. C'est ainsi que l'on nous affirme que l'augmentation de la concentration du CO2 et des autres gaz à effet de serre d'origine anthropique vont nous conduire tout droit aux cataclysmes les plus variés : Plus chaud, plus froid, plus d'inondations, plus de sécheresses, plus de cyclones violents etc...tout ceci en fonction de la dernière catastrophe météorologique qui fait la une des journaux. Et certains scientifiques opinent...

S'agissant de cette évolution, supposée apocalyptique, des événements météorologiques (et non pas climatiques), la première question qui vient à l'esprit d'une personne raisonnable, est évidemment :
"Peut-être. Mais comment c'était, avant ? Ce que nous voyons est-il vraiment différent de ce qu'ont subi nos parents et nos grands-parents. Pouvons nous observer une évolution nette dans la trajectoire temporelle des grands indicateurs qui déterminent les événements météorologiques, (plutôt que climatiques) ? ".

Cette idée aussi sensée qu'évidente est enfin parvenue à percer l'épaisse carapace des certitudes essentiellement basée sur les "projections/scénarios /prédictions" climatiques basées sur les simulations numériques issues des ordinateurs, quand ce n'est pas sur les affirmations péremptoires de quelques activistes du climat.
Cette fois-ci il s'agit de tout autre chose. Il s'agit d'observations. D'une énorme quantité d'observations cumulées dans les disque dur des ordinateurs géants et surpuissants dont dispose maintenant la recherche scientifique. En fait, il s'agit de "remonter dans le temps" et de retracer tout ce qui a bien pu arriver, en matière de météorologie, à notre belle planète bleue dans le passé, jusqu'à nos jours et ceci avec une échelle temporelle extrêmement petite (de quelques heures à quelques jours)..

Comme vous le savez si vous avez suivi la longue série des articles publiés ici (depuis la fin 2006), à Pensee-Unique.fr nous avons une préférence marquée pour les mesures et les observations plutôt qu'aux résultats des simulations numériques des multiples observables du climat et la mise en place d'un tel projet ne peut que nous réjouir.

L'article de revue forcément très copieux que je vais vous décrire très brièvement ci-dessous, rassemble les analyses et les résultats d'un grand nombre d'observations historiques, cruciales pour l'évolution du climat et sa modélisation. Ces observations, très variées, couvrent une période de 138 ans, s'étendant de 1872 jusqu'à nos jours.

Si le présent est différent du passé, nous le verrons.

Une telle entreprise qui équivaut, à peu près, à regarder tous les détails d'un éléphant avec une loupe grossissante, pour ne pas dire un microscope, est évidemment gigantesque. Elle ne pouvait être menée à bien qu'à l'occasion d'une vaste coopération internationale. C'est ce qui a été fait, sans aucune doute sous l'impulsion du jeune chef de projet, Gil Compo, dont je parlerai un peu plus loin.

Les premiers résultats de cette vaste coopération internationale sont, pour le moins, surprenants et sans aucun doute, décevants pour les tenants de l'apocalypse et de la modélisation sur ordinateur. C'est ce que nous allons voir en résumant les résultats de l'article suivant qui n'est rien d'autre que le premier rapport d'expertise de ce projet. L'article est intitulé :

(Le projet de réanalyse du XXème siècle).The Twentieth Century Reanalysis Project
Publié online le 25 Janvier 2011. Accès libre.

Il est publié dans cette revue bien connue :

Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society, Volume 137, Issue 654.

Voici la liste des auteurs et leurs affiliations :

G. P. Compo, a, b ; J. S.Whitaker, b ; P. D. Sardeshmukh, a, b ; N. Matsui, a, b ; R. J. Allan, c ; X. Yin, d ;
B. E. Gleason, Jr., e : R. S. Vose, e ; G. Rutledge, e ; P. Bessemoulin, f ; S. Brönnimann, g, h ; M. Brunet, i, l ;
R. I. Crouthamel, j ; A. N. Grant, g ; P. Y. Groisman, e, k ; P. D. Jones, l ; M. C. Kruk, d ; A. C. Kruger, m ;
G. J. Marshall, n ; M. Maugeri, o ; H. Y. Mok, p ; Ø. Nordli, q ; T. F. Ross, r ; R. M. Trigo, s ; X. L. Wang, t ;
S. D. Woodruff, b ; and S. J.Worley, u ;

a University of Colorado, CIRES, Climate Diagnostics Center, Boulder, CO, USA
b
NOAA Earth System Research Laboratory, Physical Sciences Division, Boulder, CO, USA
c ACRE Project,
Hadley Centre, Met Office, Exeter, UK
d
STG Inc., Asheville, NC, USA
e
NOAA National Climatic Data Center, Asheville, NC, USA
f
Météo France, Toulouse, France
g
ETH Zurich, Switzerland
h Oeschger Center for Climate Change Research,
University of Bern, Switzerland
i
Centre for Climate Change, Universitat Rovira i Virgili, Tarragona, Spain
j International Environmental Data Rescue Organization, Deale, MD, USA
k University Corporation for Atmospheric Research,(
UCAR) Boulder, CO, USA
l
Climatic Research Unit, University of East Anglia, Norwich, UK
m South African Weather Service, Pretoria, South Africa
n
British Antarctic Survey, Cambridge, UK
o Dipartimento di Fisica, Universit`a degli Studi di Milano, Milano, Italy
p Hong Kong Observatory, Hong Kong, China
q Norwegian Meteorological Institute, (
NMI) Oslo, Norway
r
NOAA Climate Database Modernization Program, NCDC, Asheville, NC, USA
s Centro de Geofısica da Universidade de Lisboa, IDL, University of Lisbon, Portugal
t
Environment Canada, Toronto, Ontario, Canada
u National Center for Atmospheric Research (
NCAR), Boulder, CO, USA

Comme vous le constatez, il s'agit bien d'un projet de coopération internationale d'envergure dans laquelle on retrouve tous les "poids lourds" du domaine tels que la NOAA (US), le NCAR (US) , le CRU et le MetOffice (UK), le CRU (UK), le NMI Norvégien, le British Antarctic Survey (UK), Le Hadley Center (UK), l'ETH de Zurich et Météo-France (Fr).

Parmi d'autres, les lecteurs attentifs de ce site reconnaîtront, au passage, le nom du représentant Français de Météo-France qui n'est autre que Pierre Bessemoulin (l 'ancien Directeur de la Climatologie à Météo-France, actuel président de la commission de Climatologie de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM)), dont nous avons déjà cité les travaux (rassurants) portant sur l'évolution de la fréquence des tempêtes en France, publiés en 2002.

De même, les lecteurs attentifs reconnaîtront les noms du premier auteur et auteur principal de cet article de Revue, G. P. Compo et de son collègue P.D. Sardeshmukh (tous deux de la NOAA et de l'Université du Colorado, Boulder) qui sont également les deux auteurs d'un article (2008) plutôt contestataire des modèles des gaz à effet de serre, qui portait sur l'importance cruciale de la chaleur océanique dans la détermination de la température des continents.

Enfin, les lecteurs qui suivent de près l'actualité, ne manqueront pas de remarquer que le Climate Research Unit (le CRU de l'Université d'East Anglia) est représenté par son directeur (reconduit après une courte suspension), Phil Jones qui est l'un des principaux protagonistes (avec Michael Mann) de l'affaire des courriers dérobés (le Climategate) qui n'a cessée de défrayer la chronique (dans les pays anglophones) depuis le mois de novembre 2009 et dont les conséquences se font encore sentir (outre-Manche et outre-Atlantique).compo3

Voici, ci-dessous, ce que nous dit (sur le site du Berkeley Lab Computing Science et sous le titre
"Le projet 20CR, une machine à remonter le temps pour le Climat"), Gil Compo (ci-contre), le principal auteur de cet article et le leader de ce vaste projet baptisé 20CR. Je vous conseille vivement de visionner la vidéo de présentation du projet que vous trouverez sur le site du Berkeley Lab.

"La mise au point de cette gigantesque base de données a nécessité un effort international pour collecter les observations historiques et les données de sources aussi diverses que celles de capitaines de vaisseaux du XIXème siècle, des explorateurs du tournant du siècle et des médecins, toutes collationnées en utilisant quelques uns des plus puissants ordinateurs du monde au US Department of Energy's National Research Scientific Computing Center en Californie et au Oak Ridge Leadership Computing Facility dans le Tennessee,"

En référence aux affirmations de certains selon lesquelles les extrêmes climatiques devraient devenir plus nombreux, voici ce que déclare Gil Compo quicompo4 présente une suite de diapos intéressantes dans sa présentation. Celle qui est reproduite ci-contre nous rappelle la fameuse tempête du 18 mars 1925 qui a affecté trois états des USA et qui est la plus meurtrière aux USA jusqu'à ce jour.

"La nouvelle base de données va permettre aux climatologues de placer les extrêmes météorologiques actuels dans une perspective historique et de déterminer dans quelle mesure ces extrêmes évoluent " dit Gil Compo [...]

Un peu plus loin, Gil Compo résume :

"Les données résultant de cette réanalyse permettront aux climatologues d'évaluer avec rigueur les évolutions climatiques du passé et de les comparer aux projections issues des simulations sorties des modèles, ce qui est critique pour instaurer la confiance dans les projections des modèles sur les changements à l'échelle régionale et sur les événements extrêmes à fort impact '..." Nous espérons que ces données issues de la réanalyse des 138 dernières années permettront aux chercheurs du climat de mieux prendre en compte les questions telles que l'amplitude des variations naturelles des événements extrêmes, y compris les inondations, les sécheresses, les cyclones extra-tropicaux et les vagues de froid."

Aucun scientifique digne de ce nom, ne rejetterait un tel discours..."L'amnésie historique" est, hélas, beaucoup trop pratiquée de nos jours. Replacer les événements dans leur contexte historique est sans aucun doute la meilleure démarche à adopter pour essayer de discerner en quoi et dans quelle mesure les événements climatiques actuels sortent de la norme des fluctuations naturelles. Cela relève du simple bon sens et on se demande pourquoi une idée aussi évidente (quoiqu'assez difficile à mettre en pratique), n'est venue à l'esprit qu'après quelques trente années de modélisation numérique...

Voici donc le résumé de l'article cité ci-dessus et qui représente une étape marquante du déroulement du "20CR project" :
Comme toujours, la version originale en anglais suivie d'une traduction en français.

Abstract :
The Twentieth Century Reanalysis (20CR) project is an international effort to produce a comprehensive global atmospheric circulation dataset spanning the twentieth century, assimilating only surface pressure reports and using observed monthly sea-surface temperature and sea-ice distributions as boundary conditions. It is chiefly motivated by a need to provide an observational dataset with quantified uncertainties for validations of climate model simulations of the twentieth century on all time-scales,with emphasis on the statistics of daily weather. It uses an Ensemble Kalman Filter data assimilation method with background ‘first guess’ fields supplied by an ensemble of forecasts from a global numerical weather prediction model. This directly yields a global analysis every 6 hours as the most likely state of the atmosphere, and also an uncertainty estimate of that analysis. The 20CR dataset provides the first estimates of global tropospheric variability, and of the dataset’s time-varying quality, from 1871 to the present at 6-hourly temporal and 2◦ spatial resolutions. Intercomparisons with independent radiosonde data indicate that the reanalyses are generally of high quality. The quality in the extratropical Northern Hemisphere throughout the century is similar to that of current three-day operational NWP forecasts. Intercomparisons over the second half-century of these surface-based reanalyses with other reanalyses that also make use of upper-air and satellite data are equally encouraging. It is anticipated that the 20CR dataset will be a valuable resource to the climate research community for both model validations and diagnostic studies.
Some surprising results are already evident. For instance, the long-term trends of indices representing the North Atlantic Oscillation, the tropical Pacific Walker Circulation, and the Pacific–North American pattern are weak or non-existent over the full period of record. The long-term trends of zonally averaged precipitation minus evaporation also differ in character from those in climate model simulations of the twentieth century.

"Résumé :
Le projet de réanalyse du XXème siècle (20CR) constitue un effort international destiné à produire un jeu de données complètes sur la circulation atmosphérique du globe, concernant le XXème siècle. Ce projet est essentiellement motivé par le besoin de fournir un jeu de données observationnelles avec des incertitudes quantifiées, destinées à la validation des simulations des modèles climatiques pour le XXème siècle, et ceci sur toutes les échelles de temps, en insistant sur les statistiques concernant les données météo quotidiennes. Ce projet utilise une méthode d'assimilation des données par un ensemble de Filtres de Kalman avec, en arrière plan, des champs "de première approximation" fournis par un ensemble de prévisions obtenues à partir d'un modèle numérique global pour la prédiction météorologique. Ceci nous conduit directement à une analyse globale, pour chaque période de 6 heures, des états les plus probables de l'atmosphère ainsi qu'à une estimation des incertitudes de cette analyse. Les données du projet 20CR procurent les premières estimations de la variabilité troposphérique du globe ainsi que les jeux de données dont la qualité varie en fonction du temps, pour la période allant de 1871 jusqu'à présent avec des résolutions temporelles de 6h et des résolutions spatiales de 2°. La comparaison avec des données indépendantes des radiosondes, montrent que les réanalyses sont généralement de haute qualité. La qualité des résultats dans l'hémisphère Nord extratropical tout au long du siècle est semblable à celle des prévisions actuelles à trois jours du NWP (NdT : Numerical Weather Prediction). La comparaison sur la durée de la seconde partie du siècle de ces réanalyses basées sur les mesures en surface avec les autres réanalyses qui utilisent les données satellitaires en altitude est également encourageante. On prévoit que la base de données du projet 20CR constituera une ressource profitable pour la communauté de la recherche climatique aussi bien pour la validation des modèles que pour les études diagnostiques.
Quelques résultats surprenants sont déjà évidents. Par exemple, la tendance à long terme des indices représentant l'Oscillation Nord Atlantique, la Circulation de Walker du Pacifique Tropical et celle du Pacifique Nord Américain, est faible ou non-existante sur la totalité de la période étudiée. Les tendances à long terme des précipitations moyennées par zones, moins l'évaporation, diffèrent aussi du point de vue de leurs caractéristiques de celles des modélisations numériques du climat du XXème siècle."

  • Quelques explications concernant le dernier paragraphe du résumé, en relation avec la figure 16 du rapport du 20CR présentée ci-dessous :

compo6La Circulation de Walker du Pacifique est illustrée par le dessin ci-contre (source Wiki). Comme on le voit, il s'agit d'un régime de vent bien identifié (par Walker) couplé avec la circulation océanique.

La circulation de Walker résulte du gradient de pression qui provient du système de hautes pressions qui réside au dessus de l'Est de l'océan Pacifique et du système de basse pression qui règne au dessus de l'Indonésie. Lorsque la circulation de Walker s'affaiblit ou s'inverse, il en résulte un El Niño qui réchauffe la surface de l'océan parce que les remontées d'eaux froides sont moins intenses ou n'existent plus. Une circulation de Walker particulièrement active produit un La Niña, ce qui entraîne un refroidissement de l'océan dû à une augmentation des remontées d'eau froide.

La variation de l'indice de la circulation de Walker est donc un indice précieux pour apprécier, entre autres, la variation des occurrences des El Niño et La Niña qui jouent un rôle très important dans la détermination de la température du globe. A noter qu'un article paru dans Nature en 2004 avait affirmé que la fréquence des El Niño augmentait du fait du réchauffement climatique. Le bilan effectué par le projet 20CR montre qu'il n'en est rien (voir ci-dessous). En fait, rien n'a changé depuis 1872. A noter que l'article de Wikipedia est remis à jour régulièrement puisqu'il mentionne l'article, tout récent, qui est commenté dans cette page.

De même la NAO (L'oscillation Atlantique Nord) résulte du différentiel de pression qui existe, au niveau de la mer, entre l'Islande et la zone des Açores. Je rappelle ici quelques notions que doivent connaître les nombreux lecteurs qui fréquentent la page des indicateurs :
La NAO contrôle la force et la direction des trajectoires des tempêtes de l'Atlantique Nord. La NAO fait partie de l'AO (l'Oscillation Arctique ou encore, le NAM, North Atlantic Annular Mode) et elle varie dans le temps, semble-t-il sans période clairement identifiée. La NAO a été également découverte par Sir Gilbert Walker, en 1922. La NAO est essentiellement un mode d'oscillation fondamentalement atmosphérique à la différence de la circulation de Walker mentionnée ci-dessus qui implique les océans. Tout ceci ne doit pas être confondu avec l'AMO (L'oscillation multidécennale Atlantique).

Voici maintenant comment la NOAA décrit le troisième indice important : Le PNA (The Pacific/ North American teleconnection pattern soit Le comportement de la téléconnexion du Pacifique proche de l'Amérique du Nord). Cest un peu compliqué.
"
Le (la) PNA est l'un des modes les plus importants de la variabilité à basse fréquence de la région extra-tropicale de l'hémisphère Nord. La phase positive du comportement de la PNA atteint des valeurs au dessus de la moyenne près de Hawaï et au dessus de la région inter-montagneuse de l'Amérique du Nord et des valeurs en dessous de la moyenne au Sud des Aléoutiennes et au dessus du Sud Est des USA. Le comportement de la PNA est associé avec les fortes fluctuations dans la position et la force du jet-stream Est asiatique. La phase positive correspond à une augmentation du jet-stream Est asiatique ainsi qu'avec une déviation vers l'Est de la sortie du jet (Stream) vers la partie Ouest des USA. La phase négative correspond à une rétraction vers l'Ouest de ce jet Stream vers la partie Est de l'Asie, bloquant ainsi l'activité au dessus des hautes latitudes du Pacifique Nord ainsi qu'une configuration de forte séparation des flux au dessus du centre du Pacifique Nord."

  • Voici maintenant un des principaux graphiques de l'article de revue du projet 20CR qui retrace l'évolution, depuis 1872, des trois indices mentionnés ci-dessus :

compo1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 16 : Séries temporelles moyennées des indices climatiques représentant (a) la circulation de Walker du Pacifique (de Septembre à Janvier) (PWC) , (b) l'Oscillation Atlantique Nord (NAO) de Décembre à Mars, et (c) le comportement du Pacifique Nord américain de Décembre à Mars. [... suite : des détails techniques]

Comme on le constate et qui motive la surprise exprimée par les auteurs de l'article du 20CR, l'évolution des trois indices principaux qui déterminent la météorologie (et le climat) d'une grande partie du globe, est pratiquement imperceptible de 1872 à nos jours et, en tout cas, nettement inférieure aux fluctuations naturelles. En langage courant, on peut dire que les trois principaux indicateurs des variations de pression ou de courants atmosphériques qui déterminent les sécheresse, les inondations, les vagues de froid et de chaud etc. n'ont pas évolué depuis 138 ans et ceci jusqu'à nos jours. Ils ont, par contre, subi de grandes fluctuations naturelles au cours de l'histoire.
Autrement dit encore, les événements météorologiques qu'ont connus nos parents, nos grands-parents et nos arrière-grands-parents, selon cette étude, ne sont probablement pas différents de ceux que nous connaissons actuellement. En tout cas, l'évolution des grands indicateurs météorologiques ne montre rien de la sorte.

Un autre résultat mis en avant par les auteurs de cet article et qui justifie la dernière phrase du résumé " Les tendances à long terme des précipitations moyennées par zones, moins l'évaporation, diffèrent aussi du point de vue de leurs caractéristiques de celles des modélisations numériques du climat du XXème siècle." porte sur la comparaison entre la réanalyse des précipitations observées avec les résultats des modélisations numériques. Outre que les rétro-prédictions numériques, s'écartent sensiblement des observations, on peut noter qu'il arrive que les signes de l'évolution des précipitations soient carrément inversés dans les modèles par rapport aux observations.
Ceci ne doit pas étonner les lecteurs qui connaissent les articles de l'équipe de Koutsoyannis. En matière de pluviométrie, les prédictions des ordinateurs s'avèrent exécrables.

  • Quelques remarques complémentaires :

Comme l'auront certainement remarqué les lecteurs avertis, une des caractéristiques fondamentales du projet 20CR est sa capacité à intégrer des données relatives à des pas de temps très courts (quelques heures à quelques jours). Ceci est absolument essentiel en ce sens que cette approche permet d'utiliser les algorithmes et les raisonnements bien rodés de la météorologie (visions synoptiques). Cette technique qui nécessite évidemment l'utilisation d'une quantité astronomique de données et de très puissants ordinateurs, fait écho à ce que nous disait Pierre Morel qui évoquait le fossé, difficilement franchissable, qui existe entre la météorologie et la climatologie. En bref, les auteurs de l'article commenté ici, ont utilisé ce que Pierre Morel appelle "l'assimilation des données" sur une très longue période de temps pour restituer le climat du passé. Il est malheureusement évident que ceci reste impossible pour le futur et les prédictions/scénarios du type de ceux du GIEC dont on voit d'ailleurs qu'ils sont défaillants même pour rétro-prédire les évolutions des principaux indicateurs du XXème siècle.

  • Quelques observations sur cet article et sur le même sujet :

- La conclusion du climatologue Roger Pielke Sr sur les résultats présentés par cet article, est sans concession : " Les résultats obtenus jusqu'à maintenant sont tout à fait provoquants en ce sens qu'ils soulèvent encore des questions sur la capacité des modèles du GIEC à reproduire (i.e. à faire des rétro-prédictions) l'évolution du système climatique durant les cent dernières années."

- L'historien Emmanuel Garnier, l'auteur de "Les dérangements du temps : 500 ans de froid et de chaud en Europe" que nous avons signalé dans la pages des liens, a déclaré récemment, au cours d'un minicolloque organisé par l'Institut Français du Vin à Colmar, que :

"Le caractère inédit et trop souvent mis en avant du réchauffement observé ces dernières années ou des événements extrêmes qui lui sont souvent associés comme les sécheresses, canicules, inondations et autres tempêtes, n'est pas fondé au regard des sources historiques."

Voilà qui rejoint les résultats présentés par le projet 20CR (qui ne remonte pas si loin, cependant).

A noter également qu'un groupe composé majoritairement de physiciens de l'Université de Berkeley (Ca) a également entrepris un vaste projet de remise à plat des mesures de températures du globe, comme je vous l'avais signalé dans ce billet.
Voir un article du Guardian à ce sujet.

Tout cela va dans le bon sens !

Pour terminer sur une note plus amusante et grâce aux numérisations des articles de journaux effectuées par Google, il est maintenant relativement aisé de relire des dépêches qui remontent jusqu'au XIXème siècle. C'est ainsi qu'on peut lire qu'en 1922, l'Arctique s'était tellement réchauffé et avait tellement fondu que certains clamaient que le Nord des USA aurait bientôt un climat Sub-tropical (!)... Quelques années plus tard (en 1975) on nous affirmait que nous risquions un nouvel âge glaciaire, et ainsi de suite.
fermilin91

 

Lors de l'une de ses récentes conférences, Richard Lindzen, lui-même, n'avait pas hésité à tirer un pied de nez aux alarmistes de la glace fondue, en présentant ce texte du Weather Bureau (l'Office de Météorologie US de l'époque) qui date de 1922. Ce texte officiel nous raconte, entre autres, que les "phoques trouvaient l'eau trop chaude" et qu'il s'agissait d'un "changement radical du climat" et que "beaucoup de glaciers bien connus avaient entièrement disparu"

Tout cela s'est bien regelé par la suite... jusqu'à il y a quelques années et ainsi de suite, sans doute.


A suivre, bien sûr...

04 Octobre 2010 : Océans : A la recherche de la chaleur perdue...

Comme tous les lecteurs de ce site le savent, le réchauffement (ou changement) climatique résulte, d'un point de vue global, de la différence entre l'énergie entrante (apportée par le soleil, la géothermie étant pratiquement négligeable de ce point de vue) et l'énergie sortante rayonnée vers l'espace à partir du sommet de l'atmosphère (appelée TOA, "top of atmosphere"). Si l'énergie entrante est supérieure à l'énergie sortante (par exemple, à cause de l'effet de serre); la planète se réchauffera. Et l'inverse, mutatis mutandis.
Il est clair que cette énergie, ou plutôt cette chaleur, si elle n'est pas apparente, doit se trouver stockée quelque part. Par exemple et avant tout, dans les océans. C'est ce qu'on appelle "la missing energy" ou la "chaleur manquante"

L'évaluation aussi exacte que possible du budget énergétique global (c'est-à-dire, ce qui rentre dans le système climatique, ce qui y reste et ce qui en sort), sa clôture et sa confrontation avec les modèles constituent, à l'évidence, un test crucial pour les théories soutenues par les climatologues proches du GIEC et évidemment pour la "théorie de l'effet de serre anthropique".

1) Quelques rappels :

Dans un email du mois d'octobre 2009 (que j'avais rapporté dans ce billet), révélé lors du Climategate du CRU de l'Université d'East Anglia, Kevin Trenberth exprimait ses inquiétudes au sujet de la clôture défaillante du budget énergétique de la planète, auprès de son célèbre collègue Michael Mann. A noter que Kevin Trenberth s'est fait connaître en publiant un célèbre schéma du bilan des échanges énergétiques soleil-planète-atmosphère (au Watt/m2 près), dès 1997, suivi par une nouvelle version publiée en 2008 (au demi watt/m2 près). Mann, lui, est, et restera sans doute à jamais, l'auteur de la très célèbre courbe en crosse de hockey, publiée en 1998-99 et icône du rapport TAR du GIEC, que j'ai évoquée dans ce billet, rédigé il y a (déjà) quatre ans. Tous deux sont des auteurs principaux et des leaders du Working Group I du GIEC.
Voici ce courrier de Kevin à Mike qui date de 2009. Il est particulièrement éclairant par rapport aux articles que je décrirai ci-dessous. (Courrier du CRU du 14 oct 2009, référence : 1255523796.txt). Certains caractères sont engraissés par l'auteur du site.


Mike,
Voici quelques uns des problèmes tels que je les vois :
Dire qu'il s'agit de variabilité naturelle n'est pas une explication. Quels sont les processus physiques ?
Où est passée toute cette chaleur ? Nous savons qu'il existe une montée de la chaleur des océans avant un El Niño et une décharge (et un réchauffement de la surface) pendant les derniers stades du El Niño, mais le système d'observation est-il suffisant pour le suivre ? Tout à fait en dehors des changements dans les océans, nous savons qu'il se produit des changements majeurs dans les trajectoires des tempêtes et leur téléconnexions avec l'ENSO et il y a BEAUCOUP plus de pluie sur les continents durant La Niña (plus de sécheresse pendant un El Niño), alors comment l'albedo change-t-il (changements dans les nuages) ? Pour le moins, l'excédent de pluie qui tombe sur les continents implique que beaucoup plus de chaleur sert à l'évaporation qu'à faire monter les températures, et ainsi, refroidit les terres et ainsi devrait générer des nuages. Mais le refroidissement dû à l'évaporation signifie que la chaleur va dans l'atmosphère et devrait être irradiée dans l'espace. Ainsi nous devrions être capables de le suivre avec les données de CERES. Les données de CERES n'ont malheureusement pas bougé de même que les données sur les nuages. Les données sur les océans nous manquent aussi, bien qu'une partie de cela puisse venir des changements de courants et d'un enfouissement de la chaleur à des profondeurs où on ne peut le voir. Si elle (Ndt : la chaleur) est sequestrée en profondeur, alors elle reviendra nous hanter plus tard et ainsi, il faudrait que nous le sachions.
Kevin

[...] Comment se fait-il que tu ne sois pas d'accord avec une affirmation qui dit que nous sommes loin de savoir où l'énergie s'en va ou de savoir si les nuages évoluent pour rendre la planète plus brillante ? Nous ne sommes pas près d'équilibrer le bilan énergétique. Le fait que nous ne puissions pas rendre compte de ce qui se passe dans le système climatique rend n'importe quelle considération en géoingeniering tout à fait sans espoir parce que nous ne pourrons jamais dire si ce sera une réussite ou non ! C'est grotesque !
Kevin

Kevin Trenberth

trenberth

Mike Mann

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Inutile d'ajouter que le "It's a travesty" ("c'est grotesque") de Kevin Trenberth a fait couler beaucoup d'encre (ou d'octets sur le WEB). Et de fait, Kevin Trenberth avait de très bonnes raisons d'être inquiet : il s'agit d'un point clef sur lequel repose la plus grande partie de l'édifice construit par les climatologues proches du GIEC.

Il y a déjà plusieurs années que les scientifiques indépendants du GIEC s'efforcent d'attirer l'attention sur le fait que les résultats des modèles s'écartent de plus en plus en plus de la réalité observée, notamment depuis le début du XXIème siècle et pour ce qui est du budget énergétique, comme je l'avais rapporté dans ce billet. En bref, les modèles prévoient que la Terre (et surtout les océans) devraient amasser plus de chaleur qu'elle ne le fait. Et de fait, les mesures montrent que la Terre est plutôt en train de perdre de la chaleur et ceci depuis plusieurs années...

Trenberth, l'auteur du email rappelé ci-dessus et qui est "LE" spécialiste (pro-GIEC) du bilan énergétique de la planète, n'a pas hésité à en informer l'ensemble de ses collègues climatologues en écrivant un article très important, pour ne pas dire crucial...mais qui est passé inaperçu (au moins des médias français, à ma connaissance).
Il faut se souvenir que les mesures du bilan thermique des océans faisaient encore l'objet d'un débat avant 2009. Les choses se sont éclaircies depuis comme je l'avais rapporté dans ce billet au sujet de R. Pielke Sr et Joshua Willis. Ceci explique sans doute la démarche de Kevin Trenberth et de son colllègue John Fasullo.
J'ai patienté quelques mois avant de rapporter sur l'article suivant, de manière à ce que les choses "relaxent" comme on dit en physique.

2) L'article de Trenberth et Fasullo paru dans Science au mois d'Avril dernier.

tren6

Le titre : "A la recherche de l'énergie de la Terre."
Sous titre (à droite) : "Où est passée l'énergie dû au réchauffement climatique ?"

Voici les deux figures (et une traduction des légendes) de l'article de Trenberth et Fasullo (caractères engraissés par l'auteur du site) :

"Où s'en va l'énergie ?tren3
(A) Estimation du taux de variation de l'énergie du globe.
Les courbes sont fortement lissées et quelque peu simplifiées. De 1992 à 2003, la variation décennale du contenu calorifique des océans (en bleu), en tenant compte des contributions de la fonte des glaciers, des surfaces glacées et des glaces des mers ainsi que les contributions venant des terres et du réchauffement de l'atmosphère, suggèrent un réchauffement global (en rouge) pour la planète de 0.6 ± 0.2 W/m2 (marges d'erreurs à 95% de confiance). Après 2000, les observations au sommet de l'atmosphère (en noir) divergent de plus en plus du réchauffement total observé."

tren1

Pour les non-anglophones, voici la même figure avec ses indications en français.

La figure originale est en accès libre sur le site de la National Science Foundation (US).

 

 

 

 


Ndt : Comme on s'en doute, la partie importante de cette figure est celle qui est représentée en couleur orangée figurant à droite et labellisée "énergie manquante". L" énergie manquante" est loin d'être un détail. Comme on le voit, il s'agit de près de 1 watt par m2. C'est à dire qu'elle est proche de celle qui résulterait de l'apport du CO2 humain, selon les modèles. Comme on le voit aussi sur ce dessin; le bilan thermique de la Terre est à peine positif (la terre vue par le contenu thermique des océans, se refroidit plus qu'elle ne se réchauffe) alors qu'il devrait être largement positif, toujours selon les modèles et donc suivre la courbe en trait noir. Cependant, comme nous allons le voir, la situation réelle est bien pire (pour les modèles) que celle que décrivent Trenberth et Fasullo.

" Figure (B) : La croissance continue du dioxyde de carbone et la hausse du niveau des mers sont en opposition avec la variation de la température de l'air à la surface.tren4"

"Cette figure montre, d'une part, les anomalies (par rapport à la moyenne de 1901 à 2000) de la température moyenne des océans, moyennée sur 12 mois, donnée par la NOAA (courbe fine en rouge et moyenne décénnale : la courbe épaisse en rouge) en degrés Celsius (échelle en bas à gauche), d'autre part, les concentrations de dioxyde de carbone (en vert) en parties par million en volume (ppmv) de la NOAA ainsi que le niveau moyen global corrigé du rebond eustatique avec AVISO ( Archivage, Validation et Interprétation des données océanographiques par satellites) (en bleu, relatives à 1993, échelle de gauche en millimètres) Filtre décennal de la référence (4)."

Ndt : Tout comme le graphe (A), le graphe (B) met en évidence, mais d'une manière différente, le grave problème soulevé par Trenberth et Fasullo (et par nombre de scientifiques indépendants, tels que Roger Pielke Sr ou Craig Loehle, avant eux) . En bref, les températures ne montent plus ou baissent, après 2000, tandis que le taux de CO2 continue à augmenter et, avec lui, pensent Trenberth et Fasullo, le déséquilibre radiatif...
La hausse du niveau des mers n'est, à mon avis, pas significative. Celle-ci a commencé bien avant la naissance de la civilisation industrielle et des rejets de CO2 dans l'atmosphère, même si elle semble accompagner la montée de ces derniers, à quelques exceptions notables près.

Voici quelques phrases clefs extraites de l'article de Trenberth et Fasullo :

"Over the past 50 years, the oceans have absorbed ~90% of the energy added to the climate system; the rest has gone into melting sea and land ice and heating the land surface and atmosphere ( 4). CO2 concentrations have further increased since 2003, and even more heat should have accumulated at a faster rate since then. Where has this energy gone (see the figure)?"

Traduction : "Depuis les cinquante dernières années, les océans ont absorbé environ 90% de l'énergie ajoutée au système climatique; le reste a servi a faire fondre les mers glacées, à réchauffer la surface des terres et l'atmosphère (4). Les concentrations de CO2 ont poursuivi leur croissance depuis 2003 et encore encore plus de chaleur derait s'être accumulée une vitesse plus grande, depuis lors. Où donc est passée cette énergie (voir la figure) ? "

3) Mais où est passée la chaleur perdue ?

A l'évidence, tout le monde est d'accord pour considérer que cette "chaleur perdue" doit être recherchée dans les océans qui, comme chacun le sait, recouvrent quelques 70% de la planète et absorbent 90% de l'énergie ajoutée au système climatique (selon Trenberth et Fasullo eux-mêmes)...

Comme je l'ai déjà expliqué, du point de vue thermique, il est raisonnable de considérer que les océans sont constitués de trois couches superposées, entre lesquelles, bien entendu, se produisent des échanges plus ou moins efficaces, en fonction des grandes circulations thermohalines que j'ai brièvement évoquées, entre autres, dans ce billet. :

-Une couche superficielle qui part de la surface et s'étend jusqu'à une profondeur de quelques centimètres. C'est la couche dont la température est mesurée par les satellites sous le nom de SST (Sea Surface Temperature). Cette couche de surface est particulièrement sensible aux vents dominants qui la refroidissent par évaporation. Le temps de réponse de cette couche aux diverses sollicitations est évidemment très court. Les variations de température sont pratiquement instantanées. Compte tenu de son très faible contenu thermique, cette couche présente une très faible inertie thermique.

-Une couche intermédiaire qui va de quelques centimètres de profondeur à un peu moins de 1000 m. Cette couche dont l'inertie thermique est encore assez faible pour qu'on puisse y discerner les variations de températures saisonnières ou intra-annuelles, est le domaine d'étude des balises ARGO que j'ai évoquées à plusieurs reprises et notamment dans ce billet.
argo12

La couverture géographique des quelques 3300 balises ARGO qui explorent cette zone critique des océans est particulièrement fournie comme le montre l'image ci-contre, à droite, dans laquelle les points noirs représentent les balises en activité. Elle ne peut évidemment couvrir les régions des mers glacées comme on le voit sur cette image.
C'est cette couche intermédiaire qui est évoquée par l'article de Trenberth et Fasullo. Compte tenu des grandes différences de capacité thermique entre les gaz et les liquides, son contenu thermique est de l'ordre de 1000 fois celui de l'atmosphère terrestre. Comme il est mentionné dans l'article de Trenberth et Fasullo, elle représente 90% de la partie variable (à des échelles temporelles humaines) du réservoir thermique de la planète. Du point de vue climatique et des échanges atmosphère-océans, le rôle de cette couche des océans est crucial. Son contenu thermique, généralement évalué en unités de 1022 joules est appelé l'OHC. (Ocean Heat Content).

-La couche dite "abyssale" qui va d'environ -1000m jusqu'au fond des océans. Comme chacun le sait la température des profondeurs océaniques est sensiblement constante et égale à environ 4°C. La lumière n'y parvient que très difficilement, pour ne pas dire pas du tout. C'est le domaine des grands fonds. L'inertie thermique de cette couche abyssale est considérable. On estime qu'il faut plusieurs centaines d'années pour que les variations thermiques de cette couche soient perceptibles à la surface. Cette énorme inertie thermique est souvent invoquée pour expliquer le retard des quelques 500 à 800 ans qu'a subie la variation de la concentration de CO2 atmosphérique par rapport à la température de la surface lors des dernières déglaciations (voir dans ce billet).

Comme l'ont précisé Trenberth et Fasullo, 90% de la chaleur emmagasinée par suite du "réchauffement climatique", doit se trouver dans les océans. C'est donc là qu'il faut chercher. Nous allons considérer successivement les trois couches océaniques mentionnées ci-dessus... à la recherche de la chaleur manquante..
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  • A) La couche superficielle :
    tren9

Pour comprendre comment la lumière (visible, UV et Infrarouge) est absorbée par l'eau, il est bon de se référer au graphe ci-contre (tiré d'un article publié dans Applied Optics en 1973).
Comme on le voit, la lumière infrarouge dont la longueur d'onde se trouve aux alentours de 10-15 microns qui est la longueur d'onde centrale de l'émission de l'atmosphère, ne pénètre que très peu la couche d'eau superficielle. Cette pénétration se chiffre en microns ou dizaines de microns. Il est évident que cette couche superficielle est rapidement "écrémée" par le processus d'évaporation qui se produit continuellement à la surface des océans. Autrement dit, les infrarouges, absorbées par les océans, sont surtout impliqués dans l'évaporation de l'eau de mer.

Pour le sujet qui nous préoccupe ici, il n'est pas question que les radiations infrarouges, en principe amplifiées par l'effet de serre du CO2 anthropique, restent stockées dans la couche surfacique des océans. Autrement dit encore, ce n'est pas ici que nous trouverons la "chaleur perdue". Et, du reste, personne ne le prétend.

Bien entendu, la lumière visible (et ultraviolette) parvient à pénétrer en profondeur dans les océans, au moins dans quelques mètres ou quelques dizaines de mètres comme tous les plongeurs sous-marins l'ont constaté. Mais ceci est constant et n'a rien à voir avec l'effet de serre, ni avec la "chaleur perdue".

La couche intermédiaire 0-1000 m est évidemment de la plus grande importance pour le sujet qui nous préoccupe puisqu'elle participe directement aux échanges océans-atmosphère. Si la "chaleur manquante" se trouve quelque part, c'est là que nous devrions la trouver. Nous allons nous y attarder.
Pour être complet, nous examinerons ci-dessous le cas des profondeurs abyssales bien que cette couche profonde n'intéragisse que très peu ou même pas du tout avec l'atmosphère.
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  • B) La couche intermédiaire : l'OHC, le contenu thermique des océans

L'évaluation du contenu thermique de cette couche, examiné à la loupe, notamment à l'aide des balises ARGO, a fait l'objet de plusieurs études. Les mesures des balises ARGO étant maintenant considérées comme fiables, les résultats sont désormais difficilement contestables. Voici donc un article publié tout récemment online. Il est encore sous presse et ne paraîtra sous forme imprimée qu'en Novembre prochain.


"Recent energy balance of Earth", "Equilibre énergétique récent de la Terre"
R. S. Knox and D. H. Douglass
Department of Physics and Astronomy, University of Rochester, Rochester, NY 14627-0171 USA

International Journal of Geosciences, 2010, vol. 1, no. 3 (November) – Sous presse
doi:10.4236/ijg2010.00000 Publié Online 2010.
Accepté Août 2010.

Donc plus récent que l'article de Trenberth et Fasullo indiqué ci-dessus.

Abstract
A recently published estimate of Earth’s global warming trend is 0.63 ± 0.28 W/m2, as calculated from ocean heat content anomaly data spanning 1993–2008. This value is not representative of the recent (2003–2008) warming/cooling rate because of a “flattening” that occurred around 2001–2002. Using only 2003–2008 data from Argo floats, we find
by four different algorithms that the recent trend ranges from –0.010 to –0.160 W/m2 with a typical error bar of ±0.2 W/m2. These results fail to support the existence of a frequently-cited large positive computed radiative imbalance.

Résumé :" Une estimation de la tendance au réchauffement global, publiée récemment, indique 0.63 ± 0.28 W/m2. Elle est calculée à partir de l'anomalie du contenu thermique des océans de 1993 à 2008. Cette valeur n'est pas représentative du récent (2003-2008) taux de refroidissement/réchauffement à cause d'une stagnation qui s'est produite vers 2001-2002. En utilisant seulement les données des bouées Argo de 2003 à 2008, nous trouvons, à l'aide de quatre algorithmes différents que la tendance récente s'étend de –0.010 à –0.160 W/m2 avec une incertitude typique de ±0.2 W/m2.
Ces résultats sont en désaccord avec les déséquilibres radiatifs importants et positifs obtenus par les modélisations et fréquemment cités. "

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"Figure 1. Contenu thermique des océans déduit des mesures ARGO (échelle de gauche, en bleu, données originales, en rouge : données filtrées) et température de surface des océans (échelle de droite, en vert).
La conversion de la pente du OHC (Ndt : Océan heat content, contenu calorifique des océans) en W/m2 est obtenue en multipliant par 0,62, donnant -0,161 W/m2. "

A noter que les résultats (moyennés, en vert) publiés par le Hadley Center (qui est aussi responsable aussi des mesures de températures HadCruT) sont cohérents avec le résultats montrés par Knox et Douglass.

 

 

La conclusion de cet article est tout à fait explicite :

"Trenberth and Fasullo (TF) [2] believe that missing energy has been accumulating at a considerable rate since 2005. According to their rough graph, as of 2010 the missing energy production rate is about 1.0 W/m2, which represents the difference between FTOA ~ 1.4 and FOHC ~ 0.4 W/m2. It is clear that the TF missing-energy problem is made much more severe if FOHC is negative or even zero. In our opinion, the missing energy problem is probably caused by a serious overestimate by TF of FTOA, which, they state, is most accurately determined by modeling.
In summary, we find that estimates of the recent (2003–2008) OHC rates of change are preponderantly negative. This does not support the existence of either a large positive radiative imbalance or a “missing energy.”"

"Trenberth et Fasullo (TF) pensent que l'énergie manquante s'est accumulée à un taux considérable depuis 2005. A partir de leur graphique simplifié, et pour ce qui est de 2010, la production d'énergie manquante est d'environ 1 W/m2, ce qui représente la différence entre le FTOA ~1,4 et le FOHC~0,4W/m2 (Ndt : FTOA est le flux de chaleur rentrant à partir du sommet de l'atmosphère, FOHC celui qui part dans les océans). Il est clair que le problème de l'énergie manquante de Trenberth et Fasullo est rendu beaucoup plus sévère si la FOHC est négative ou même égale à zéro. Nous pensons que le problème de l'énergie manquante est probablement dû à une forte surestimation par Trenberth et Fasullo du FTOA, qui, affirment-ils, est déterminé avec une grande précision à partir des modèles.
En résumé, nous trouvons que les estimations du taux de variation de l'OHC (le contenu thermique des océans) pendant la période 2003-2008, est majoritairement négatif. Ceci contredit l'existence d'un fort déséquilibre radiatif ou d'une "énergie manquante". "

Ndt : Je précise que le flux venant du sommet de l'atmosphère, le FTOA est défini par Knox et Douglass comme "le flux radiatif net rentrant (inward) qui passe à travers la sphère externe". FOHC est défini comme la vitesse de variation du contenu thermique des océans divisé par la surface de la terre, ce qui donne l'équivalent d'un flux d'énergie.
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Autrement dit, Knox et Douglass ne trouvent pas "d'énergie manquante" dans les océans. Au contraire, ces derniers se refroidissent...
Cet article de Knox et Douglass concernait la période 2003 et 2008, mais qu'en était-il lors de la période antérieure ?

En réalité, cet article de Knox et Douglass constitue le prolongement d'un article précédent, publié en 2009 (réf : D.H. Douglass, R.S. Knox dans Physics Letters A 373 (2009) 3296–3300) qui étudiait la variation de la FTOA calculée à partir des données sur le contenu thermique des océans depuis 1950 jusqu'en 2009.

Le résumé de cet article, publié l'année dernière, nous disait que :


"Earth’s radiation imbalance is determined from ocean heat content data and compared with results of direct measurements. Distinct time intervals of alternating positive and negative values are found: 1960– mid-1970s (−0.15), mid-1970s–2000 (+0.15), 2001–present (−0.2 W/m2), and are consistent with prior reports. These climate shifts limit climate predictability."
Soit :
"Le déséquilibre radiatif de la terre est déterminé à partir des données du contenu thermique des océans et comparé aux résultats des mesures directes. On observe des intervalles de temps avec des valeurs négatives et positives alternées : de 1960 à la moitié des années 70 (-0,15), de la moitié des années 70 à 2000 (+0,15), de 2001 jusqu'à présent (-0,2 W/m2). Ceci est cohérent avec les publications précédentes. Ces variations climatiques constituent une limitation à la prédictibilité du climat."

A noter qu'en première approximation, le flux radiatif FTOA est donné par la formule suivante :

FTOA = 0,62 (dH0/dt) -Fg

FTOA est en W/m2. L'unité de temps est une année. H0 est le contenu thermique de la tranche considérée. Il est exprimé en unités de 1022 joules. Fg est le flux correspondant à la géothermie.
Fg est très petit. Le flux géothermique total est estimé à 87 milliwatts par m2.
Fg, la contribution au FTOA n'est qu'une fraction de ce dernier.

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Voici le graphe maître de cet article de 2009, avec sa légende :

"Fig. 3. Valeur de la FTOA résultante, au cours de différentes périodes montrant la relation entre les variations du climat (lignes en tiretés) . De 1960 à 1975: −0.15 ± 0.10 W/m2; de 1975 à 2000: 0.15 ± 0.07 W/m2; et après 2000: −0.303 ± 0.187 pour les mesures CERES; −0.224 ± 0.99 W/m2 pour Argo; −0.087±0.03 W/m2 tirés de Levitus [ref 18]. Chacune de ces valeurs est corrigée de +0.060 W/m2 si on veut prendre une valeur plus "conservatrice" pour Fg (Cf section 5.2) "

Comme on le constate, l'anomalie du flux sortant de l'atmosphère vers l'espace aurait changé plusieurs fois de signe au cours de cette période.

Knox et Douglass précisent qu'ils rejoignent, également et entre autres, les observations de Swanson et Tsonis ( Geophys. Res. Lett. 36 (2009) L06711, doi:10.1029/
2008GL037022.) dont j'ai évoqué un article plus ancien dans un billet antérieur :

Ces basculements du comportement de la FTOA correspondent sensiblement aux basculements de la PDO, l'oscillation décennale de l'océan Pacifique.

On se souvient, en particulier, comme on le retrouve sur ce graphique, que la période 1945-1976 a été une période de refroidissement faisant craindre, à certains, la venue d'une nouveau petit âge glaciaire....Tout ceci évoque, à l'évidence, une évolution naturelle du climat, comme le mentionnent Knox et Douglass en citant la conclusion d'un article de White et al (W.B. White, D.R. Cayan, M.D. Dettinger, G. Auad, J. Geophys. Res. 106 (2001) 4349) :

" White et al.[44] state: “global warming and cooling arise from fluctuations in the global hydrological balance, not the global radiation balance.”"

"White et al [44] écrivent : "Le réchauffement et le refroidissement climatique global proviennent des fluctuations de l'équilibre hydrologique global, pas de l'équilibre radiatif global.""
Ce qui est très clair et n'a guère été mentionné dans l'AR4 du GIEC (2007)...
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  • C) Les profondeurs abyssales.

La mesure du réchauffement ou du refroidissement (forcément très faible, voir ci-dessous) des mers, dans les profondeurs abyssales est, comme on s'en doute, extrêmement délicate. A vrai dire, il n'existe pas d'autre méthode que celle qui consiste à laisser descendre un thermomètre (ou encore un appareil de mesure de la salinité) au bout d'un fil. Obtenir des mesures précises et fiables sur les immenses surfaces couvertes par les océans avec une telle méthode relève d'un exploit... Très loin d'être réalisé.

Les mesures de ce genre sont donc aussi rares que sujettes à caution. C'est d'ailleurs ce que nous disait, en 2009, un spécialiste de la question, Gregory Johnson de la NOAA dans une communication dont voici les références :
Recent decadal warming and freshening of Antarctic-derived abyssal waters

Gregory Johnson
NOAA/Pacific Marine Environmental Laboratory, Seattle, WA, USA
IOP Conf. Series: Earth and Environmental Science 6 (2009)
source: http://iopp.fileburst.com/ees/ees9_6_032006.pdf

Extraits :

"Les grandes distances qui séparent les sections hydrographiques (Ndt : autrement dit, le fait que les points de mesure sont très dispersés) et le fait qu'ils sont réoccupés seulement de décennie en décennie (Ndt : autrement dit, les mesures sont aussi très espacées dans le temps) rendent difficile la quantification de la contribution du récent réchauffement abyssal observé au budget de la chaleur du globe. La quantification de la contribution du réchauffement et du refroidissement observés pour le budget de la hausse du niveau des mers est difficile, pour les mêmes raisons."

Ce qui est pure vérité. La rareté des points de mesures dans l'espace et dans le temps ne permet pas de tirer de conclusions scientifiquement établies. Ce qui n'empêche pas Johnson d'affirmer dans la suite du même papier que "Cependant, l'analyse quantitative suggère que les variations abyssales peuvent jouer un certain rôle dans la chaleur globale et dans les budgets de la hausse du niveau des mers."

Ce qui, vous en conviendrez est quelque peu contradictoire et fait appel à une certaine imagination, pour ne pas dire à une certaine croyance. Affirmer dans le même article que "la quantification est difficile ", puis expliquer pourquoi, et enfin déclarer qu'une "analyse quantitative" pourrait prouver quelque chose est plutôt étonnant.

Malgré ces difficultés compréhensibles, le même auteur de la NOAA (Greg Johnson) n'a pas hésité à rédiger un article tout récent (encore sous presse) dans lequel il nous donne quelques informations sur la "chaleur perdue" dans les profondeurs abyssales. Voici les références de cet article :

"Warming of Global Abyssal and Deep Southern Ocean Waters Between the 1990s and 2000s: Contributions to Global Heat and Sea Level Rise
Budgets." Réchauffement abyssal global et eaux profondes des océans Sud entre les décennies 1990 et 2000. Contributions à la chaleur globale et à la hausse du niveau des mers.

Journal of Climate (accepté le 18 août 2010) (sous presse)
Sarah G. Purkey and Gregory C. Johnson
School of Oceanography, University of Washington, Seattle WA 98195, USA
NOAA/Pacific Marine Environmental Laboratory, Seattle WA 98115, USA

Une version pre-print de cet article de 49 pages est disponible à cette adresse. Compte tenu de la rareté des mesures et des méthodes d'interpolation employées, c'est évidemment très compliqué.
Sans rentrer dans les détails de l'article, on peut se contenter de ce communiqué de la NOOA (sur Facebook !) qui nous résume le contenu de l'article :

"Cette étude montre que les profondeurs des océans -en dessous de 3300 pieds- prélèvent environ 16% de ce que la partie supérieure des océans absorbe. Les auteurs notent qu'il existe différentes causes possible pour ce réchauffement en profondeur : Un déplacement des vents des océans du Sud, une variation de la densité de ce qui est appelé "Eau du Fond de planétarium", ou encore de la vitesse avec laquelle cette "eau du fond" est formée près de l'Antarctique et à quel endroit elle s'enfonce pour remplir les portions les plus profondes et les plus froides de l'océan autour de la plus grande partie du globe.
Les scientifiques ont trouvé le réchauffement en profondeur le plus intense autour de l'Antarctique. Il s'affaiblit avec la distance depuis sa source en se répandant autour du globe. Bien que les augmentations de températures soient faibles (environ 0,03°C dans les profondeurs des Océans du Sud, et moins ailleurs)..
."

Que faut-il en retirer ?
Si les résultats de cet article sont corrects -ce qui n'est pas certain-, la contribution des abysses aux variations du budget thermique de la planète n'est que 16% de celle des océans supérieurs (le domaine des balises ARGO) qui, comme on l'a vu ci-dessus, ont plutôt tendance à se refroidir et, comme le fait remarquer Trenberth dans le premier article cité, sont très loin d'expliquer la "chaleur manquante".

D'autre part, cet article pose quand même quelques problèmes aux lecteurs avertis :

-Sur la précision et la signification réelle de mesures de variations de températures aussi faibles que 0,03°C (au mieux !) dans des conditions très difficiles.
-Sur le fait que le réchauffement (très faible ) observé semble partir des eaux profondes de l'antarctique. D'une part, on se demande ce qui pourrait réchauffer anormalement les eaux profondes de l'antarctique (peut-être l'activité volcanique en profondeur, mais c'est très faible) et d'autre part, on se souvient qu'une expédition polaire récente du Polar Stern (le navire spécialisé du Wegener Institute de Potsdam) avait trouvé, au contraire de cet article, que les eaux profondes de l'antarctique se refroidissaient...(Article dans Nature et billet dans cette page).
-Enfin, beaucoup pensent que si les eaux profondes s'étaient, un tant soit peu, réchauffées, cela aurait été perceptible dans les mesures de balises Argo. En principe, l'eau plus chaude, moins dense, remonte (aux variations de salinité près) mais, évidemment, tout cela dépend des courants sous-marins.

4) Conclusions et quelques remarques

Si vous avez eu le courage de lire ce billet in extenso (bravo !), vous connaissez déjà la réponse à la question que tout le monde se pose :

La "chaleur perdue "ou "l'énergie manquante" considérable (selon les modèles) qui résulte de la différence entre l'énergie entrante et l'énergie sortante de la planète, ne se trouve pas à l'endroit où elle devrait se trouver : dans les océans. Elle ne se trouve ni dans la couche surfacique, ni dans la couche intermédiaire, ni dans les profondeurs abyssales. De fait, on ne la trouve nulle part.

Dès lors, on comprend l'inquiétude de Kevin Trenberth qui déclare "It's a travesty". C'est grotesque, en effet.
Et Trenberth de se poser la bonne question : "Where has the energy from global warming
gone? " Où est passée l'énergie due au réchauffement climatique ?"

A vrai dire, Trenberth reconnaît honnêtement qu'il n'a pas de réponse. Même si, selon lui, on considère les énergies qui ont été nécessaires pour la fonte des glaces, des glaciers etc... le compte n'y est pas et on en est très loin.

Alors ?

Tout d'abord, il est intéressant, au moins du point de vue de la psychologie des chercheurs qui travaillent pour le GIEC, de se souvenir que Kevin Trenberth a déclaré, à propos de la "chaleur perdue" et sous différentes formes : "The heat will come back to haunt us sooner or later."

C'est à dire "La chaleur reviendra nous hanter, tôt ou tard".


Selon un interview donné à la National Science Foundation, Trenberth ajoute que "Le répit que nous avons connu dans la hausse des températures de ces dernières années, ne va pas continuer. Il est critique (Ndt : C'est le mot. Je suis tout à fait d'accord) de pouvoir suivre la montée de l'énergie dans notre système climatique de manière à comprendre ce qui se passe et pour prédire le climat du futur."

L'article de la NSF, précise que "Scientists at the National Center for Atmospheric Research (NCAR) in Boulder, Colorado., warn that satellite sensors, ocean floats, and other instruments are inadequate to track this "missing" heat, which may be building up in the deep oceans or elsewhere in the climate system."

Soit : " Des scientifiques du Centre National Pour la Recherche Atmosphérique (le NCAR) à Boulder dans le Colorado (Ndt : en fait essentiellement Trenberth), avertissent que les capteurs des satellites, les bouées flottantes (Ndt :Allusion au système ARGO) et d'autres instruments sont inadéquats pour retrouver la trace de la "chaleur manquante" qui est peut-être en train de s'installer dans les profondeurs des océans ou quelques part ailleurs dans le système climatique."

Certes mais dans cette hypothèse qui n'est pas vérifiée par les mesures les plus récentes et compte tenu de l'énorme inertie des profondeurs abssales la chaleur prendrait son temps... avant de revenir "nous hanter".

Bref, selon Trenberth, rien ne marche dans les instruments d'observations qui sont incapables de retrouver sa "chaleur manquante"...

Sans aller bien loin, et avant d'essayer de se faire une opinion, il faut se souvenir que :

  • Santer et d'autres ont déjà soutenus (en 2007) contre des observations publiées, que le fait qu'on n'observait pas de "hotspot" (point chaud), prévu par la théorie, dans l'atmosphère au dessus de tropiques (j'ai évoqué cette question également dans ce billet), venait de la déficience des moyens d'observations. Pourtant, il existe une batterie de satellites consacrés à ce genre de mesures. On en connaît les performances et ils sont très soigneusement étalonnés. Cette affaire, dont on ne parle plus, a fait couler beaucoup d'encre, il y a deux ans .
  • Trenberth a également énergiquement contesté l'article de Richard Lindzen et Choi (2009) qui comparaient le résultat des mesures de flux sortant de l'atmosphère avec les prédictions des modèles à partir des mesures ERBE. De fait, Lindzen et Choi constataient que le flux s'échappant dans l'espace à partir du sommet de l'atmosphère était bien supérieur aux prédictions des modèles. Autrement dit, il sortait nettement plus de chaleur qu'on ne le croyait. C'est également l'avis de Douglass et Knox cités ci-dessus qui trouvent que moins de chaleur rentre dans le système climatique que l'indiquent les modèles. Dans ce cas, pas de "chaleur manquante", puisque celle-ci s'échappe dans l'espace.
    Là encore, les mesures étaient sujettes à caution, selon Trenberth.
  • Trenberth affirme dans l'article cité en tête de ce billet : " This inability to properly track energy—due to either inadequate measurement accuracy or inadequate data processing— has implications for understanding and predicting future climate." cad : "Cette incapacité à suivre correctement l'énergie -ceci étant dû soit à une précision inadéquate des mesures soit à un traitement inadéquat des données- a des implications pour la compréhension et la prédiction du climat du futur."

En bref, c'est parfaitement clair : A l'instar de la quasi-totalité des climatologues, Trenberth pense que les modèles et, en particulier, les modèles numériques (sur ordinateur) sont forcément corrects et que si les mesures et les observations ne les confirment pas, c'est que les mesures et les observations sont erronées ou "inadéquates" comme il le dit.

Malheureusement, cette croyance (cette foi) dans les modélisations du climat qui sont pourtant très loin d'être assurées, est extrêmement répandue.
Les climatologues semblent incapables de remettre en question leurs hypothèses et leurs modélisations, même face aux observations qui les démentent.

Inutile d'ajouter que la science "pré-post-moderne" raisonnait différemment. Une seule observation qui remettait un modèle ou une théorie en question, suffisait à invalider le modèle ou la théorie en question...
O tempora o mores !
yannchaleur

 

 

Cependant, j'en connais certains qui accuseront certainement les climato-sceptiques d'avoir dérobé la chaleur manquante....Les Klimaseptiks sont comme le réchauffement climatique : Ils sont toujours responsables de tout.

Y compris d'avoir caché la "chaleur perdue", comme on le voit sur l'affichette ci-contre (due au talent de Yann Goap -Jean le Moqueur.)

A suivre : C'est une affaire... brûlante !

9 Septembre 2010 : Les glaces polaires fondent deux fois moins vite qu'on l'affirmait auparavant. On avait largement sous-estimé un paramètre crucial, nous indique un article tout récent, paru dans Nature Geoscience.

Comme vous le savez, la Science progresse, jour après jour, contre vents et marées, loin des parti-pris médiatico-politiques qui ont sérieusement dévoyé la progression des sciences du climat. Cette page, comme quelques autres, apporte de multiples preuves que ce qui avait été tenu pour certain et affirmé comme tel il y a peu encore (y compris dans les rapports du GIEC), était, en fait, gravement erroné.
Ainsi va la Science. Parce que rien n'est définitivement assuré, tout particulièrement en matière de sciences climatiques, prudence et scepticisme restent de rigueur. Comme nous allons le voir, les erreurs peuvent être considérables.

1) Introduction : La fonte de la masse des glaces polaires, susceptible de faire monter le niveau des océans, a été suivie avec beaucoup d'attention depuis 2002, à l'aide d'un instrument satellitaire remarquable (appelé GRACE) capable de mesurer de très faibles variations du champ gravitationnel de notre planète. Ces changements du champ gravitationnel sont évidemment liés à la distribution des masses sur la terre, incluant l'eau et la glace. Quand la glace fond et que l'eau de fonte s'écoule dans la mer, ceci est perçu comme une variation du champ gravitationnel. Ces mesures sont couramment nommées mesures gravimétriques.

Quelques mots sur la mission GRACE ("Gravity Recovery and Climate Experiment", déjà évoquée dans deux billets de Nov. 2006 et Nov. 2007. ). On trouvera des informations beaucoup plus complètes sur le site de la NASA.

grace2

La mission GRACE consiste en un couple de deux satellites identiques qui sont placées en orbite basse à 500 km au dessus de la terre. Ces deux satellites voyagent en tandem sur la même orbite, l'un derrière l'autre. Ils sont distants de 220 km (l'image n'est pas à l'échelle). La détection et l'évaluation de très faibles variations du champ gravitationnel terrestre est obtenue par une mesure très précise de la distance qui sépare les deux satellites jumeaux ainsi que de leurs vitesses.
La technique micro-onde utilisée est si sensible qu'elle est capable de détecter des variations de distance entre les deux satellites aussi petites que 10 microns (sur une distance de 220 km).
Bien que l'analyse détaillée de la relation entre les variations de distance et de vitesse des deux satellites avec les variations du champ gravitationnel terrestre soit assez compliquée, on comprend que la moindre variation de ce dernier va affecter l'orbite du satellite leader puis celle du satellite suiveur, et donc leur distance et leur vitesse relative.

 

geoidVue du ciel, et du point de vue gravimétrique, notre géoide terrestre présente un aspect 'boursouflé" tel qu'on le voit sur les deux images ci-contre (crédit NASA).

Les applications des mesures de la mission GRACE sont très nombreuses. Elles vont de l'étude des courants marins, de la mesure de la pression au fond des océans, de l'étude des plissements de la croûte terrestre à la suite des tremblements de terre, à la découverte (en 2006) de "masses cachées" comme le cratère Wilkes qui doit dater de 250 millions d'années et qui est enfoui sous les glaces de l'Antarctique, entre autres exemples.

Cependant et comme on s'en doute, il n'est pas toujours aisé d'interpréter les mesures gravimétriques effectuées par le tandem GRACE. La mesure des variations de la gravité en un point est une donnée unique qui peut relever de plusieurs phénomènes concomitants qu'il n'est pas toujours facile de démêler.

C'est très exactement ce que nous dit un article très récent paru dans la revue Nature Geoscience

2) L'article qui nous explique que les mesures de la fonte de la glace des pôles était largement surestimée :

NATURE Geoscience Vol 3, 642-646, Septembre 2010. (Publié on-line le 15 août. DOI: 10.1038/NGEO938)

"Simultaneous estimation of global present-day water transport and glacial isostatic adjustment"

"Estimation simultanée du transport d'eau global actuel et l'ajustement glaciaire isostatique."

XiaopingWu, Michael B. Heflin, Hugo Schotman, Bert L. A. Vermeersen, Danan Dong,
Richard S. Gross, Erik R. Ivins, AngelynW. Moore and Susan E. Owen.

Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology,USA
Faculty of Aerospace Engineering, Delft University of Technology,Netherlands,
Netherlands Institute for Space Research, Netherlands.


Summary : Global water transport between oceans and continents during the transition from glacial to interglacial times has been enormous. The viscoelastic solid Earth has been responding to this unloading of large ice masses with a rise of the land masses, in a process termed glacial isostatic adjustment. In addition, significant changes in the land/ocean water distribution occur at present. As both present-day changes in the ice/water thickness and glacial isostatic adjustment affect space geodetic measurements, it is difficult to untangle the relative contributions of these two processes. Here we combine gravity measurements and geodetic data of surface movement with a data-assimilating model of ocean bottom pressure to simultaneously estimate present-day water transport and glacial isostatic adjustment. We determine their separate contributions to movements in the geocentre, which occur in response to changes in the Earth’s mass distribution, with uncertainties below 0.1mmyr-1.According to our estimates, mass losses between 2002 and 2008 in Greenland, Alaska/Yukon and West Antarctica are 104±23, 101±23 and 64±32 Gt yr-1, respectively. Our estimates of glacial isostatic adjustment indicate a large geocentre velocity of -0:72±0:06mm.yr-1 in the polar direction. We conclude that a significant revision of the present estimates of glacial isostatic adjustments and land–ocean water exchange is required.

Résumé : "Le transport des eaux à l'échelle globale entre les océans et les continents pendant la transition entre les périodes glaciaires et interglaciaires, a été gigantesque. La terre considérée comme un solide visco-élastique a répondu à ces décharges de vastes masses de glace par une hausse des masses continentales, suivant un processus nommé ajustement glacial isostatique. De plus, des variations significatives dans la distribution terres/océans se produisent actuellement. Comme la variation actuelle de l'épaisseur eau/glace et de l'ajustement glaciaire isostatique actuel affectent les mesures géodésiques vue de l'espace, il est difficile de séparer les contributions relatives de ces deux processus.
Dans cet article, nous combinons les mesures de la gravité et les données géodésiques des mouvements de la surface à l'aide d'un modèle d'assimilation des données de la pression au fond des océans, de manière à estimer simultanément le transport actuel des eaux et l'ajustement glaciaire isostatique. Nous déterminons les contributions séparées aux mouvements du géocentre qui se produisent en réponse aux variations dans la distribution des masses terrestres, et ceci avec une incertitude inférieure à 0,1 mm/an. Suivant nos estimations, les pertes de glace entre 2002 et 2008, au Groenland, dans l'Alaska/Yukon et dans l'Antarctique Ouest sont respectivement de 104±23, 101±23 et 64±32 Gigatonnes par an. Nos estimations de l'ajustement glaciaire isostatique indique une grande vitesse du géocentre égale à -0,72± 0,06 mm/an dans la direction polaire.
Nous en concluons qu'une révision significative de l'estimation actuelle des ajustements glaciaires isostatiques et de l'échange entre les terres et les océans, est indispensable. "

Quelques mots d'explications:

"La terre est considérée comme un solide visco-élastique" signifie, par exemple, que lorsqu'un continent est assez brusquement soulagé d'une couverture de glace, la croûte terrestre va relaxer lentement et sans oscillations pour s'adapter à cette variation de masse. Ce "rebond" glaciaire isostatique suit approximativement les lois d'un oscillateur amorti (par la viscosité) au delà du régime critique, c'est à dire que la déformation tend asymptotiquement vers une limite... jamais atteinte. C'est exactement comme si vous lâchiez un ressort, préalablement comprimé, dans un liquide très visqueux comme de la mélasse. Le ressort n'oscillera pas et retournera lentement vers sa position détendue. Un des auteurs de l'article indique l'analogie avec le retour à l'équilibre d'un matelas, lorsqu'on se lève après y avoir passé toute la nuit. postglacialsea


C'est ce qui fait que quelques 20000 ans après la dernière époque glaciaire (la dernière déglaciation a fait monter le niveau des mers de quelques 130m, comme on le voit sur l'image ci-contre), la croûte terrestre poursuit son ajustement glaciaire isostatique. Certes le taux de variation est maintenant très faible mais celui-ci affecte notablement les mesures gravimétriques de GRACE de même d'ailleurs que les autres déformations de la croûte terrestre qui, à l'échelle de ces mesures, est, en réalité, constamment en mouvement.

C'est cet ajustement glaciaire isostatique qui avait été largement mésestimé lors des précédentes études. Plutôt que d'utiliser les mesures directes ( y compris avec des GPS convenablement disposés) comme les auteurs de cet article, les chercheurs s'étaient basés essentiellement sur des hypothèses et des résultats de modèles qui s'avèrent donc, et pour le moins, gravement déficients.

Le résultat final de la fonte des glaces était surestimé d'un bon facteur 2, ce qui est évidemment considérable.
wu1

L'image ci-contre est extraite de l'article de Wu et al.

Estimation moyenne de la PDMT du globe (PDMT : Present Day Mass Trend :Evolution actuelle des masses) incluant la masse atmosphérique en équivalent d'épaisseur d'eau.

Code des sigles : AIS (Abbott Ice Shelf), ASE (Amundsen Sea embayment), DML (Dronning Maud Land), KIS (Kamb Ice Stream), RIS (Ross Ice Shelf), Totten (Glacier), WIS (Whillans Ice Stream), WL (Wilkes Land).

Les parties colorées en bleu indique les fontes de glace. Les parties colorées en jaune ou orange indiquent un renforcement.
Comme on peut le voir sur cette image, ce sont la partie Ouest de l'Alaska (Le Yukon), les parties périphériques du Groenland et la partie Ouest de l'Antarctique qui subissent des pertes de glace.
A contraire, la partie centrale du Groenland et le Kiss (en Antarctique) gagnent de la glace. Les taches jaune/orange visibles sur les continents indiquent que des glaciers se renforcent. Les taches bleues montrent ceux qui perdent de la glace.

Dans l'état actuel, la principale source d'eau de fonte se trouve au Groenland et dans le Yukon. La contribution de l'immense continent Antarctique est nettement moins importante. A vrai dire, la plus grande partie ne fond absolument pas.

Comme on le voit, la situation est nettement plus complexe qu'on voudrait nous le faire croire.

 

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Cette autre image; extraite du même article illustre une comparaison entre les résultats des mesures de l'ajustement glaciaire isostatique (à gauche) effectuées par Wu et ses collaborateurs d'une part et, d'autre part, les tendances précédemment utilisées (à droite) déduites d'un modèle appelé ICE-5G/IJ05/VM2 .

Comme on peut le voir les divergences mesures/modèles sont considérables, notamment sur le Groenland, l'Antarctique et le Continent Asiatique. Comme chacun le sait (ou devrait le savoir) les résultats des modèles peuvent s'avérer complètement erronés.

 

 

 

La conclusion de l'article aborde la question cruciale qui concerne la contribution de la fonte de glaces à la hausse du niveau des mers. Comme on l'imagine, les estimations précédentes qui figurent dans tous les rapports qui traitent de ces question, devront être sérieusement revues à la baisse. Voici cette conclusion :

Implications and perspectives
The simultaneous kinematic global inversion presented here allows us to separate the global PDMT (NDT : Present Day Mass Trend) and GIA (NDT :Glacial Isostatic Adjustement) signatures in the geodetic data with unprecedented precision. These results are achieved by combining the multi-satellite high-precision geodetic data with the a priori information on GIA dynamics and the relatively well-constrained spatial extent of deglaciation from glacio-geological data. The GIA improvement and the enhanced resolution and accuracy from the data combination result in (about a factor of two) smaller mass loss estimates for Greenland and Antarctica during 20022008 than other recent GIA-corrected GRACE estimates. The non-steric mean sea level rise is estimated to be 0.54±0:3mm/yr (global) and 0.70±0:3mm/yr (±66°). The time span of the geodetic data, however, is still short. For example, the SLR-observed J2 during 2002-2008 greatly contradicts that of the longer-term (33 years) SLR tracking data. This indicates that the estimated PDMT in J2 or any other PDMT coefficients may be interannual or decadal in nature rather than a century-scale secular trend. Our GIA estimates reveal significant new features in areas where GIA models are known to be poor...

Implications et perspectives

"L'inversion cinématique simultanée globale présentée ici nous permet de séparer les signatures de l'Evolution Actuelle de la Masse (PDMT) et l'Ajustement Glaciaire Isostatique (GIA) dans les données géodésiques avec une précision sans précédent. Ces résultats sont obtenus en combinant les données géodésiques multi-satellites de haute précision avec des informations a priori de la dynamique (GIA) de l'ajustement glaciaire isostatique ainsi que de l'étendue spatiale (relativement bien délimitée) de la déglaciation à partir des données géologiques glaciaires. L'amélioration de l'ajustement glaciaire isostatique et l'augmentation de la résolution et de la précision obtenue à partir de la combinaison des données, résultent en une estimation en baisse (environ d'un facteur deux) de la perte de glace du Groenland et de l'Antarctique pendant la période 2002-2008 par rapport aux autres estimations (corrigées de l'ajustement glacial isostatique) obtenues par GRACE. La hausse non-stérique (NDT : C'est à dire, hors dilatation thermique) du niveau des mers est estimée à 0,54±0,3mm/an (globale) et à 0,70±0,3 mm/an (entre les latitudes +66 et -66°). Cependant, la période couverte par les données géodésiques, est encore courte. Par exemple, la hausse du niveau des mers observée par Jason-2 de 2002 à 2008 contredit fortement la tendance pour une plus longue durée (33 ans). Ceci montre que l'estimation de la PDMT (Le mouvement de masse actuel) observé dans Jason-2 ou de tout autre coefficient PDMT, doit être de nature interannuelle ou décennale plutôt qu'une tendance à l'échelle centennale. Notre estimation de l'ajustement glacial isostatique met en évidence de nouvelles observations dans des zones où les modèles de l'ajustement glaciaire isostatique sont connus pour être défaillants...."

3) Sur le site de l'Université TU de Delft, on trouve un article explicatif ainsi que des déclarations de chercheurs qui ont participé à cette étude.

"S'appuyant sur ce principe (NDT : c'est à dire sur les mesures de GRACE), les estimations antérieures pour la couverture glacée du Groenland avaient calculé que la glace fondait au rythme de 230 gigatonnes par an. Ceci résulterait en une hausse du niveau moyen des mers d'environ 0,75mm/an. Pour ce qui est de l'Antarctique Ouest, l'estimation était de 132 gigatonnes par an. Cependant, il apparaît maintenant que ces résultats n'étaient pas correctement corrigés de l'ajustement glacial isostatique qui correspond au phénomène de rebond de la croûte terrestre du fait de la fonte des couvertures massives de glace depuis le dernier âge glaciaire, il y a quelques 20.000 ans. Ces mouvements de la croûte terrestre doivent être incorporés dans les calculs, parce que ces mouvements verticaux modifient la distribution de la masse terrestre et, en conséquence, ont aussi une influence sur le champ gravitationnel." ...

"L'aspect innovant de notre méthode consiste à comparer de manière simultanée le changement présent de la masse glaciaire et l'ajustement glacial isostatique avec les observations, plutôt que de supposer que tel ou tel modèle d'ajustement isostatique est correct " a déclaré le Dr Vermeesen. " Pour ce qui concerne en particulier le Groenland, nous avons trouvé que l'ajustement glacial isostatique diffère assez fortement des hypothèses généralement acceptés."...

4) Dans le même volume de la revue NATURE Geoscience et dans la section "news and views" (Nature Geoscience 3, 596 - 597 (2010)), d'autres chercheurs, spécialistes des glaces polaires, illustrent les résultats obtenus par Wu et al :


David H. Bromwich and Julien P. Nicolas
The Polar Meteorology Group, Byrd Polar Research Center, Ohio State University.

Voici, extraite de ce court article, la figure qui nous dit tout sur la différence considérable qui existe entre les précédents estimations et les nouvelles :
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Légende la figure : " Cumulative mass loss of Greenland’s ice sheet. The estimate by Wu and colleagues of Greenland ice-mass loss since 2003 (red) is considerably lower than an earlier predicted value (blue), owing in part to larger than previously estimated subsidence rates of the underlying bedrock. Only the blue curve was corrected for changes in atmospheric mass, but these corrections are small over Greenland, and the curves and their differences can thus be interpreted in terms of contribution to global mean sea level (right-hand scale). The shaded areas reflect stated uncertainties."

"La perte de masse cumulée de la glace du Groenland.
L'estimation de Wu et de ses collègues de la perte de masse de la glace du Groenland depuis 2003 (en rouge) est considérablement plus faible qu'une valeur initialement prévue (en bleu), ceci étant dû en partie à un taux de subsidence du lit rocheux sous-jacent plus important qu'estimé auparavant. Seule la courbe bleue a été corrigée de la masse atmosphérique (NDT : comme expliqué dans un billet précédent) mais ces corrections sont faibles pour le Groenland de telle manière que les graphes et leur différence peuvent être interprétés en termes de contribution au niveau global des mers (échelle de droite). Les zones colorées indiquent les incertitudes estimées."

Comme vous le voyez, il ne s'agit pas d'un détail : Les glaces fondent deux fois moins vite que ce qui avait été affirmé auparavant (y compris dans le rapport AR4 du GIEC). Soit environ 0,3 mm/an d'équivalent de hausse du niveau des mers au lieu de 0,63 mm/an.
A noter que "
Laury Miller de la NOAA et Bruce C. Douglas de l’Université de Floride pointaient déjà du doigt, dans un article publié dans la revue Nature, le fait que la dilatation thermique et la fonte des glaces ne permettaient pas d’expliquer l’élévation moyenne globale de 2 mm/an environ, car les vitesses d’augmentation de volume et les quantités de glaces fondues ne pouvaient se traduire que par une hausse, d’au mieux, 0,5 mm/an."

5) Quelques commentaires :

- Tout d'abord, il est évident qu'il faut revoir à la baisse les estimations du rapport AR4 (2007) du GIEC qui prévoyait une hausse du niveau des mers de quelques 18-59 cm en 2100. Il est tout aussi évident que les estimations catastrophiques de certains (telles que celles de Rahmstorf et de ses collègues qui avaient, à tort, protesté contre les "sous-estimations" (selon eux) du GIEC, (ainsi que je l'avais évoqué dans un billet de Jan. 2009 au sujet du Groenland) devraient être sérieusement corrigées. Idem pour les quelques mètres de hausse prévues par Al Gore ou J. Hansen. yannpole2

On peut (?) espérer que cet article de Wu et al sera pris en compte dans le prochain rapport AR5 (2014) du GIEC. Néanmoins, compte tenu des précédents dans ce domaine, rien n'est moins sûr...

- Les résultats de cette recherche sur la fonte des glaces polaires sont franchement rassurants. La fonte des glaces polaires et environ deux fois moins importante qu'on le pensait.
Le grand public devrait en être informé.
Hélas, il ne faut pas trop y compter en cette période où les micros et les caméras ne sont tendus par des journalistes dits scientifiques qu'à des "experts" qui viennent, à chaque instant, clamer haut et fort que "c'est pire que nous le pensions", voire que "c'est la fin du monde".

Cependant, dans certains pays démocratiques, une partie de la presse, surtout via Internet, tente de faire son travail en rapportant aussi bien sur les bonnes nouvelles que sur les moins bonnes.
Une toute petite revue de presse s'impose. Voici quelques organes de presse qui ont rapporté sur ces travaux publiés dans une revue prestigieuse entre toutes :

Daily Mail (UK): " Les calottes polaires fondent "deux fois moins vite que prévu".
... à rapprocher par exemple de cet article alarmiste du Telegraph (publié en sept 2009) " Les scientifiques trouvent une fonte de la glace polaire plus grande que l'on pensait ". C'est plutôt cocasse. .
Daily Tech (US) : "Les estimations de la fonte de la glace polaire se réduisent plus vite que les glaces polaires elles-mêmes."
L'AFP, version en anglais (en progrès ! encore que..) "Climat : Une nouvelle étude démolit l'estimation de la perte des glaces polaires".
Science Daily (US) : "Le taux de fonte des calottes polaires plus faible qu'attendu."

Une petite fraction de la presse francophone (merci aux lecteurs attentifs pour les compléments) a publié quelques infos sur cette nouvelle importante :

Suisse : Vingt Minutes online : "La calotte glaciaire fond moins vite"
France : Le Progrès de Lyon : "La fonte des glaces surévaluée ?".
France : Rue 89 : Une brève note :"La fonte de la calotte glaciaire serait surévaluée".
France : Le Figaro : "Calotte glaciaire : fonte surévaluée".
Liban : L'orient- le jour.com : "La fonte de la calotte glaciaire serait-elle surévaluée ?".
Canada : Cyberpresse.ca : "La fonte de la calotte glaciaire aurait été surévaluée".

Comme on le constate, les titres sont très semblables. En réalité, ces dépêches sont très largement inspirées voire copiées-collées sur celle de l'AFP.

Beaucoup, et pas des moindres (télés, radios, grands quotidiens), manquent encore à l'appel (sauf omission de ma part). Ils n'avaient pourtant pas laissé passer ça. (le 20 Janvier 2010) à propos de la fonte des glaces. On trouve, dans cet article journalistique, des phrases typiques de ce genre de prose, telles que " l’accélération récente de leur fonte est encore plus marquée que ce que l'on pensait " (sic).
Il est instructif de comparer les estimations de la contribution à la hausse du niveau des mers, lues dans cet article français du 20 janvier 2010, avec celles qui sont indiquées dans l'article de Wu et al.
A noter que les experts invités par le journaliste, auteur de cet article francophone, ont aussi utilisé les données de GRACE ainsi que, certainement, les données traditionnelles de la correction due à l'ajustement glaciaire isostatique, démontées par le présent papier de Wu et al.
On attend des éclaircissements et surtout un compte-rendu objectif avec des citations exactes de l'article de Wu et de se collègues...
On peut toujours espérer.

 

31 Août 2010 : Un traitement élaboré des données disponibles montre qu'il n'y a pas d'accélération de la hausse du niveau des mers depuis au moins cent ans, contrairement aux prévisions apocalyptiques et aux affirmations maintes fois répétées.

Le niveau de certains océans monte régulièrement, d'autres baissent, d'autres restent stables. Du point de vue global, le taux de hausse du niveau des mers n'a pas varié, depuis, au moins, cent ans. Cette hausse est d'environ +1,6 cm par décennie.

C'est le résultat auquel sont parvenus deux chercheurs allemands (Manfred Wenzel et Jens Schröter) de l'Alfred Wegener Institute for Polar and Marine Research, Bremerhaven, Allemagne) et qui vient d'être publié ( le 13 Août 2010) dans le :

J. Geophys. Res., 115, C08013, doi:10.1029/2009JC005630. (2010)

Sous l'intitulé :

"Reconstruction des anomalies du niveau moyen des océans à l'échelle locale, mesurées par les jauges de niveau, au moyen de réseaux neuronaux."
" Reconstruction of regional mean sea level anomalies from tide gauges using neural networks"

Voici le résumé orginal de l'article suivi d'une traduction en français.

Abstract :
The 20th century regional and global sea level variations are estimated based on long‐term tide gauge records. For this the neural network technique is utilized that connects the coastal sea level with the regional and global mean via a nonlinear empirical relationship. Two major difficulties are overcome this way: the vertical movement of tide gauges over time and the problem of what weighting function to choose for each individual tide gauge record. Neural networks are also used to fill data gaps in the tide gauge records, which is a prerequisite for our analysis technique. A suite of different gap‐filling strategies is tested which provides information about stability and variance of the results. The global mean sea level for the period January 1900 to December 2006 is estimated to rise at a rate of 1.56 ± 0.25 mm/yr which is reasonably consistent with earlier estimates, but we do not find significant acceleration. The regional mean sea level of the single ocean basins show mixed long‐term behavior. While most of the basins show a sea level rise of varying strength there is an indication for a mean sea level fall in the southern Indian Ocean. Also for the the tropical Indian and the South Atlantic no significant trend can be detected. Nevertheless, the South Atlantic as well as the tropical Atlantic are the only basins that show significant acceleration. On shorter timescales, but longer than the annual cycle, the basins sea level are dominated by oscillations with periods of about 50–75 years and of about 25 years. Consequently, we find high (lagged) correlations between the single basins.

Résumé:
Les variations du niveau des mers, régionales et globales, durant le XXème siècle, sont estimées à partir des enregistrements sur des longues durées des marégraphes. Dans ce but, on utilise la technique du réseau neuronal qui établit une connexion entre le niveau des mers mesurés sur les côtes avec la moyenne régionale ou globale via une relation empirique non linéaire. De cette manière, deux difficultés majeures sont surmontées : le mouvement vertical des marégraphes en fonction du temps et le choix du poids à attribuer aux enregistrements de chaque marégraphe. Les réseaux neuronaux sont aussi utilisés pour combler les vides existants dans les enregistrements des marégraphes, ce qui constitue un préalable pour notre technique d'analyse. Une série de stratégies pour combler les vides est testée pour obtenir des informations sur la stabilité et la variance des résultats. La hausse du niveau moyen global pour la période allant de Janvier 1900 à Décembre 2006 est estimée à 1.56 ± 0.25 mm/an, ce qui est en accord raisonnable avec les précédentes estimations, mais nous ne trouvons pas d'accélération significative. La variation du niveau des mers pour chacun des océans montre un comportement à long terme varié. Alors que la plupart des bassins montre une hausse de niveau de différente amplitude, il existe des indications d'une baisse du niveau moyen dans le Sud de l'océan Indien. De plus, en ce qui concerne l'océan Indien tropical et l'Atlantique Sud aucune variation significative ne peut être trouvée. Néanmoins, l'Atlantique Sud tout comme la région tropicale de l'Atlantique sont les seuls bassins qui montrent une accélération significative. Sur des durées plus courtes mais plus grandes qu'un cycle annuel, les variations du niveau des bassins sont dominées par des oscillations de période d'environ 50-70 ans et d'environ 25 ans. En conséquence, nous trouvons de fortes (et retardées) corrélations entre les différents bassins."

Quelques explications préliminaires :

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1) Les marégraphes (figure ci-contre de l'Université du Colorado) qui mesurent le niveau des océans en bordure des côtes sont basés sur un principe assez simple. On mesure, à l'aide d'un laser et par rapport à un pylône planté dans le sol, l'élévation d'un flotteur placé à l'extrémité d'un ponton qui s'avance dans la mer.
La principale difficulté de ce genre de mesure provient des mouvements tectoniques ou des déformations variées qui affectent le point de référence, c'est à dire la terre ferme (qui, en l'occurence, ne l'est pas !).

C'est dans le but de de tenir compte de ces variations du niveau de référence que sont disposés les différents appareils que l'on voit sur la droite de cette image.
De plus la hausse du niveau des mers peut être corrigée des variations de pression atmosphérique qui influent grandement sur le niveau des océans ainsi que cela a été expliqué dans le billet sur les gyres.
Le niveau des océans est, depuis peu, suivi par les satellites (mesures TOPEX, JASON) .Cependant, ici encore, la mesure absolue est rendue difficile par les imprécisions sur le niveau de référence sans compter que la variation du niveau des océans est une donnée particulièrement hétérogène sur la surface du globe ainsi qu'on le voit sur cette image où les niveaux sont symbolisés par des couleurs. gyre11

 

Par exemple, le niveau de la mer baisse au voisinage de la côte Est de l’Afrique et de la côte Ouest de l’Amérique du Sud et de l’Amérique du Nord, comme on le voit sur l''image ci-contre qui indique l'évolution des niveaux océaniques entre 1993 et 2003 mesurée à partir des données altimétriques des satellites TOPEX-POSEIDON. Il est visible que le niveau des océans a monté dans l'Ouest de l'océan Pacifique mais qu'il a baissé à l'Est.
Tout cela est donc extrêmement inhomogène.

La comparaison des mesures indiquées par les marégraphes ( 1.56 ± 0.25 mm/an) avec les mesures satellitaires récentes (3,2 ± 0.4 mm/an), tout en tirant la conclusion que la hausse du niveau des océans s'accélère est pour le moins fallacieuse. Il s'agit de deux méthodes de mesures différentes qu'il semble, pour l'instant, difficile de réconcilier.
Il n'en reste pas moins que les mesures par marégraphes restent les seules qui remontent loin dans le temps. Si le but est d'évaluer la variation du niveau des océans sur de longues durées comme cela doit se faire en climatologie, seules les mesures marégraphiques sont pertinentes.

Il n'en reste pas moins que le traitement des mesures marégraphiques (et satellitaires) est particulièrement délicat. C'est pourquoi, l'idée des auteurs de l'article commenté ici, est aussi astucieuse que novatrice. La technique des réseaux neuronaux est tout spécialement adaptée au traitement de données complexes affectées par un nombre important de variables plus ou moins bien connues. A ma connaissance, elle n'a pas encore été appliquée au traitement des diverses données climatiques, telles que les températures ou les données dendrochronologiques, par exemple.

2) Brève note sur la technique des réseaux neuronaux artificiels (ou formels):
Le concept des réseaux neuronaux a été énoncé, dès la fin du XIXème siècle, dans le but de modéliser le système nerveux humain. Cependant, l'extension du concept des réseaux de neurones réels aux applications robotiques et à l'analyse de données complexes n'a connu un essor significatif que depuis une vingtaine d'années. (pour plus de détails, voir, par exemple, ce bon article sur Wikipedia).

L'idée fondamentale des réseaux neuronaux artificiels (ou formels) repose sur la notion d'apprentissage. A l'inverse des logiciels informatiques qui procèdent pas à pas et qui requièrent la connaissance et la compréhension de chaque processus devant conduire au résultat, les réseaux neuronaux sont basés sur la connaissance acquise par l'expérience. De manière un peu caricaturale, on pourrait rapprocher l'idée des réseaux neuronaux formels de celle du savoir-faire par opposition au savoir scientifique. Ainsi, un forgeron a-t-il acquis suffisamment d'expérience pour être capable d'avoir une idée précise de la température d'un métal chauffé sans qu'il lui soit nécessaire de connaître la loi de Wien. Un parallèle concernant les réseaux de neurones biologiques peut être fait en remarquant que l'on peut apprendre à distinguer et à identifier le champ du rossignol par rapport à celui du merle, par simple observation, sans posséder aucune connaissance musicale. .
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Du point de vue formel, un réseau de neurones formels est représenté de la même manière qu'un réseau de neurones vivants, c'est à dire comme un réseau de neurones interconnectés par des synapses.
Les entrées sont les données qui peuvent être très nombreuses. Elles sont généralement issues de multiples capteurs.
Les couches de sorties sont, par exemple, les ordres qui sont donnés aux différents actuateurs (micromoteurs, muscles ou autres).
La couche (ou plutôt, les couches) intermédiaires regroupent (par exemple sous la forme d'une série de fonctions de transfert représentées par des matrices) les éléments de calcul résultant de l'apprentissage.

Le succès de la technique des réseaux neuronaux formels dépend évidemment de la multiplicité des exercices d'apprentissage qui permettent peu à peu d'élaborer avec précision les éléments des fonctions de transfert. La structure du réseau de neurones peut être extrêmement complexe comme c'est le cas de celui qui est utilisé par les auteurs de l'article commenté ici.
Les domaines d'applications des ANN (Artificial Neuronal Networks) sont aussi nombreux que variés. C'est ainsi qu'ils sont très utilisés, par exemple, en technique de reconnaissance des formes, en analyse des signaux radars, en diagnostic médical, en applications financières, en pratique des jeux (échecs), en détection et analyse des spams etc. et, évidemment, en tout premier lieu, en robotique. Les réseaux neuronaux sont au coeur de l'IA, l'intelligence artificielle.
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Quelques figures significatives extraites de l'article.

Pour le cas qui nous intéresse ici, les bases de données nécessaires à l'apprentissage des réseaux neuronaux sont issues de différents organismes qui pratiquent les mesures du niveau des mers à l'aide des marégraphes, tels que le CSIRO australien (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, l'équivalent du CNRS pour les français) ou le GFZ ( Deutsches GeoForschungsZentrum, Centre de Recherche en Sciences de la Terre) allemand.
Comme cela est spécifié dans le résumé de l'article, la technique des réseaux neuronaux appliquée aux données des marégraphes, présente trois avantages décisifs : surmonter le problème posé par le mouvement vertical des jauges au cours du temps ainsi que résoudre la question du choix des poids à attribuer aux données de chacun des marégraphes. De plus, les réseaux neuronaux permettent de combler, de manière crédible, les données manquantes dans les enregistrements.

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Fig. 2 : Position des 56 marégraphes sélectionnés, indiqués par des cercles rouges. La quantité de données mensuelles disponibles pour chacun de ces marégraphes est indiquée par la longueur des barres verticales. Les zones colorées indiquent les régions qui sont concernées par cet article.

 

 

 

 


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Variation du niveau moyen global (C'est à dire la hausse moyenne de tous les bassins océaniques). A noter que dans ce graphe comme dans les suivants, les variations annuelles ont été éliminées par filtrage préalable.

Les traits bleus, rouges, noir fin, représentent les résultats obtenus à partir de différents apprentissages (training GFZ, CSIRO, GFZ+CSIRO).
La courbe en trait noir épais représente le résultat obtenu en tenant compte de l'ensemble des bases de données.
Les auteurs ont également fait figurer sur ces graphes les résultats publiés précédemment par d'autres chercheurs (Church et White, et Javrejeva et al en 2006).

On voit immédiatement que la courbe noire (en trait épais) résultante indique une variation quasi constante du niveau global des océans, au moins, depuis 110 ans. A noter que ce résultat est assez proche de celui obtenu par le PSML (Permanent Service For Mean Sea Level Britannique) et que vous retrouverez dans la page des indicateurs.



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La courbe précédente est à rapprocher de celle qui figure dans le dernier Rapport AR4 du GIEC (2007) et qui est accompagnée du texte suivant : "Pour la période allant de 1961 à 2003, la variation moyenne du niveau global, estimée à l'aide des marégraphes, vaut 1.8 ± 0.5 mm/an". Ce qui recoupe le résultat des chercheurs du Alfred Wegener Institute et du PSML cité ci-dessus.

La forme de la courbe est cependant sensiblement différente de celle qui est reportée dans le graphe ci-dessus. En effet, celle-ci montre une concavité notable analogue à celle qui avait été rapportée dans les articles des auteurs précédents ( Church et White, et Jevrejeva et al).

Inutile de rappeler que l'allure de cette courbe, contredite par l'analyse toute récente de Manfred Wenzel et Jens Schröter, a fait couler beaucoup d'encre. Beaucoup y ont vu l'indice d'une accélération de la hausse du niveau des mers et en ont déduit des prévisions apocalyptiques...

Comme je l'ai précisé ci-dessus et dans un billet précédent, les variations du niveau des océans sont très loin d'être homogènes d'un point à l'autre du globe. Les niveaux de certains océans ont baissé. D'autres ont monté. Les comportements sont très variés.
Voici trois exemples des graphes obtenus par les deux chercheurs de
l'Alfred Wegener Institute, cette fois-ci à l'échelle régionale:
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Variation du niveau du bassin Sud de l'Océan Indien de 1900 à 2007.
Comme on le voit le niveau de ce bassin a baissé d'environ 5cm de 1900 à 1965. Il est pratiquement stabilisé depuis 1965.

 

 

 


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Variation du niveau du bassin Sud de l'Atlantique de 1900 à 2007.
Comme on le voit le niveau a baissé d'environ 7 cm de 1900 à 1963 puis est remonté jusqu'à l'époque actuelle où il a retrouvé son étiage actuel.

 

 

 

 

 

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Variation du niveau du bassin de l'Atlantique Nord.
Comme on le voit, la hausse a été remarquablement régulière depuis 100 ans. On ne perçoit aucune concavité indiquant une accélération de cette hausse.

 

 

 

 

 

Manfred Wenzel et Jens Schröter ont étudié en détail les corrélations entre les variations du niveau des mers des différents bassins représentés sur la carte ci-dessus. Ils en concluent qu'il existe des transferts significatifs entre les bassins contigus. A noter aussi que ces chercheurs ont détecté, dans la variation du niveau des mers, des oscillations multidécennales de 50-70 ans de périodes très proches ou identiques à celles que d'autres chercheurs ont retrouvé, entre autres, dans l'analyse des données de température.
A l'évidence, la hausse (ou la baisse) des bassins océaniques est encore très loin d'être comprise. Cette étude et la technique d'analyse par réseaux neuronaux ne sont qu'un premier pas vers la compréhension de ces phénomènes complexes qu'il est encore à présent, et sans doute pour longtemps, impossible de modéliser même en utilisant des modèles sophistiqués océans-atmosphère couplés.

Si vous êtes intéressé par cette problématique de la hausse du niveau des mers, je vous invite à relire un billet précédent qui traite d'un article remarquable :

"The gyre-scale circulation of the North Atlantic and sea level at Brest".

P. L. Woodworth1, N. Pouvreau2, and G. Wöppelmann3
1Proudman Oceanographic Laboratory, Joseph Proudman Building, 6 Brownlow Street, Liverpool L3 5DA, UK
2UMR 5566 LEGOS-CNES, 14 av. Edouard Belin, 31400 Toulouse, France
3UMR 6250 LIENSs, Université de La Rochelle – CNRS, 2 rue Olympe de Gouges, 17000 La Rochelle, France

Comme vous le constaterez, les choses ne sont pas aussi simples que certains s'efforcent de vous le faire croire...


1er Août 2010 : Encore une nouvelle rassurante : Non seulement Les îlots coralliens du Pacifique ne sont pas submergés par la hausse du niveau des océans, mais au contraire, ils "repoussent" quand l'eau monte ! Ils s'adaptent aux variations du niveau des mers.

C'est le constat surprenant que viennent de publier deux chercheurs géologues néo-zélandais dans la revue "Globe and Planetary Change".

Je me fais un plaisir de vous relater le contenu de cet article novateur, non pas tant parce qu'il représente un énorme pavé dans la mare des alarmistes du réchauffement climatique, mais surtout parce qu'il nous montre, une fois de plus, que la Nature a plus d'un tour dans son sac qui déjoue, toujours et encore, notre imagination ainsi que les prévisions et les modèles aussi simplistes que pessimistes.

En guise d'introduction, quelques rappels :

En effet, que n'avons nous pas lu, vu et entendu au sujets des atolls coralliens des Maldives, des chapelets d'îlots coralliens du Pacifique etc...qui devaient tous s'engloutir dans les océans, provoquant l'exode de milliers de "réfugiés climatiques"?
Un vrai déluge submergeait les médias, (à défaut des atolls), à l'instar des histoires sur les ours blancs de l'Arctique agrippés à leur glaçon.
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France 5, la spécialiste du genre, nous racontait, la larme à l'objectif de la caméra, que les habitants de Tuvalu, désespérés, abandonnaient précipitamment leur île (ce qui est complètement faux).

Le président des Maldives organisait un conseil des ministres sous-marin, à 3m sous l'eau, le 17 Octobre 2009, c'est à dire peu de temps avant la réunion de Copenhague, afin d'alerter l'opinion publique internationale sur le risque de disparition de son pays (point culminant à 3 mètres) et des autres pays de l'AOSIS (Association de petits états insulaires vulnérables) (photo ci-contre) etc...

Souvenez-vous aussi de l'histoire de l'atoll de Takuu (un îlot peuplé, situé à l'Est de la Nouvelle Guinée) qui, selon un "expert" de l'Université d'Auckland, devait être engloutie en 2001, au grand dam de la population. Ce qui ne s'est jamais produit, bien entendu. Tout va bien à Takuu.

Le professeur Niels Axel Mörner, un (sinon le) grand spécialiste de ces questions avait beau s'évertuer à essayer de rétablir la vérité sur cette inquiétante perspective (pourtant démentie par les mesures effectuées sur le terrain). Rien n'y faisait. Mörner alla jusqu'à écrire une lettre furibonde au Président des Maldives en lui précisant que les jauges de niveau placées sur les atolls maldiviens n'indiquaient aucune variation depuis 30 ans. Peine perdue.

Il faut reconnaître que les résultats indiqués par les jauges de niveau du Professeur Mörner et de ses collègues, ainsi que les nombreuses observations faites sur place (par exemple, un vieil arbre qui avait poussé sur la plage, à peine au dessus du niveau de la mer, portait récemment encore toutes ses feuilles, jusqu'à ce qu'une nuit, il soit mystérieusement tronçonné...), avaient de quoi surprendre. Les mesures effectuées en d'autres points des océans montraient que le niveau de ces derniers montait de 1 à 3 mm/an.

Comment cela est-il possible ?

Pour comprendre l'étonnante découverte rapportée par les deux chercheurs Néo-zélandais, il est important de savoir comment se sont formés les atolls coralliens. Le dessin ci-contre nous l'explique : webb3

 

1) Il y a des millions d'années, les coraux commencèrent à se développer sur les flances de volcans émergés, créant ainsi des récifs coralliens de forme circulaire.

2) Tandis que le niveau des mers montait (par exemple, +14 mètres depuis 8000 ans), après la fin du dernier âge glaciaire, les coraux ont continués à croître. Les volcans éteints ont disparus sous l'eau du fait de l'érosion et de la hausse du niveau des mers.

3) Les matériaux calcifères résultant des coraux morts se sont déposé sur les récifs semi émergés, créant ainsi des plateformes circulaires.

4) Ces récifs coralliens ont constitué des sortes de pièges qui, du fait des tempêtes, ont été plus ou moins comblés par de nouveaux sédiments (dont du sable de silice). S'y sont ajoutées des débris calcifères provenant des coraux, des squelettes de mollusque, de coquillages qui constituent l'essentiel du sable des plage. Les îlots sont donc entourés d'un cercle de récifs coralliens qui enserrent des lagons. Le squelette de ces îles est donc constitué d'une matière vivante, les coraux, qui évoluent au gré des circonstances et confèrent un caractère dynamique à la conformation des ces îlots.

L'efficacité de ce processus auto-adaptatif par rapport aux variations du niveau marin est indéniable comme le montre l'article paru le 21 Mai 2010 dans la revue Global and Planetary Change.
Le voici :

Titre : "Réponse dynamique des îlots basés sur les récifs vis à vis de la hausse du niveau des mers : Évidences à partir d'une analyse multi-décennale de l'évolution des îles du Centre du Pacifique."
"The dynamic response of reef islands to sea-level rise: Evidence from multi-decadal analysis of island change in the Central Pacific"

Arthur P. Webb (a), Paul S. Kench (b),
(a) Pacific Islands Applied Geoscience Commission, SOPAC, Fiji
(b) School of Environment, The University of Auckland, Private Bag 92019, Auckland, New Zealand

Global and Planetary Change, 72 (2010) 234–246

Comme à l'accoutumée, voici le résumé original suivi d'une traduction en français.

ABSTRACT : Low-lying atoll islands are widely perceived to erode in response to measured and future sea-level rise. Using historical aerial photography and satellite images this study presents the first quantitative analysis of physical changes in 27 atoll islands in the central Pacific over a 19 to 61 yr period. This period of analysis corresponds with instrumental records that show a rate of sea-level rise of 2.0 mm yr−1 in the Pacific. Results show that 86% of islands remained stable (43%) or increased in area (43%) over the timeframe of analysis. Largest decadal rates of increase in island area range between 0.1 to 5.6 ha. Only 14% of study islands exhibited a net reduction in island area. Despite small net changes in area, islands exhibited larger gross changes. This was expressed as changes in the planform configuration and position of islands on reef platforms. Modes of island change included: ocean shoreline displacement toward the lagoon; lagoon shoreline progradation; and, extension of the ends of elongate islands. Collectively these adjustments represent net lagoonward migration of islands in 65% of cases. Results contradict existing paradigms of island response and have significant implications for the consideration of island stability under ongoing sea-level rise in the central Pacific. First, islands are geomorphologically persistent features on atoll reef platforms and can increase in island area despite sea-level change. Second, islands are dynamic landforms that undergo a range of physical adjustments in responses to changing boundary conditions, of which sea level is just one factor. Third, erosion of island shorelines must be reconsidered in the context of physical adjustments of the entire island shoreline as erosion may be balanced by progradation on other sectors of shorelines. Results indicate that the style and magnitude of geomorphic change will vary between islands. Therefore, island nations must place a high priority on resolving the precise styles and rates of change that will occur over the next century and reconsider the implications for adaption.webb6

 

Photo ci-contre : Paul Kench au travail dans les Maldives. Comme on le voit, son activité est probablement moins pénible que celle qui consiste à prélever des carottes de glace au sommet de l'Antarctique...

Résumé : L'idée universellement répandue au sujet des îlots (atolls) de faible élévation au dessus du niveau, c'est qu'ils devraient s'éroder en réponse à la hausse du niveau des mers mesurée et prévue pour le futur.
Notre étude, effectuée
à partir de photographies aériennes historiques et d'images satellites, présente la première analyse quantitative de l'évolution physique des 27 îlots-atolls de la zone centrale du Pacifiques sur une période allant de 19, à 61 ans. Cette période correspond a des enregistrements qui montrent un taux de hausse du niveau de la mer de 2.0mm/an dans le Pacifique.
Les résultats montrent que 86% des îlots sont restés stables ou ont augmenté leur superficie (43%) sur la période de notre analyse. Les augmentations de surface les plus importantes vont de 0,1 hectares à 5,6 hectares. Seulement 14% des îlots étudiés ont montré une diminution globale de leur superficie. Les modes d'évolution des îlots incluent : le déplacement de la ligne de côte vers le lagon; la progradation de la côte des lagons (NdT : Progradation = Accumulation de dépôts sédimentaires sur la marge continentale en progression vers le large, dessinant des biseaux descendants. Traduit une baisse du niveau marin.); et l'extension des extrémités des îles allongées. Pris dans leur ensemble, ces ajustements représentent une migration résultante des îles vers le lagon dans 65% des cas. Ces résultats contredisent les paradigmes sur les réponses des îles et ont des implications significatives pour la considération de la stabilité des îles dans le Pacifique Central.
Tout d'abord, les îles sont des éléments géomorphologiquement persistants sur les plateformes des récifs autour des lagons et sont capables d'augmenter leur superficie en dépit du changement de niveau de la mer. Deuxièmement, les îles sont des territoires dynamiques qui subissent une série d'ajustements physiques de la totalité de la ligne de côte en réponse à des changements des conditions aux limites, dont la variation du niveau de la mer n'est qu'un facteur parmi d'autres. Troisièmement, l'érosion des lignes côtières doit être reconsidérée dans le contexte d'ajustements physiques de l'ensemble de la lignes côtière parce que l'érosion peut être contrebalancée par la progradation d'autres secteurs des lignes côtières. Nos résultats indiquent que le style et l'amplitude des variations géomorphiques variera d'une île à l'autre. C'est pourquoi, les nations îliennes doivent considérer comme une priorité d'analyser les modes précis et les taux de variations qui se produiront dans le courant du siècle à venir et d'en reconsidérer les implications afin de s'adapter..
(Caractères en gras de l'auteur du site).
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Si on voulait résumer le résumé en quelques mots, plus aisément compréhensibles, on dirait que :

Des géologues néozélandais, spécialisés dans l'étude des îlots coralliens, ont comparé des photos aériennes historiques, notamment datant de la dernière guerre (en 1943-44), avec les observations satellitaires récentes.
A la surprise générale, et malgré la hausse constatée du niveau des mers dans cette région du Monde, la très grande majorité des îlots ont augmenté leur superficie ou ne l'ont pas changé depuis 1943-1944. De plus, les chercheurs ont observés des évolutions dans la forme et la position de ces îlots. Les chercheurs en concluent que les îlots coralliens sont, en réalité, des territoires dynamiques qui s'adaptent et croissent de manière à compenser, et parfois au delà, la hausse du niveau des mers. Ils ont notamment observé de nombreuses situations d'accumulation de dépôts sédimentaires sur la marge continentale en progression vers le large, dessinant des biseaux descendants. (Ce qui traduit, très généralement, une baisse du niveau marin et qui est évidemment totalement paradoxal dans un océan en hausse)
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Voici, ci-contre, la zone du Pacifique où se trouvent les 27 îlots coralliens explorés au cours de cette étude. Comme on le voit, les îlots se situent à l'est de l'australie et de la Nouvelle Guinée et au Nord de la Nouvelle Zélande.

Tuvalu et Vanuatu situés au centre de la carte sont les plus connus.

Je rappelle que les Maldives qui présentent un comportement semblable et sur lesquels travaillent aussi Paul Kench et ses collègues, se trouvent au Sud Ouest de l'Inde.

A noter qu'une série de forages prélevés dans les Maldives montre que les îlots actuels ont atteint leur configuration actuelle depuis 4000 à 5000 ans.

 

 

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Deux exemples, parmi beaucoup d'autres, extraits de l'article, de la comparaison entre les photos aériennes prises en 1944 (côtes indiquées en tiretés) et les photos récentes (côtes en trait plein).

Ci-contre à droite : Fig. 8. Lignes de côtes 1944–2006, Îlot de Mwandhom, Atoll Mokil, Etats Fédérés de Micronésie. "Reef rim" désigne la bordure de récifs (coralliens).

Comme on le constate, la superficie de l'île a augmenté presque partout, de 1946 à 2006, à l'exception d'une petite portion située à l'opposé du lagon. L'îlot s'est donc légèrement déplacé vers le lagon comme 65% des îlots répertoriés dans l'article.

Ci-dessous : Fig. 7. Îlot de Sukoru, Atoll Pingelap, Etats Fédérés de Micronésie.
On distingue les arbres sur cette photo. Une fois encore l'îlot a augmenté sa superficie et s'est déplacé vers le lagon.

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A noter qu'une série importante d'îlots coralliens montrent des comportements analogues que l'ont peut observer sur des durées aussi courtes que les 20 dernières années, ce qui signifie que le temps de réponse de ces îlots à une hausse, même faible, du niveau de la mer, est relativement rapide. Il n'en reste pas moins que nul ne peut prévoir ce qu'il se passerait si le niveau des eaux augmentait très rapidement, au point de dépasser la capacité d'adaptation des plateformes coralliennes. Cependant, dans l'état actuel des choses, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

Bien entendu, une partie importante de l'article est consacrée à l'analyse des facteurs qui pourraient faire évoluer dans un sens ou dans l'autre, la protection des îlots vis à vis de la hausse du niveau des mers, offerte par la Nature. On y apprend, en particulier, que les poissons perroquets ainsi que des algues spécifiques jouent un rôle déterminant dans la survie des coraux et donc pour l'avenir des îlots coralliens.
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Un certain nombre d'organes de la grande presse anglophone ou germanophone ont rapporté sur ces observations. L'article le plus complet qui a manifestement servi de références à la plupart des autres publications, provient d'un organe de la grande presse allemande, le Spiegel.

Voici quelques, déclarations de Paul Kench, recueillies par des organes de presse anglophone ou germanophones :

"Ces îles sont comme des organismes vivants qui grossissent. Elles évoluent constamment et parfois même, cessent d'exister". (IPCC news)

""Nous prenons le changement climatique très au sérieux" dit Kench. "Mais de manière à prédire correctement les conséquences réelles pour les atolls, nous devons d'abord comprendre comment ils vont effectivement répondre à une hausse future du niveau des mers". Jusqu'à présent, la recherche sur les conséquences du changement climatique est partie d'un modèle relativement simpliste selon lequel les îlots devraient avoir déjà rétréci depuis un certain temps. En dépit de ses faiblesses, ce modèle est encore utilisé aujourd'hui et a même joué un rôle dans le rapport du GIEC. Kench et ses collègues qui ont baptisé leur groupe de recherche sur les atolls du nom de REEForms (Ndt : Probablement un jeu de mots : REEform (forme des récifs) pour REForme, sous-entendu, réforme du modèle) pensent qu'il est grand temps d'abandonner le modèle." (IPCC news)

Après la révérence requise au "changement climatique", Kench émet de sérieuses réserves sur les modèles "simplistes", utilisés et propagés par les organismes internationaux comme le GIEC..

D'ailleurs, au sein même de l'article commenté ici, Webb et Kench critiquent vertement le modèle utilisé par le GIEC en écrivant (à la page 245) :

"Whilst numerous studies have critiqued the use of this model for predicting shoreline change in response to sea level rise on sandy shorelines (e.g. Cooper and Pilkey, 2004) its continued use and advocacy at an international level is perplexing and ultimately misleading."

"Alors que de nombreuses études ont critiqué l'utilisation de ce modèle (NdT : celui qui est utilisé par le GIEC) pour la prédiction du déplacement de la ligne de côte en réponse à une hausse du niveau marin sur les lignes de côtes sablonneuses, (par exemple : Cooper et Pilkey, 2004), (NdT: soit plusieurs années avant la rédaction du rapport AR4 du GIEC publié en 2007), son utilisation persistante et son apologie au niveau international laissent perplexe et, en définitive, sont trompeuses."
(NDT : C'est une critique non déguisée, en particulier, à l'encontre du rapport AR4 du GIEC : S'agit-il d'un nouvel Atollgate ?)

“Tout le monde pense que toutes les îles sont pareilles. Les gens s’imaginent qu’il s’agit de gros blocs de béton immobiles qui se retrouvent automatiquement noyés lorsque l’eau monte.” Mais les îles ne sont pas statiques. Tuvalu et les autres atolls - des îles coralliennes en forme d’anneau autour d’un lagon - sont particulièrement dynamiques. Les morceaux de corail qui se détachent des récifs sont projetés vers le rivage. “L’histoire de la plupart de ces petits Etats le montre : les îles grandissent, s’érodent ou se modifient en réaction aux tempêtes ou aux cyclones.” Selon Paul Kench, le cyclone Bebe de 1972 a ainsi fait grandir quelques petites îles en y apportant des rocailles. " (Source : Réseau Action Climat qui est évidemment particulièrement alarmiste sur le réchauffement climatique mais qui a repris un article de Leslie Allen du Smithsonian Magazine)

A noter que tout en affirmant que le nombre et l'intensité des cyclones augmente (ce qui est démenti par les observations et qui va à l'encontre de ce que disent les auteurs de l'article qui déclarent que les cyclones et tempêtes sont plutôt des acteurs de renforcement des îles) ), l'article du Smithsonian Magazine, repris par le RAC, cite aussi les observations du Professeur Wolfgang Scherer (en 2000) qui rejoignaient assez précisément celles du Professeur Niels Axel Mörner :

"... Wolfgang Scherer, le directeur du National Tidal Centre (NTC) [centre d’observation des marées], a déclaré qu’après sept ans d’observations et de mesures rien ne permettait d’affirmer que les eaux montaient. Tuvalu a reçu une vraie gifle : le NTC annonçait que le niveau de la mer à Funafuti avait, en réalité, baissé de 8,7 cm depuis 1993.
Cette annonce a provoqué chez certains l’incrédulité quant aux inquiétudes des Tuvaluans. Les dirigeants du pays venaient de demander à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande de leur accorder le statut de réfugiés climatiques. Les sceptiques considèrent maintenant ces pressions comme un stratagème pour favoriser les perspectives économiques des Tuvaluans à l’étranger. "
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Cet article retentissant de Paul Kench et de son collègue Webb a donc fait l'objet d'une diffusion notable dans les autres pays développés et tout spécialement en allemagne, grâce à l'article, fort bien documenté du très réputé Spiegel.

Je n'ai rien vu de tel dans la grande presse écrite francophone ni dans les autres médias nationaux, non plus que sur leurs sites WEB.
Pourquoi ?

Le sort des Maldives, des Seychelles et des autres îlots coralliens, ce n'est pas suffisamment intéressant ?
Un grand titre, en une, du style "L'achat de l'île d'Arros constituait un bon placement" serait plutôt attractif, par les temps qui courent.

Il est clair que les constats de Webb et Kench ne doivent pas faire plaisir à tout le monde, en sus du Président des Maldives et des membres de l'AOSIS...
Quoiqu'il en soit et désormais, si on nous parle des "réfugiés climatiques" des atolls coralliens, nous saurons quoi répondre...

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Addendum du 8 juillet 2010 : Charles Darwin avait correctement décrit (et publié) le processus de construction et d'évolution des atolls, dès 1878 !

Tout le monde sait que Charles Darwin (1809-1882), l'auteur de la célèbre théorie de l'évolution, était un naturaliste hors-pair.
Par contre, peu de gens savent que ses talents d'observateur s'exerçaient également en météorologie et en géologie.
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Sa formation de naturaliste le conduisit à effectuer un long périple autour du monde qui dura cinq années (1831-1836) (représenté sur l'image ci-contre), à bord du HMS Beagle. C'est au cours de ce voyage qu'il effectua un grand nombre d'observations qui devaient constituer l'ossature de la théorie de l'évolution.
Parmi d'autres, il fit aussi une observation remarquable et qui aurait due être reconnue comme telle mais qui fut ignorée par ses successeurs, sur la corrélation étroite qui existe entre les oscillations ENSO (et notamment la Niña) et les sécheresses ainsi que ceci est rappelé dans cet article de l'AMS, l' American Meteorology Soc.

Pour ce qui nous concerne ici, c'est au cours de son périple à bord du Beagle que Charles Darwin émit l'hypothèse selon laquelle les atolls coralliens se formeraient sur des cônes volcaniques en cours de submersion, (comme cela est expliqué ci-dessus), ce qu'il a confirmé par son séjour dans l'archipel corallien de l'océan Indien des îles Cocos (autrefois, îles Keeling).

Un lecteur érudit (que je remercie) m'a transmis des photocopies de quelques pages de la quatrième édition du livre (publié en 1878) que Darwin publia dès 1845, ainsi que l'article de W. J. Sollas (1898), et quelques autres documents, eux aussi à propos des atolls coralliens. darwin1

Voici ci-contre le fac similé de la couverture du livre de Darwin, traduit par M. L. Cosserat:

 

On trouve dans ce livre un certain nombre de remarques et de dessins qui corroborent les découvertes de Webb et Kench décrites ci-dessus. On y lit, en particulier ce texte visionnaire (ci-dessous) de Darwin sur la formation des atolls :

darwin3

Ainsi Darwin avait déjà compris, en 1845, que ce sont les détritus, accumulés par la mer qui déterminent la hauteur maximale des récifs situés sur des plateformes coralliennes.

Quelques décennies plus tard, en 1898, un autre chercheur anglais, W. J. Sollas écrivit un article de revue ("Funafuti : The story of a corall atoll", Natural Science, vol. XIV, N°83) reprenant et développant les idées de Darwin sur la formation et l'évolution des atolls coralliens, appliquées à Funafuti. Son texte et ses observations sont aussi en accord avec l'article de Webb et Kench commenté ci-dessus.

Dès lors, en possession des éléments publiés par Darwin, dès 1845 et repris dans les années qui suivirent, ainsi que des écrits de ses nombreux successeurs comme les auteurs de l'article décrit ci-dessus, on peut se demander quelle est la justification scientifique des modèles utilisés par le GIEC que Kench commente, lors d'un interview, de la manière suivante :

" Jusqu'à présent, la recherche sur les conséquences du changement climatique est partie d'un modèle relativement simpliste selon lequel les îlots devraient avoir déjà rétréci depuis un certain temps. En dépit de ses faiblesses, ce modèle est encore utilisé aujourd'hui et a même joué un rôle dans le rapport du GIEC". alofa

 

Il faut reconnaître que la perspective de l'engloutissement des îlots coralliens permet à certains de faire de la "pédagogie" à bon marché et à d'autres, des "documentaires catastrophes" que l'on passe aux heures de grande écoute pour faire monter l'audimat. Sans préjuger d'autres arrière-pensées.

Tout comme mon lecteur averti qui m'a aussi transmis ce document, je vous invite à prendre connaissance de la plaquette en forme de bande dessinée coéditée par l'Association Alofa-Tuvalu et par l'ADEME qui est une agence gouvernementale, donc financée par l'argent public et censée promouvoir les économies d'énergie à partir de bases scientifiques solidement établies.
Cette plaquette Alofa-Tuvalu ADEME est destinée à sensibiliser les enfants, considérés comme de "futurs émigrés climatiques"...

En voici, la couverture, ci-contre.

On y trouve une chanson savoureuse, écrite par l'auteur de cette plaquette (le chanteur Kent). On y parle de "CouleTuvalu, Venise des mérous".

La rime est assez bien trouvée mais elle ne semble pas du tout émouvoir les habitants de ces territoires. Un article scientifique tout récent montre que ces derniers n'ont d'ailleurs absolument pas l'intention de quitter leurs îlots. D'ailleurs, si le niveau de la mer s'élevait (ce qu'il ne fait pas), qu'est-ce qui les empêcherait de construire des digues comme cela a déjà été pratiqué dans certains atolls pour se prémunir des vagues déferlantes et récupérer du terrain constructible ?

Sans doute, les habitants de Tuvalu ont-ils fait, sur place, les mêmes observations que Webb et Kench, ou encore que les professeurs Niels-Axel Mörner et Wolfgang Scherer, le directeur du National Tidal Centre (NTC) [centre d’observation des marées]et de beaucoup d'autres avant eux, plutôt que de faire confiance aux prédictions du GIEC, une fois de plus, basées sur des modèles simplistes (dixit Kench), exagérément pessimistes et déjà démentis par les faits .

 

18 Juillet 2010 : Il n'y a rien d'exceptionnel dans la fonte actuelle de la glace de la Péninsule Ouest de l'Antarctique. Elle s'est déjà produite plusieurs fois et a été, au moins aussi intense, au cours de l'histoire récente.

Tel est le message rassurant d'un article scientifique qui vient de paraître dans la revue GEOLOGY, en ce mois de Juillet 2010, sous la signature de trois chercheurs américains.

En effet, que n'avons nous pas entendu et lu, sur la disparition "'apocalyptique" et soi-disant "sans précédent" d'énormes blocs de glace détachés de la péninsule Ouest de l'Antarctique ?
Le comportement de la WAP (West Antarctic Peninsula), la Péninsule Antarctique Ouest, a fait l'objet de plusieurs articles scientifiques commentés, plus bas, dans cette même page (ici, ici sur la plaque Wilkin et encore ici). Inutile de préciser que les résultats de la recherche scientifique n'ont pratiquement rien à voir avec les déclarations alarmistes entendues et lues ici ou là.
Certains "reporters" n'ont pourtant pas hésité à réutiliser (sans le préciser) des photos prises lors des années précédentes, pour maintenir le lecteur en haleine, année après année....

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A défaut d'observer la moindre diminution de la banquise de l'immense continent Antarctique qui, bien au contraire, s'agrandit d'année en année, comme le montre le graphique ci-contre du NSIDC (actualisé au 16 juillet 2010, voir sur cette page), l'attention des médias et de certains "experts" s'était entièrement focalisée sur la petite péninsule Ouest qui n'est d'ailleurs rien d'autre que le prolongement de la Cordillère des Andes américaine.
De fait, cette péninsule Ouest est parsemée de sommets qui culminent à 2800m et une activité volcanique intense y a été clairement identifiée.

Ainsi, faute de faire les gros titres avec la banquise du vaste continent du pôle Sud qui "ne va pas dans le bon sens", la Péninsule Ouest de l'Antarctique est devenue, pour beaucoup, "le canari dans la mine" du réchauffement climatique anthropique au pôle Sud, à l'instar de la mer glacée Arctique pour le pôle Nord. Tout ce qui se produisait dans la Péninsule résultait de l'activité humaine, bien entendu....

Comme toujours et plus spécialement pour ce qui concerne le climat de notre planète, les leçons du passé sont bonnes à prendre. En effet, l'alarmisme ambiant prend sa source dans le caractère soi-disant "sans précédent" des observations objectives effectuées sur le terrain. Lesquelles se limitent, en général, et pour ce qui concerne le pôle Sud, au trois dernières décennies correspondant à l'ére spatiale (c'est à dire l'ère des satellites). C'est très (trop) peu, pour déclarer que ce qu'il se passe actuellement est "sans précédent", comme va nous le montrer l'article scientifique qui est le sujet de ce billet.

Inutile de dire que les découvertes que je vais décrire ci-dessous ne vont pas faire plaisir à tout le monde.
Je serais vraiment très étonné que l'article suivant, pourtant dûment peer-reviewé et publié dans une revue appréciée, soit cité dans le prochain rapport du GIEC (l'AR5).
Voici donc cet article dont Phil Jones, l'ex-directeur du CRU, récemment réhabilité par la Commission Muir Russel, pourrait écrire à Michael Mann (comme il l'a fait dans les courriers du Climategate, au sujet d'autres articles peer-reviewés mais "dérangeants") : "Je ne vois pas comment un seul de ces articles pourrait figurer dans le prochain rapport du GIEC. Kevin (NdT: Kevin Trenberth) et moi nous l'empêcherons par n'importe quel moyen, même si pour cela nous devons redéfinir ce qu'est la littérature revue par les pairs !" (Sic).
Cela méritait bien une absolution.

Et de fait, cet article est particulièrement perturbant puisqu'il montre explicitement, preuves à l'appui, que la fonte locale de la Péninsule Ouest de l'Antarctique n'est pas du tout "sans précédent"....Bien au contraire.
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GEOLOGY 38 (7): 635. (Juillet 2010)

Réduction de la couverture de glace dans la Péninsule Ouest de l'Antarctique, de 700 à 970 ans avant le présent.
Reduced ice extent on the western Antarctic Peninsula at 700–970 cal. yr B.P.
B.L. Hall, T. Koffman, and G.H. Denton
Department of Earth Sciences and the Climate Change Institute, University of Maine, Orono, Maine 04469, USA
Raytheon Polar Services, Centennial, Colorado 80112, USA

Je rappelle que la datation fréquemment utilisée par les géologues, "700 avant le présent" signifie, par convention, 700 ans avant 1950, soit l'année 1250 après J.C. De 700 à 970 avant le présent couvre donc la période allant de 980 à 1250 après J.C. de notre calendrier.

Comme à l'accoutumée, voici le résumé original en anglais suivi d'une traduction en français.

Abstract: Rapid warming and consequent ice-shelf collapse have focused attention on the glacial record of the Antarctic Peninsula. Here, we present the first record of terrestrial organic material exposed by recently retreating ice that bears on past glacier extent and climate in this sensitive region. Radiocarbon dates show that ice on Anvers Island was at or behind its present position at 700–970 cal. yr B.P., coincident with ice reduction elsewhere in the Southern Hemisphere. Moreover, the data indicate that present reduced ice extent on the western Antarctic Peninsula is not unprecedented and is similar to that experienced during at least three periods in the last 5600 yr.

Résumé : "Le réchauffement rapide et l'écroulement subséquent d'importantes plaques de glace ont attiré l'attention sur l'évolution de la glace de la Péninsule Antarctique. Dans cet article, nous présentons les premières données tirées de matériaux organiques terrestres qui ont été mis à jour lors des retraits glaciaires récents. Ils apportent des enseignements sur l'étendue passée du glacier et sur le climat de cette région sensible. La datation au radio-carbone montre que la glace sur l'île d'Anvers était identique ou en retrait par rapport à sa position actuelle pendant la période 770-970 BP (NdT : Before Present : avant le présent), ce qui coïncide avec la réduction de la glace observée ailleurs dans l'hémisphère Sud.
De plus, nos données montrent que la réduction de l'extension de la glace dans la Péninsule Ouest de l'Antarctique n'est pas sans précédent et qu'elle est semblable à celle qui a eu lieu pendant, au moins, trois périodes durant les 5600 dernières années."
(caractères engraissés par l'auteur du site)
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Où ont été faites les observations rapportées dans cet article ? wap1

 

 

Extrait de la Figure 1. : Carte détaillée de la péninsule Ouest de l'Antarctique avec indication de la position de l'île d'Anvers où ont été prélevés les échantillons utilisés pour cet article.

Insert en haut à gauche : situation de la Péninsule Ouest de l'Antarctique par rapport au continent Antarctique.

 

 

 

 

 

Voici comment ont été obtenus les échantillons de matériaux organiques anciens qui sont utilisés dans cette publication :wap6

 

Comme on le voit sur la photo ci-contre qui est un extrait de la Figure 2 de l'article, le retrait récent de la couverture glacée de l'île d'Anvers, laisse à découvert certaines zones qui apparaissent en noir sur la photo.
L'échelle est indiquée par le skieur présent sur la photo (sans doute un membre de l'équipe de recherche). Les dates indiquées dans les encadrés blancs sont les dates calendaires B.P. obtenues par datation au carbone 14, accompagnées de leur marges d'erreur.
Ces zones découvertes par le retrait du glacier qui figure à l'arrière plan de la photo originale, laissent apparaître des mousses anciennes (moss) ainsi que des coquillages (shells) qu'il suffit de dater. Il est inutile de préciser que le fait que des mousses et des coquillages aient pu se développer à cet endroit, indique que cette partie du glacier était dépourvue de couverture glacée à cette époque reculée. Ce qui montre que le recul du glacier était au moins aussi important que le recul actuel, comme le notent les chercheurs dans le résumé (citation extraite du résumé : " la glace sur l'île d'Anvers était identique ou en retrait par rapport à sa position actuelle").

Voici, maintenant les résultats des datations effectuées par les chercheurs sur les échantillons prélevés dans les divers sites découverts par le retrait du glacier.

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Table 1 : Données issues de la datation au radio-carbone (C14) tirées des mousses et des coquillages récemment découverts par le retrait de la glace.

La datation est indiquée dans la 5ème colonne (Cal. age yr BP) (années avant le présent). On y voit que des coquillages datent de 3719 et 5535 avant le présent.Les mousses, elles, datent de la période 700-970 avant le présent.

 

Dans la suite de l'article, les chercheurs comparent leurs résultats avec ceux qui ont été obtenus dans différentes régions du monde. Pour l'hémisphère Nord, ils prennent l'exemple des glaciers Suisses que nous avons déjà évoqués dans cette page. Pour l'hémisphère Sud, et outre la Péninsule Ouest Antarctique, les chercheurs ont collecté les données issues de mesures effectuées en Nouvelle Zélande.

Voici une reproduction de la Fig. 4 de l'article, accompagnée d'une traduction de sa légende :

wap2

 

Figure 4. "Comparaison des datations des mousses avec des données bien datées provenant des hémisphères Nord et Sud, modifiées selon Schaefer et al (2009).

Le graphe en haut montre les fluctuations des glaciers Alpins (Holzhauser et al., 2005), tandis que celui du dessous indique les températures en Nouvelle Zélande tirées des cernes de croissance des arbres (Cook et al, 2002), les dates des épisodes de construction des moraines en Nouvelle Zélande obtenues à partir du Be10 cosmogénique (Shaefer et al, 2009, indiquées comme des probabilités, les probabilités élevées indiquant l'époque de la formation des moraines), ainsi qu'un graphique de probabilité indiquant l'époque des mousses (cet article). Noter que la période de chaleur déduite de ces observations (déduite des dates des mousses et représentée en grisé) de la Péninsule Ouest de l'Antarctique est contemporaine d'un réchauffement analogue et d'un retrait des glaciers observé en Nouvelle Zélande."

 

Notez que cette période de réchauffement du pôle Sud correspond, comme le précisent les auteurs, au premier "blip" du refroidissement de l'hémisphère Nord, annonçant la venue du petit âge glaciaire (les glaciers Suisses ont avancé) subséquent. Le petit âge glaciaire s'est prolongé pendant plusieurs siècles jusque vers 1900.

Comme toujours, la conclusion de cet article résume le contenu de la publication et ouvre des perspectives. Elle est intéressante à plusieurs titres et se distingue notablement de celles de nombreux articles que nous avons commentés, en ce sens qu'on n'y trouve aucune "phrase magique", ni aucune révérence au réchauffement climatique anthropique. Au contraire, même, si on en juge par les quelques dernières phrases de cet article que voici :

Fin de la conclusion de l'article :

..."Moreover, in contrast to our data, glacial records from Europe show that the first pulse of the Little Ice Age occurred at ca. 700–970 cal. yr B.P. (Fig. 4). If our interpretations of western Antarctic Peninsula data are correct, then this hints at asynchronous behavior between at least parts of the two hemispheres, a conclusion also reached by Schaefer et al. (2009) and Ljung and Björck (2007), among others. Such asynchrony, if borne out by additional data, would argue against hypotheses of millennial-scale climate change involving direct solar or greenhousegas forcing and favor instead mechanisms such as the bipolar seesaw (Broecker, 1998, 2001) or control by local insolation or wind patterns."

Et une traduction de cet extrait :

"De plus, et à l'opposé de nos données, les enregistrements de glace Européens montrent que la première impulsion du Petit Âge Glaciaire s'est produite vers 700-970 avant le présent (Fig. 4). Si nos interprétations sur la Péninsule Ouest de l'Antarctique sont correctes, ceci met en évidence le comportement asynchrone d'au moins des parties des deux hémisphères. C'est une conclusion à laquelle sont déjà parvenus Schaefer et al (2009), ainsi que Ljung et Björck (2007), parmi d'autres. Une telle asynchronisation, si elle est supportée par des mesures supplémentaires, irait à l'encontre de changements climatiques à l'échelle du millénaire impliquant l'action directe du soleil ou du forçage par les gaz à effet de serre. Au contraire, elle irait en faveur de mécanismes tels que celui de la bascule bipolaire (Broeker, 1998, 2001) ou du contrôle par l'insolation locale ou les régimes de vents."

Voilà qui nous ramène, en particulier, à l'excellent article de Petr Chylek et al sur la bascule polaire que vous trouverez ci-dessous.

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Cet article montre clairement que le recul des glaciers de la Péninsule Ouest de l'Antarctique s'est produit plusieurs fois au cours de l'histoire récente, à des époques où l'influence humaine ne peut être mise en cause.
Nul doute qu'il ne recevra rigoureusement aucune couverture médiatique et qu'il demeurera enfoui dans les oubliettes sans fond où vont s'accumuler les articles peer-reviewés "dérangeants", passés sous silence par le GIEC et ses disciples.

J'espère me tromper.
Un débat scientifique, sans aucune exclusive, finira-t-il, peut-être, par voir le jour...
En matière de Sciences, les faits finissent toujours par s'imposer. Mais l'attente peut parfois être très longue.

 

08 Juillet 2010 : La bascule polaire : Quand l'antarctique se refroidit, l'arctique se réchauffe et vice-versa, et ceci tout au long du XXème siècle. L'Oscillation Multidécennale Atlantique (AMO) serait la cause de ce couplage. Ce basculement, parfaitement naturel, pourrait être responsable d'au moins la moitié du réchauffement de l'Arctique. C'est ce qu'a montré, tout récemment, une équipe de chercheurs américains, canadiens et du royaume-uni.

C'est la "bascule polaire" que j'avais déjà évoquée dans ce billet à propos d'un article sur la cosmoclimatologie de
Svensmark. tapecul


Le terme anglais pour désigner cette "bascule" est "seesaw" qui se traduit pluôt en français par "tapecul", une sorte de balançoire enfantine représentée ci-contre. En langage plus savant, on dirait "un système à deux états stables ou bistable, ou encore flip-flop (langage des électroniciens) ou système bi-polaire (cad à deux pôles qui n'ont rien à voir ici avec les pôles terrestres)". "Tapecul" est une traduction probablement plus exacte et plus imagée pour "seesaw" que "balance", mais je me voyais mal intituler cet article par "le tapecul polaire" comme vous le comprendrez aisément.

En guise d'introduction ...

Cette découverte (pour ce qui concerne le XXème siècle, car, en réalité, cette observation est connue aussi pour des temps reculés) est d'une assez grande importance dans le débat (pour ne pas dire la bataille), qui oppose les tenants de la thèse officielle du GIEC à ceux qui défendent l'idée que les variations climatiques actuelles sont, sinon en totalité du moins en grande partie, d'origine naturelle. En effet et comme vous l'avez certainement lu et entendu à de multiples reprises, l'Arctique est considéré par les supporters de la thèse officielle, comme "le canari dans la mine".
Selon ces derniers, si la température augmente au pôle Nord et si la mer de glace Arctique où les glaciers du Groenland fondent, "c'est de la faute au CO2 anthropique", parce que, selon les modèles informatiques du GIEC, l'Arctique serait particulièrement sensible au réchauffement (anthropique).

D'où une kyrielle de "processions aéroportées" (pour reprendre l'expression ironique de Pierre Morel) de personnalités VIP (ministres, conseillers soigneusement sélectionnés etc.), en direction du pôle Nord, organisées par les supporters du GIEC (voir ici et aussi ici) pour assister au recul d'un glacier... qui, en réalité, a commencé, au moins, depuis les années 1800.

Bizarrement, comme certains l'ont fait remarquer, l'Antarctique -le pôle Sud- n'a jamais bénéficié des honneurs de telles "processions aéroportées".

On s'en étonne car, comme chacun le sait, le continent Antarctique est de très loin, la plus grande réserve d'eau glacée de la planète. Sa fonte, si elle se produisait, pourrait avoir de graves conséquences sur le niveau des mers alors que celle de la mer Arctique n'en aurait pratiquement aucune. Alors pourquoi ce désintérêt médiatico-politique pour l'immense continent Antarctique ?

De fait, comme le savent bien ceux qui suivent avec attention les indicateurs climatiques, la banquise Antarctique non seulement ne fond pas (ce qui n'est pas très spectaculaire), mais elle a, actuellement, même tendance à accroître son immense surface, d'année en année. Même si la (relativement) petite péninsule Ouest qui n'est rien d'autre que le prolongement Sud de la cordillère des Andes a tendance à fondre, localement pour des raisons qui n'ont d'ailleurs pas grand-chose à voir avec le réchauffement anthropique.

Si vous vous hasardez à poser la question à des supporters du GIEC, ils vous répondront immanquablement que, bien que s'agissant des deux pôles de la planète, l'Antarctique n'a vraiment rien a voir avec l'Arctique et que la situation y est complètement différente.
Ce sont deux mondes complètement distincts, nous dit-on. L'Antarctique est un continent. L'Arctique, une mer glacée (en oubliant au passage, le Groenland). On vous expliquera aussi que l'Antarctique est certainement affecté par le trou de l'ozone et un "vortex polaire", que les cendres (soot) ne s'y déposent pas de la même façon qu'en Arctique (ce qui est exact), que l'Arctique est directement couplé au réchauffement anthropique (c'est même le "canari dans la mine") tandis que l'Antarctique qui est une sorte de continent "isolé", lui, ne l'est pas etc... On vous dira, de toute manière, "rassurez-vous, on a tenu compte de tout. Tout cela est prévu par les modèles informatiques hypersophistiqués qui traitent chacun des pôles selon ses spécificités". D'ailleurs et en règle générale, les modèles informatiques ont toujours tout prévu. Quoiqu'il arrive.

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Et c'est ainsi que l'Arctique et ses ours blancs sont devenus les totems des thuriféraires du réchauffement climatique anthropique, prôné par le GIEC et donc, le sujet favori des journalistes scientifiques francophones, et aussi (hélas) de quelques responsables politiques. Mettre en berne la bannière du Réchauffement Climatique Anthropique que représente l'Arctique, c'est porter un rude coup à l'"Establishment climatique".

 

Maintenant que vous connaissez le contexte et l'état d'esprit des supporters de "l'Establishment climatique " sur cette question, vous pouvez imaginer le malaise ressenti, ou les haussements d'épaules, quand ils voient publier, dans une des meilleures revues scientifiques, sous la plume d'auteurs reconnus et appréciés, un article qui montre que les températures de l'Arctique et de l'Antarctique ne sont pas du tout indépendantes l'une de l'autre, mais, au contraire, qu'elles sont fortement corrélées et qu'au moins 50% de l'évolution récente de la température Arctique serait due à un phénomène aussi cyclique que naturel...
Voici l'article en question :

Bascule bi-polaire du vingtième siècle des températures de surface de l'Arctique et de l'Antarctique.
"Twentieth century bipolar seesaw of the Arctic and Antarctic surface air temperatures"

Petr Chylek, Chris K. Folland, Glen Lesins, and Manvendra K. Dubey.

P. Chylek, Space and Remote Sensing, Los Alamos National Laboratory, USA
M. K. Dubey, Earth and Environmental Sciences, Los Alamos National Laboratory, USA
C. K. Folland, Met Office Hadley Centre for Climate Change, UK
G. Lesins, Department of Physics and Atmospheric Science, Dalhousie University, Canada.

GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS, VOL. 37, L08703, doi:10.1029/2010GL042793, 2010 (publié le 22 Avril 2010).

Comme à l'accoutumé voici le résumé original suivi d'une traduction :

4. Summary
A bi‐polar seesaw pattern of the paleo temperature has been observed earlier in the Greenland and Antarctic ice core data. For the first time we identify a bi‐polar seesaw pattern in the 20th century Arctic and Antarctic instrumental temperature records. The detrended multidecadal scale variability of the Arctic and Antarctic temperature time series are highly anticorrelated. When the Arctic warms Antarctica cools and vice versa. This multidecadal variability combines with the general warming trend (presumably dominated by anthropogenic GHGs) to produce the observed Arctic and Antarctic temperature patterns. The intense Arctic warming since the 1970s (Figure 1a) arises from an additive combination of the general global warming trend with the warming phase of the multidecadal climate oscillation, while in Antarctica the cooling phase of the multidecadal oscillation opposes the general warming trend leading to essentially no significant Antarctic temperature change since the 1970s (Figure 1b). [18] The high correlation of the polar de‐trended temperature time series with the AMO index suggests that the variability of the Atlantic ocean circulation might serve as a link with the bi‐polar temperature seesaw pattern. The observed seesaw pattern is consistent with the model of the interhemispheric ocean circulation that includes a strong upwelling along the Antarctic Circumpolar Current.

4. Résumé :
"Un basculement bi-polaire de la paléo-température a été déjà observé dans les données des carottages glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. Nous identifions, pour la première fois, un comportement de bascule bi-polaire dans les données de température instrumentales du XXème siècle de l'Arctique et de l'Antarctique. La variabilité sur une échelle multidécennale corrigée des séries de données de la température Arctique et Antarctique sont fortement corrélées. Quand l'arctique se réchauffe, l'Antarctique se refroidit et vice versa. Cette variabilité multidécennale se combine avec la tendance au réchauffement global (qui est présumée dominée par les gaz à effets de serre anthropiques) pour conduire aux tendances observées des températures Arctique et Antarctique. Le réchauffement intense de l'Arctique depuis 1970 (Fig. 1a) résulte d'une combinaison additive du réchauffement global avec la phase de réchauffement de l'oscillation multidécennale du climat tandis qu'en Antarctique la phase de refroidissement de l'oscillation multidécennale s'oppose au réchauffement général, conduisant à une variation de température non significative depuis les années 1970 (Fig. 1b). La forte corrélation des données de température polaire corrigées avec l'indice de l'AMO suggère que la variabilité de la circulation de l'océan Atlantique pourrait servir de lien pour la bascule bi-polaire des températures. Le basculement observé est cohérent avec le modèle de circulation hémisphérique qui implique une forte remontée de courants le long du Courant Circumpolaire Antarctique."
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chylek

J'ai déjà souvent évoqué les articles ou les déclarations de Petr Chylek, le responsable de cette publication, dans plusieurs billets (ici, ici, ici et (réflexions sur les suites du Climategate). Petr Chylek qui est un scientifique renommé et expérimenté (cad plus très jeune) du SRS de Los Alamos, ne se considère pas comme un climato-sceptique mais plutôt comme un "réaliste". Il se base essentiellement sur les observations et, le plus souvent, ses observations dérangent.
Les faits sont têtus, disent les scientifiques.

Voici, par exemple, comment, Chylek et ses collègues expliquent, dans l'introduction de cet article, la motivation de leur recherche sur l'évolution comparée des températures de l'Arctique et de l'Antarctique.
Je rappelle que les textes publiés au GRL sont divisés en paragraphes numérotés, ce qui facilite les citations et le processus de referee.

Au paragraphe [3], Chylek et al reconnaissent que les modèles dits AOGCM (Modèles de Circulations Générale de l'Atmosphère et des Océans ont assez correctement prévu le réchauffement récent de l'Arctique par rapport au réchauffement global, mais, au paragraphe suivant [4] Chylek ajoute que :

[4] However, there are still unanswered questions concerning the Arctic climate and its evolution that cast some doubt on the above explanation. The first problem is that the early 20th century (1910–1940) rate of the Arctic warming (0.63 K/decade) was at least as high as the 1980–2008 warming rate (0.60 K/decade), suggesting that natural climate variability can produce a warming similar to the present one. Furthermore, none of the AOGCMs used in the IPCC 2007 climate assessment report has been able to reproduce the early 20th century (1910–1940) Arctic warming followed by a sharp cooling period (1940–1970), although all models simulated the post 1970s warming trend [Gillett et al., 2008]. Consequently our understanding of Arctic climate, its internal variability, its drivers and responses is not yet complete.

"Cependant, il y a encore des questions non résolues sur le climat de l'Arctique qui jettent un certain doute sur l'explication ci-dessus (NdT : celle des modèles AOGCM). Le premier problème est le fait que le taux de réchauffement de l'Arctique ( 0,63K/décennie) durant la première partie du XXème siècle (1910-1940) était, au moins, aussi élevé que le taux de réchauffement de la période 1980-2008 (0,60K/décennie), ce qui suggère que la variabilité naturelle du climat peut produire un réchauffement similaire au réchauffement actuel. De plus, aucun des modèles AOGCM utilisés dans le rapport sur les attributions du climat du GIEC 2007 (NdT : AR4), n'a été capable de reproduire le réchauffement de l'Arctique du début du XXème siècle (1910-1940) suivi d'une période de refroidissement brutal (1940-1970), bien que tous les modèles simulent la tendance au réchauffement post-1970 [Gillett et al, 2008]. Ainsi, notre compréhension du climat de l'Arctique, de ses moteurs et de ses réponses, n'est pas encore complète."

temp1900-2010

C'est le moins que l'on puisse dire.
J'ajouterais qu'on pourrait fort bien transposer les remarques (cruelles) de Chylek qui concernent le climat Arctique au climat global, en reproduisant le graphe des mesures de la température globale officielle du HadCruT (UK) et GISTEMP de la NASA, utilisée par le GIEC. A noter que (les mesures satellitaires n'ont débuté qu'à partir de 1979.
Le voici ci-contre.
On peut aisément retrouver ces courbes en utilisant les graphiques interactifs mentionnés dans la page "indicateurs" de ce site).

Comme vous le voyez et comme Chylek et al le font remarquer pour la température Arctique, le taux de croissance (la pente) de la température du globe de 1910 à 1940 est très semblable à celui qui a été observé de 1980 à 2008. On voit aussi très bien le refroidissement des années 1945-1976, évoqué par Chylek.

Alors que, comme chacun le sait, le taux de CO2 atmosphérique a "considérablement" varié entre ces deux périodes, passant de (280-290) ppm pour la première période à 380 ppm en fin de la deuxième période... Ce graphe ne figure pas dans l'article de Chylek et al.

Au paragraphe [5] de l'article, Chylek et al nous mettent sur la voie de la conclusion de l'article :

[5]. In the following we show that the multidecadal scale variability of detrended Arctic and Antarctic temperature time series were highly anticorrelated during the 20th century. Consequently we suggest that the Atlantic Ocean may provide the physical link leading to the coherent multidecadal scale climate changes of opposite phases in the two polar regions. We further suggest the ocean variability contributed at least as much to the recent Arctic warming as the increase of atmospheric concentration of greenhouse gases (GHGs).

[3]" Dans la suite nous montrons que la variabilité, à l'échelle multidécennale, des séries temporelles de la température corrigée (NdT : C'est à dire la température à laquelle on a soustrait une tendance croissante à peu près linéaire pour la période) de l'Arctique et de l'Antarctique ont été fortement anticorrélées pendant le XXème siècle. En conséquence, nous suggérons qu'il est possible que l'Océan Atlantique constitue le lien cohérent qui conduit à des changements climatiques de phases opposées, à l'échelle multidécennale, de ces deux régions polaires. De plus nous suggérons que la variabilité océanique a contribué au moins autant au récent réchauffement de l'Arctique que la concentration de l'atmosphère en gaz à effet de serre (GES).

Voilà qui est clair.chylek1

Voici, ci-contre, la figure maîtresse de l'article de Chylek et al, accompagnée de la traduction de sa légende :

 

"Figure 2. (a) Séries temporelles de température corrigées
de l'Arctique (en bleu )
de l'Antarctique (en rouge ).
Les données sont lissées avec une moyenne glissante sur une durée de 11 ans (lignes fines) et de 17 ans (lignes épaisses)."

A noter que les axes des ordonnées sont graduées en Kelvin (ou °C). Les courbes représentent les variations dT (les "anomalies") par rapport à une température de référence.

 

 

 

 

"(b) Les valeurs annuelles de indice de l'AMO [d'après Parker et al., 2007] (ligne fine) et la moyenne glissante sur 17 ans (ligne épaisse)."

 

 

 

 

Ces corrélations se passent de commentaires. D'autant plus qu'elles sont renforcées par un diagramme d'auto-corrélation présenté vers la fin de la l'article. Dans la suite, Chylek et al. envisagent les différents mécanismes de circulations océaniques qui pourraient expliquer cette observation aussi remarquable que dérangeante. Je ne peux détailler, ici, les mécanismes invoqués. On les retrouvera dans l'article original.

Plus loin, au paragraphe [16], Chylek et al notent que :

[16] The Arctic and Antarctic temperature seesaw pattern has also been observed in paleo ice core records [Blunier et al., 1998; Blunier and Brook, 2001] and reproduced in paleoclimate modeling []. Thus polar seesaw patterns similar to the one observed during the 20th century may have indeed existed during the past centuries and millennia.

[16]" Le phénomène de bascule des températures de l'Arctique et de l'Antarctique a été aussi observé dans les paléo-enregistrements des carottes de glaces ( [Blunier et al., 1998; Blunier et Brook, 2001] et reproduits dans les modèles paléoclimatiques ( Toggweiler et Bjornsson, 2000). Ainsi, il est possible que le comportement de bascule polaire, semblable à celui qui est observé pour le XXème siècle, ait, en réalité, existé durant les siècles et les millénaires écoulés."
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Commentaires :

1) On pourrait s'étonner de voir figurer le nom d'un membre du Hadley Center (UK) (C.K. Folland), parmi les auteurs de cet article très dérangeant pour l'Establishment. En effet, le Hadley Center constitue, avec le CRU (de East Anglia, le coeur du Climategate) le fer de lance du GIEC au Royaume Uni, et même, au plan mondial.

A mon avis, C.K. Folland n'a pris aucun risque en cosignant cet article, puisqu'il est couvert par sa patronne, Vicky Pope, la responsable des prévisions climatiques au Hadley Center. Cette dernière a affirmé, lors du WCC3 (en début Septembre 2009), que les pertes dramatiques de la glace Arctique résultaient, en partie, des cycles naturels plutôt que du réchauffement climatique du globe.
De fait, Vicky Pope et Chris Folland du Hadley Center sont dans la ligne de cet article de Chylek et al. C'est une évolution aussi récente et étonnante qu'encourageante.

2) Au vu des résultats présentés par Chylek et al, dans cet article, on ne peut s'empêcher de faire remarquer que si le GIEC avait été créé dans les années 1950-1975, c'est l'Antarctique, et non pas l'Arctique, qui aurait été désigné comme le "canari dans la mine".
La presse, les médias et les journalistes "scientifiques", nous auraient menacé d'un désastre planétaire, d'une montée catastrophique du niveau des mers etc. Les politiques auraient suivi le train de même que les créateurs de films catastrophes. Al Gore aurait créé un oped apocalyptique qu'on aurait distribué dans les écoles.
On vous aurait certainement expliqué que la fonte de l'Antarctique résultait de l'activité humaine c'est à dire, à l'époque, des essais nucléaires ou de la pollution industrielle (les aérosols), sans doute les deux. Ce qu'auraient, bien entendu, immédiatement "prouvé", sans ambigüité, les modèles informatiques du GIEC. Une taxe et une bourse d'échange des permis de polluer aurait été mise en place..
Heureusement, à l'époque, personne ne scrutait, à la loupe, le réchauffement de l'Antarctique et il faisait plutôt froid sur la surface du Globe. En réalité, on craignait un nouvel âge glaciaire ce qui a motivé quelques prédictions croustillantes qui n'ont guère dépassé le stade de l'anecdote. Nous l'avons échappé belle !

Compte tenu du caractère cyclique de l'évolution des températures polaires (période 60 ans, une fois encore), il y a gros à parier que l'Arctique qui avait aussi beaucoup fondu dans les années 1930, va rebondir dans les années qui viennent et que l'Antarctique, se réchauffant à son tour, deviendra l'objet de toutes les attentions du GIEC (si Dieu lui prête vie). On peut, sans trop de risque, commencer à préparer les "processions aéroportées" des alarmistes, des journalistes et des politiques, vers l'antarctique, dans les années qui viennent...Quant aux ours blancs, ils seront remplacés, dans l'imagerie populaire, par les manchots empereur, ou, encore, les krills (petites crevettes indispensables à la survie animale en antarctique).
En aparté, j''ajoute qu'il ne faut pas croire que la température est le paramètre fondamental qui régit la fonte des glaciers et des terres englacées du Groenland et de la péninsule Ouest de l'Antarctique. Ce sont les vents et les courants marins comme l'ont montré plusieurs articles parus en 2008.

3) Que va-t-il se passer à la suite de la publication de cet article aussi intéressant que dérangeant ? Compte tenu de notre (longue) expérience dans ce domaine, nous pouvons vous certifier que :

-Les médias n'en parleront pas. Les journalistes scientifiques de la presse à grand tirage (qui s'amenuise) n'en diront pas un mot. Comme d'habitude.
-Les scientifiques du GIEC "oublieront" cet article comme ils l'ont fait pour la plupart de ceux qui sont répertoriés dans ce site. Rien de tel que le silence..
-Le prochain rapport du GIEC (l'AR5) ignorera purement et simplement cet article comme tous ceux (notamment ceux qui traitent de l'influence du soleil) qui jettent un doute sur le crédo.
A moins que Vicky Pope du Hadley Center ou encore Mojib Latif, se décident et parviennent à faire entendre leurs voix. C'est peu probable, mais qui sait ?

Comme me l'a fait remarquer un lecteur averti, il est amusant et intéressant de constater que, peu à peu, les supporters du GIEC commencent à prendre conscience de l'importance cruciale de la variabilité naturelle. Ce que beaucoup de scientifiques sensés considéraient comme un préalable indispensable dès lors qu'il s'agit d'étudier l'influence éventuelle de l'activité humaine sur le climat.

En d'autres termes, il aurait peut-être été plus judicieux d'avoir bien compris le fonctionnement réel de la machine climatique avant de se demander comment et si on pouvait le changer...Cela aurait évité bien des surprises comme celle exposée ci-dessus.
Qui n'est d'ailleurs qu'un exemple parmi beaucoup d'autres...

 

 

Juin 2010 : La fonte des glaciers alpins suisses est corrélée à l'Oscillation Multidécennale Atlantique !
huss23

Envers et contre tout, loin du battage médiatique, des chercheurs consciencieux continuent à faire progresser nos connaissances sur le climat. Et tout particulièrement celles qui vont dans le sens des variations climatiques naturelles...le plus souvent ignorées par la "science officielle".

Une équipe de chercheurs suisses vient de publier un article particulièrement intéressant sur la fonte des glaciers suisses. Ils montrent qu' au moins une grande partie des variations de la fonte et de l'avancée de ces glaciers, sur une durée de 100 ans, suit les oscillations naturelles de la température de l'Atlantique Nord, avec une demi-période proche de 30 ans que l'on retrouve dans de multiples autres observations. D'autre part, ils montrent que la signature de l'Oscillation Multidécennale Atlantique est clairement visible dans la fonte et l'avancée des glaciers suisses depuis 250 ans...

Le titre de cet article est :

"100‐year mass changes in the Swiss Alps linked to the Atlantic Multidecadal Oscillation"
"La variation de la masse des glaciers des Alpes suisses depuis 100 ans, est liée à l'Oscillation Multidécennale Atlantique "

Matthias Huss, Regine Hock, Andreas Bauder, and Martin Funk (Universités de Fribourg et de Zürich)
Publié le 22 Mai 2010 dans Geophys. Res. Lett., 37, L10501, doi:10.1029/2010GL042616.

Cet article fait suite au précédent article de l'équipe de Mathias Huss que j'avais commenté en Janvier 2010 et qui était intitulé
" Fonte prononcée des glaciers Alpins dans les années 1940 due à une forte irradiance solaire" (GRL Vol 36, L23501, doi : 10.1029/2009GL040789, 2009).

Voici le résumé : L'original en anglais, puis une traduction en français.

Thirty new 100‐year records of glacier surface mass balance, accumulation and melt in the Swiss Alps are presented. The time series are based on a comprehensive set of field data and distributed modeling and provide insights into the glacier‐climate linkage. Considerable mass loss over the 20th century is evident for all glaciers, but rates differ strongly. Glacier mass loss shows multidecadal variations and was particularly rapid in the 1940s and since the 1980s. Mass balance is significantly anticorrelated to the Atlantic Multidecadal Oscillation (AMO) index assumed to be linked to thermohaline ocean circulation. We show that North Atlantic variability had a recognizable impact on glacier changes in the Swiss Alps for at least 250 years.

"Nous présentons trente nouveaux enregistrements du bilan de la masse des glaciers de surface pendant 100 ans, ainsi que l'accumulation et la fonte dans les Alpes suisses. Les séries temporelles reposent sur un jeu complet de données d'observations sur le terrain et sur une modélisation distribuée qui procurent des informations sur le lien entre le climat et les glaciers. Une perte de masse considérable est évidente pour tous les glaciers au cours du XXème siècle, mais les taux de fontes diffèrent fortement. La perte de masse des glaciers montre des variations multidécennales. Elle était particulièrement rapide dans les années 1940 et depuis les années 1980. Le bilan de masse est anti-corrélé de manière significative à l'indice de l'Oscillation Multidécennale Atlantique (AMO) qui est supposé être lié à la circulation thermohaline océanique. Nous montrons que la variabilité Nord-Atlantique a un impact reconnaissable sur les variations des glaciers dans les Alpes Suisses depuis, au moins, 250 ans."

Comme dans leur précédent article, Huss et ses collègues montrent une carte détaillée situant les 30 glaciers des Alpes Suisses qui ont servi de base à leur étude, puis un graphe indiquant les périodes de fonte et d'avancée de ces glaciers (1910, 1980) de 1905 à nos jours.

Voici maintenant les deux figures maîtresses de l'article de Huss et al. Elles sont parfaitement explicites.

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La première (Fig 3) permet une comparaison visuelle entre les taux d'accumulation et de précipitation avec la fonte des glaciers ( courbe a) en rouge, melting anomaly), l'anomalie du bilan de masse des glaciers et l'indice de l'Oscillation Multidécennale Atlantique.de 1905 à nos jours.

 

Figure 3.

a) moyenne glissante lissée sur 11 ans de la fonte annuelle des glaciers moyennée sur 30 glaciers.

b) accumulation annuelle (en trait épais) et anomalie de précipitations (en tiretés (par rapport à la moyenne 1908-2008)


(c) Anomalie annuelle du bilan massique Une sinusoïde superposée à une tendance linéaire est indiquée.

(d) Indice de l'Oscillation Multidécennale Atlantique AMO [Enfield et al., 2001].

Les paramètres des fonctions sinusoïdales des figures 3c et 3d sont basés sur une méthode des moindres carrés.

 

Ainsi que le font remarquer les auteurs de cet article, on observe une anticorrélation entre l'indice de l'AMO et l'anomalie du bilan de masse de la moyenne des trente glaciers. Compte tenu des fluctuations inhérentes à ces mesures, on peut estimer que l'anticorrélation est nette. En bref, elle se traduit par la constatation : Indice de l'AMO en phase positive (c'est à dire océan Atlantique plus chaud) => fonte des glaciers des Alpes Suisses. Et vice-versa.

La deuxième figure (Figure 4) remarquable de l'article de Huss et al, remonte plus loin dans le temps en utilisant une reconstruction publiée de l'indice de l'AMO à partir de 1750, un relevé des températures (publié) durant les mois de fonte (Juin-Juillet-Août) depuis 1750 ainsi que les relevés archivés de fonte/avancée d'un glacier suisse (le U. Grindelwaldgletscher) qui remonte jusque vers 1750.

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Figure 4.

"(a) Reconstruction de l'indice de l'AMO [Gray et al.,2004] (NDT : courbe en bleu)
de 1750 à 1985

(b)Températures de l'air durant l'été (Juin-Juillet-Août) obtenues par des mesures thermométriques dans la grande Région Alpine (Filtre passe-bas de 11 ans appliqué) [Auer et al., 2007] (NDT : Courbe en rouge)

(c) Variation de longueur mesurée du glacier U. Grindelwaldgletscher [Holzhauser and Zumbühl, 1999]; (NDT : Courbe en noir)

Les lignes bleues indiquent les phases d'avancée du glacier en réponse à des températures plus froides."

On observe un retard de l'ordre de 5 à 10 ans entre le refroidissement et l'avancée du glacier.

Conclusion : " Our 100‐year glacier mass balance time series, unprecedented in length and coverage, provide a highly resolved data basis in the spatial and temporal domain for analyzing the response of mountain glaciers to the 20th century climate change, and for upscaling measurements from individual glaciers to entire mountain ranges. The data show that the glacier mass budget in the Swiss Alps varies in phase with the AMO, and is thus related to North Atlantic variability. This indicates that up to half of the recently accelerated mass loss might be due to natural multidecadal climate variations that might reduce the rate of Alpine glacier wastage in the next decades. Linking accumulation and ablation processes on mountain glaciers to multidecadal oscillatory modes and large‐scale forcing is important for projections of future glacier change and associated impacts."

Conclusion : "Nos séries temporelles du bilan de la masse des glaciers sur 100 ans, sans précédent pour ce qui est de l'étendue temporelle et du nombre de glaciers concernés, procurent une base de données à haute résolution aussi bien pour l'étendue géographique que pour la durée, destinée à l'analyse de la réponse des glaciers montagneux au changement climatique du XXième siècle et aussi pour étendre l'analyse de glaciers spécifiques à l'échelle de montagnes toutes entières. Les données montrent que le bilan de masse des glaciers dans les Alpes Suisses varie en phase avec l'AMO et se trouve donc relié à la variabilité Nord Atlantique. Ceci indique qu'au moins la moitié de la réduction accélérée de la perte de masse pourrait résulter des variations climatiques naturelles multidécennales. Ceci pourrait conduire à une réduction de la perte des glaciers dans les prochaines décades. La considération du lien entre les processus d'accumulation et d'ablation des glaciers de montagne avec les modes oscillatoires multidécennaux et les forçages à grande échelle, est importante pour les prévisions des évolutions futures des glaciers et de leurs impacts associés."
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Notes complémentaires :

1) Cet article, pour l'instant limité à l'étude de l'évolution des glaciers des Alpes Suisses, ouvre des perspectives intéressantes pour l'étude de l'évolution d'une grande partie des glaciers de la planète. C'est d'ailleurs ce que reconnaît Quirin Schiermeier dans un article de Nature qui commente les résultats obtenus par Matthias Huss et son équipe. Par ailleurs, Schiermeier est connu par les lecteurs de ce site pour avoir rédigé, en 2007 et toujours dans Nature, un commentaire soi-disant définitif, d'un article de Lockwood et Fröhlich intitulé " " No solar hiding place for greenhouse sceptics" : " Le soleil ne fournit pas de refuge pour les sceptiques de l'effet de serre".
Dans le cas présent, Schiermeir et ses intervenants semblent enfin avoir compris qu'il existait des causes naturelles qui pouvaient influer sur les observables climatiques de manière significative (50 % concèdent-ils, dans le cas présent). C'est un progrès considérable même si Matthias Huss n'oublie pas d'énoncer la petite phrase magique (selon Lindzen) qui lui permet de rappeler à tous, et notamment à ses contractants, que ce n'est pas parce qu'il publie des observations manifestement contraires au credo en vigueur... qu'il a perdu la foi. .

2) Ce n'est pas, loin de là, la première fois que la fonte de glaciers a été finalement attribuée à d'autres causes que le "réchauffement climatique anthropique".
Sans oublier les exagérations ridicules sur les prévisions de fonte comme dans l'AR4 du GIEC au sujet de l'Himalaya.

Souvenons-nous aussi de "l'affaire du Kilimandjaro" ou encore de celle de la fonte des glaciers arctiques (au Groenland, visité par une kyrielle de Ministres, convenablement accompagnés) et antarctiques, toutes deux attribuées aux variations des courants et des vents océaniques, en 2008. Je rappelle ci-dessous quelques observations tirées d'un article de Science (Kerr) commentant deux articles successifs publiés dans Nature Geosciences et au GRL à ce sujet :

Texte original en anglais: " The surge of glaciers draining both the Greenland and West Antarctic ice sheets has alarmed scientists and the public alike. Global warming appeared to be taking an early toll on the planet’s largest stores of ice while acceleratingthe rise of sea level. But two new studies point to random, wind-induced circulation changes in the ocean—not global warming—as the dominant cause of the recent ice losses through those glaciers."

" La déferlante des glaciers qui s'écoulent aussi bien du Groenland que des surfaces glacées de la péninsule Ouest de l'Antarctique ont alarmé les scientifiques comme le grand public. Le réchauffement climatique semblait avoir effectué un prélèvement anticipé sur la plus grande réserve de glace de la planète tout en contribuant à une accélération de la hausse du niveau des océans. Cependant, deux études récentes montrent que des changements aléatoires de circulation des océans, dus aux vents, sont la cause principale -et non pas le réchauffement global- des pertes récentes enregistrées sur ces glaciers." (Caractères engraissés par le traducteur).

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3) Alors, où en est l'AMO en ce mois de Juin 2010 ?

Les données sur la situation de l'Oscillation Multidécennale Atlantique ainsi que sur un grand nombre d'autres indicateurs intéressant le climat, sont collationnées sur le site interactif de l'ESRL de la NOAA.

Voici, ci-contre, tirée de ces données, l'évolution de l'AMO (données mensuelles non lissées) de 1948 à nos jours. Comme on le devine sur la droite de ce graphique, (d'autres graphiques sont plus explicites) nous entamons actuellement la phase décroissante de l'AMO ce qui justifie la phrase de la conclusion de l'article de Huss et al. "Ceci pourrait conduire à une réduction de la perte des glaciers dans les prochaines décades."
Ce qui est conforme à la période de refroidissement prévue dans l'analyse "bilan" rapportée dans une autre page de ce site.

A noter aussi que nous sommes également rentrés dans une phase de refroidissement de la PDO (Oscillation Décennale Pacifique)...Brr.....

Nos connaissances progressent inéluctablement (irrémédiablement, pensent certains) dans ce domaine comme dans les autres.

Comme disent les scientifiques : "Les faits sont têtus".

23 Mars 2010 : Une nouvelle machine à remonter le temps : La paléoclimatologie par les coquillages.

Tout le monde connaît la dendrochronologie, ses qualités et ses défauts. L'application à la climatologie de cette méthode qui consiste à mesurer l'épaisseur des anneaux de croissance des arbres a fait l'objet de nombreuses controverses, fréquemment évoquées dans ce site. Le principal défaut de cette technique est que la croissance des arbres n'est pas seulement déterminée par la température ambiante mais aussi par l'humidité, le taux de CO2, les attaques parasitaires, le partage des ressources avec les végétaux environnants etc... Sans oublier le fait, découvert récemment, que, dans un certaine mesure, les arbres optimisent leur propre température qui peut-être différente de celle du milieu environnant, de manière à ne pas trop souffrir des écarts de température.wpatterson


Le texte de Nature News (Publié online 8 March 2010 | Nature | doi:10.1038/news.2010.110) rapporte sur un papier dans les Proceedings of the National Academy of Science (US) PNAS (Patterson, W. P., Dietrich, K. A., Holmden, C. & Andrews, J. T. Proc. Natl Acad. Sci. USA doi: 10.1073/pnas.0902522107 (2010)). L'auteur principal de cet article est William Patterson (ci-contre (alors qu'il était jeune !)), à ne pas confondre avec Tim Patterson qui, lui, étudie les fossiles de poissons aux environs du Canada et qui enseignait la théorie de l'effet de serre à ses étudiants jusqu'à ce qu'il devienne un solariste convaincu après avoir observé les séquences des cycles solaires dans ses échantillons).
William (Bill) Patterson,
dont il est question ici, est un chimiste des isotopes (ou un géochimiste des isotopes comme Jean Jouzel et Claude Allègre, entre autres). Il est professeur et directeur du laboratoire des isotopes de l'Université de Saskatchewan dans le Saskatoon au Canada.
La présentation de Nature News est parfaitement claire. En voici une traduction presque complète, accompagnée de quelques explications (en italique)

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naturenewsLes coquillages pourraient supplanter les données climatiques obtenues à partir des anneaux des arbres.palourde
Les enregistrements des températures tirés des coquilles de palourde révèlent l'exactitude des sagas norvégiennes.

par Richard A. Lovett

Les isotopes de l'oxygène contenu dans les coquilles de palourdes peuvent nous fournir l'enregistrement le plus détaillé, à ce jour, du changement climatique du globe, selon une équipe de scientifiques qui a étudié une collecte de mollusques Islandais anciens .

La plupart des données paléoclimatiques nous donnent des informations seulement sur des températures moyennées sur une année, déclare William Patterson, un chimiste des isotopes de l'Université de Saskatchewan au Saskatoon, Canada, et auteur principal de cette étude. Mais les mollusques ont une croissance constante et les niveaux des différents isotopes de l'oxygène contenus dans les coquilles varient avec la température de l'eau dans laquelle ils vivent. Plus l'eau est froide, plus grande est la proportion de l'isotope lourd de l'oxygène, O18. (NDT: Ceci se comprend aisément si on se souvient que la température mesure l'agitation thermique. A haute température, l'agitation thermique est importante et les isotopes O16 et O18 qui ne diffèrent que par leurs masses spécifiques très peu différentes, sont bien mélangés. Par contre, à température plus basse, le mélange ne se fait plus de façon complète et l'élément le plus lourd (O18) se retrouve majoritairement en bas. C'est exactement le même principe qui est utilisé dans l'analyse des carottages glaciaires).

L'étude s'est faite à partir de 26 coquilles trouvées dans les noyaux de sédiments extraits dans une baie Islandaise. (NDT : On effectue un forage dans la boue sédimentaire déposée au fond de l'eau au cours des millénaires . La profondeur à laquelle se trouvent les coquilles donne l'âge de ces coquilles. Ceci ressemble encore aux carottages glaciaires). Mais parce que les palourdes ont une durée de vie typique de 2 à 9 ans, le rapport des concentrations des isotopes de chacun de ces coquillages nous procure une fenêtre de 2 à 9 ans sur les conditions environnementales qu'elles ont connu pendant leur vie.

L'équipe de Patterson a utilisé un échantillonneur robotisé qui découpe de fines tranches tirées de chaque couche des bandes de croissance des coquillages. Celles-ci sont alors introduites dans un spectrographe de masse qui mesure la quantité d'isotopes dans chaque couche. A partir de ces résultats, les chercheurs ont pu évaluer les conditions dans lesquelles chaque couche a été formée.

"Ce que nous obtenons ainsi, c'est de la "paléo-météorologie" (NDT : météorologie sur de courtes durées par opposition à la climatologie sur de longues durées. Patterson veut ainsi dire qu'il obtient une résolution temporelle exceptionnellement fine). Nous pouvons reconstruire les températures avec une résolution temporelle plus petite que la semaine en utilisant ces techniques. Pour des palourdes plus grosses nous pourrions parvenir jusqu'à une résolution d'une journée."

"C'est un progrès important en paléoclimatologie", ajoute-t-il, "parce qu'il permet aux chercheurs de déterminer, non seulement les variations des températures moyennes mais aussi comment ces variations ont joué, individuellement, chaque été et chaque hiver".

" Nous commettons souvent l'erreur de dire que la température moyenne annuelle était plus élevée ou plus basse à une certaine époque ", dit Patterson "Mais ceci est relativement sans signification en termes de changements saisonniers"

"Par exemple, dans l'ancienne Islande Norvégienne - qui couvre une partie des 2000 années sur lesquelles porte cette étude- les fermiers dépendaient des produits laitiers et de l'agriculture". "Pour les produits laitiers, l'été est, de loin, le plus important", dit-il "Une baisse de température estivale de un degré pendant l'été en Islande résulte en une perte de 15% du rendement de l'agriculture . Si ceci se produit deux années de suite, votre famille est sur la paille."

Du point de vue technique, les mollusques enregistrent la température de l'eau et non celle de l'air. Mais les deux sont étroitement liées - tout particulièrement à proximité de la côte où la plupart des gens vivaient. "Ainsi, quand les températures de l'eau montent, les températures de l'air aussi. Quand les températures de l'eau baissent, les températures de l'air aussi," déclare Patterson.
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Voici, ci-dessous, la figure maîtresse qui figure dans l'article de Patterson et de ses collègues. L'axe des ordonnées est gradué en °C. Noter l'amplitude considérable des variations de températures. L'axe des abscisses est en années. On voit que les palourdes ont permis de remonter jusqu'à l'an 350 avant JC. On distingue très bien la période romaine chaude, l'Optimum Médiéval (MWP) avec ses périodes de froidure et de famine que l'on rapporte dans les sagas norvégiennes, ainsi que le petit âge glaciaire (LIA) vers 1700. Les mêmes sagas rapportent aussi les colonisations en Islande (vers 870) et au Groenland (vers 990) en traits gris, comme on le voit sur la figure. A noter que ces mesures basées sur les anneaux des palourdes donnent des résultats assez proches (mais avec une bien meilleure résolution temporelle) de ceux obtenus par les carottages glaciaires GISP2 de la NOAA au Groenland que j'avais évoqués en décembre 2009. D'après ces mesures, la période romaine a été beaucoup plus chaude que l'optimum médiéval qui, lui-même, a été nettement plus chaud que la période actuelle qui se situe à environ à 1,3°C (en moyenne annuelle) au dessus de la température qui régnait en 1700 (Scafetta). Les ronds, croix, triangles etc en couleurs pleines sont relatifs aux températures d'été. Les symboles vides sont relatifs aux températures hivernales.

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Voici la fin du résumé de l'article au PNAS (le début ne mentionnant que des éléments rappelés ci-dessus) :(NDT : AD = après JC. BC = avant JC)

" Des périodes de froid remarquables (360 B.C. à 240 B.C.; A.D. 410; et A.D. 1380 à 1420) et des périodes chaudes (230 B.C. à A.D. 140 et A.D. 640 à 760) sont observées en termes de contraste entre les températures d'été et d'hiver ainsi qu'en termes de variabilité des températures saisonnières.
La littérature datant de la période Viking (c'est à dire de 790 à 1070) pendant l'établissement des colonies norvégiennes (et plus tard) en Islande et au Groenland, permettent une comparaison entre les enregistrements des températures par le delta O18 et les données historiques, démontrant ainsi l'impact des extrêmes climatiques saisonniers sur l'installation, le développement et, dans certains cas, sur la disparition des sociétés dans l'Atlantique Nord. "

Sur le site de l'OCN, (L'Université de Patterson) on trouve une autre description de cette découverte. Entre autres, on y lit que

" Ainsi, quand la température a baissé de plusieurs degrés en quelque chose comme quelques mois; ceci a affecté toutes les formes de vie. Pour cette raison, Patterson pense que découvrir autant qu'on le peut l'histoire du climat est la seule manière de faire des plans sur le futur du climat qui est en train de changer, une fois de plus, rapidement.
Nombreux sont ceux qui pensent que la température change plus vite qu'elle ne l'a jamais fait et ceci est faux. Cela s'est produit à de nombreuses reprises au cours du temps." dit Patterson.

Nul ne sait encore quel sera l'avenir de cette découverte qui semble très prometteuse. Cependant, l'un des commentaires qui figure sur le site de Nature News à la suite du texte que j'ai traduit ci-dessus, pourrait, malheureusement, s'avérer exact, tant est biaisé le débat actuel sur la science climatique. Voici ce commentaire d'un dénommé Brian Hall :

"Il est très improbable qu'il (NDT : Patterson) obtienne des fonds pour les études complémentaires. Il a déjà mis en évidence le mensonge d'une grande partie des hypothèses en vogue et des conclusions des bailleurs de fonds et on ne lui fournira aucune aide pour provoquer de nouveaux dommages à l'orthodoxie.
NDT : Le commentaire s'achève sur un jeu de mots approprié :
Sorry, Patterson. Time to clam up! Désolé Patterson, il est temps de la boucler ! ("clam up" signifie la boucler ou la fermer en anglais, et clam = palourde) "

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Des américains facétieux et qui ne manquent pas d'humour ont baptisé cette nouvelle méthode la "paleo-clamatology" (sachant que clam signifie palourde en anglais)..

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D'autres, non moins moqueurs, se sont amusé à bricoler la célèbre photographie de Michael Mann, l'inventeur de la crosse de hockey tant contestée, qu'il a obtenu en 1998 grâce à la dendrochronologie...en substituant aux sections d'arbres que présentait M. Mann, des palourdes de bonne taille !

 

 

 

Conclusion :
Wait and see !
Un peu hors sujet : Je me souviens d'une idée amusante évoquée par Georges Charpak (je crois) qui suggérait que l'on pourrait peut-être entendre la voix des ouvriers et des bruits présents dans les ateliers de poterie de nos lointains ancètres (tels les grecs de l'histoire ancienne). L'idée est que les vibrations des outils des potiers qui faisaient monter la glaise sur leurs tours, y ont enregistré les sons environnants, exactement comme l'on gravait nos tous premiers disques. Je ne crois pas que quelqu'un ait tenté l'expérience.
De même, la microscopie ultrasonore permet de retrouver les gravures qui existaient sur les pièces de monnaies, désormais totalement effacées par le temps. Idem pour les parchemins effacés où l'on peut ainsi retrouver les textes disparus. L'idée est que le matériau a été, en quelque sorte, "écroui" à l'endroit écrasé par le stylet ou l'instrument du graveur. Les parties ainsi autrefois déformées ne possèdent pas les mêmes propriétés élastiques que leurs voisines, ce que le microscope à ultrasons détecte très bien. J'ai vu cette expérience : C'est très spectaculaire !

Bref, quand on les laisse travailler et que la politique ne s'en mêle pas, les chercheurs ne manquent pas d'imagination !
Bravo et bonne chance, Bill !

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12 Mars 2010 : Lindzen, l'Arctique et le CO2.

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Ne comptant pas trop sur les médias pour vous en parler, je voudrais vous faire partager quelques remarques astucieuses, sur le climat de l'arctique, faites par Richard Lindzen du MIT lors d'une conférence qu'il a donnée récemment (10 février 2010) au FermiLab (célèbre laboratoire des hautes énergies US). Cette conférence que je vous encourage vivement à visionner intégralement était intitulée : " La curieuse question du réchauffement climatique". (Diapo de présentation ci-contre)

Comme vous le savez, Richard Lindzen, un éminent climatologue (physique de l'atmosphère) du Massachusetts Institute of Technology, s'efforce, depuis plusieurs années, d'introduire un peu de raison dans un débat qui a été, surtout chez nous et jusqu'à présent, plus ou moins séquestré par le GIEC, les médias, les politiques, sans oublier quelques bloggueurs. J'ai déjà eu l'occasion de citer et de traduire quelques-uns de ses écrits dont celui que vous trouverez sur cette page. (traduit avec deux lecteurs avertis et l'aide de l'épouse de Lindzen, soi-même).

Les remarques de Lindzen portent sur l'effet de serre anthropique sur la fonte de l'Arctique, (ou plutôt sur l'absence de cet effet). Nous savons tous que la fonte de l'Arctique est, selon certains, le "canari dans la mine" autrement dit le tout premier indicateur du réchauffement climatique anthropique. Malgré de nombreuses publications qui remettent en doute la fonte anthropique des glaces polaires et notamment celles du Groenland, cette question est ainsi devenue, au cours des années, l'icône médiatico-politique du réchauffement climatique au même titre que la disparition des ours blancs qui continuent à fréquenter, en nombre croissant, les régions polaires.
Les diapos suivantes, tirées de la conférence de Lindzen, se trouvent à partir du compteur 16:12. En voici un extrait accompagné de leur explication en français.

Lindzen nous dit :

"Le fait de se focaliser sur le réchauffement résultant du CO2 a, sans aucun doute, inhibé les progrès dans la compréhension du climat. Les diapos suivantes montre comment cela se produit. Elles montrent les températures quotidiennes en arctique pour chaque jour disponible pour une réanalyse depuis 1958. Elle montrent aussi la température moyenne pour chaque jour.

Si on se focalise sur les variations des températures moyennées annuellement, on laisse passer des informations cruciales et ces informations nous en apprennent vraiment beaucoup. "

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Voici la première d'une série de diapos du même type que Lindzen nous projette. Ces diapos montrent de graphes des variations de température de l'Arctique, jour après jour, sur une année entière, pour des années différentes. Ils sont publiés par le "Center for Ocean and Ice" de l'Institut de Météorologie Danois. (DMI). Vous les retrouverez, pour l'époque actuelle, dans la page indicateurs. Ces diapos sont difficilement lisibles sous ce format, à cause du facteur de réduction. Vous le retrouverez, avec une meilleure netteté, en visionnant la vidéo de la conférence indiquée plus haut. A noter que l'échelle verticale est graduée en K (Kelvin. On ne dit pas en degrés K.).

Néanmoins, elles sont suffisamment nettes pour nous permettre de suivre le raisonnement de Lindzen. Les graphes ci-contre correspondent aux années 1958, 2004, 2006, 2009. Lindzen explique qu'on peut visionner toute la collection mais que cela conduira aux mêmes observations.

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Lindzen nous fait remarquer que "nous voyons, par exemple que les températures en été ne varient pas". (d'une année sur l'autre)
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NDT : Pour vérifier, par vous même, cette constatation de Richard Lindzen, je vous conseille d'aller sur le site du DMI (COI) Danois qui vous donne accès à toutes les courbes de température depuis 1958. Sur la partie gauche de la page, vous trouverez le tableau ci-contre. En cliquant sur les étiquettes des années, vous pourrez faire défiler tous les graphes des années que vous choisirez et observer, qu'en effet, la température durant l'été boréal (autour du jour 200) est pratiquement constante durant toute cette période (1958-2009).
C'est très spectaculaire.

La courbe moyenne qui figure sur ces graphes est celle de la période 1958-2002.

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Sur la diapo ci-contre, Lindzen fait remarquer qu' "en hiver, nous observons d'immenses fluctuations de température - fréquentes et aussi grandes que 20°C. "
Il déclare "Tous les hivers. Quelquefois, c'est grand, quelquefois c'est petit. Il n'y a pas de comportement systématique."
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Lindzen montre ensuite les graphes des années 1960, 1970, 1980, 1990 sur lesquels on peut observer les mêmes comportement qu'il a décrit dans les diapos précédentes. Il note que "Si on se focalise sur les petits résidus de ces grands changement, on rate un aspect crucial de la physique." fermilin6

Lindzen conclue :

"Les diapos précédentes illustrent le fait que durant les étés, quand il y a la lumière du soleil, les températures sont, en grande partie, déterminées par l'équilibre radiatif local. En revanche, pendant la nuit d'hiver, les températures seraient encore plus froides qu'elle le sont s'il n'y avait pas le transport de chaleur venant des latitudes plus basses. Ce transport se fait par des convections turbulentes ou des tempêtes.
La compréhension des températures de l'arctique doit impliquer la compréhension de la raison pour laquelle ces tempêtes pénètrent en arctique de manière erratique. Au vu du comportement des températures estivales, le CO2 n'est pas, de manière évidente, un facteur déterminant."

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Dans la diapo suivante, Lindzen nous lit une description apocalyptique sur les glaces de l'arctique qui n'est rien d'autre que ce qu'on lit et voit continuellement dans les médias :

"L'Océan Arctique se réchauffe, les icebergs se font de plus en plus rares et dans certains endroits les phoques trouvent l'eau trop chaude. Tous les rapports pointent vers un changement radical des conditions climatiques et jusqu'à des températures inconnues jusqu'à présent dans la zone arctique. Des expéditions nous rapportent que pratiquement aucune glace n'a été vue au dessus d'une latitude de 81 degrés 29 minutes. D'énormes masse de glace ont été remplacées par des moraines de terre et des pierres tandis qu'en de nombreux endroits, des glaciers bien connus ont entièrement disparu."

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Et Lindzen montre la diapo suivante et ajoute que "Le problème est que ceci vient du Bureau Météorologique des Etats Unis en ... 1922 ! " fermilin9

Lindzen ajoute que l'Arctique est notoirement variable. Il aurait pu relater des affirmations analogues proférées à différentes époque. Il précise que le facteur principal qui détermine l'englacement de l'artique est le vent qui, venant du sud, est poussé dans les détroits entourant la mer arctique....

Un peu plus loin, au cours de cette même conférence, Lindzen présente ses résultats sur les différences entre les flux SW (short wave) sortants de l'atmosphère (dits TOA) donnés par les modèles et mesurés par différents systèmes (ERBE, CERES). Lindzen a tenu compte des remarques de l'article "commentaire" de Trenberth mais cela ne change pas le résultat : Modèles et observations divergent...

Conclusion : Bel exemple de sciences de l'observation. N'est-ce pas ?
Sans oublier l'humour ! Je ne suis pas certain qu'il amusera tout le monde...


Merci au lecteur averti qui m'a donné le lien de cette conférence passionnante.

23 Février 2010 : Encore une nouvelle rassurante : Contrairement aux prévisions apocalyptiques de certains, un article tout récent, sous presse au Geophysical Research Letters (GRL), indique que la Circulation Méridionale Atlantique (dont fait partie le Gulf Stream) ne montre aucun signe d'essoufflement. Et ceci, en contradiction avec les prévisions des modèles... willis2009


Cet article à GRL est signé par Josh Willis, plusieurs fois mentionné dans ce site, notamment au sujet du contenu thermique des océans qui, lui non plus, ne varie pas comme le voulaient les modèles. Comme le savent les lecteurs de ce site Josh Willis est le grand responsable du Projet Argo. Il n'est pas un climato-sceptique. Simplement un scientifique rigoureux.
Argo, ce sont quelques 3300 bouées-balises sophistiquées distribuées de par le monde, destinées à l'analyse des données fondamentales (température, salinité, dérive etc) de la couche supérieure (jusqu'à -1000 m quand même) des océans. Ces engins "intelligents" sont capables de plonger, de dériver avec les courants, puis de remonter en surface pour transmettre les résultats de leurs observations aux satellites dédiés.

Le titre du récent article de Josh Willis, dont il est question ici, est le suivant : "Can In-Situ Floats and Satellite Altimeters Detect Long-Term Changes in Atlantic Ocean Overturning?" Soit : " Les bouées in-situ et les altimètres satellitaires sont-ils capables de détecter les changements à long terme du Renversement de l'Océan Atlantique ?"

Comme vous le savez, Josh K. Willis fait partie du Jet Propulsion Laboratory (JPL)
CALTECH (Pasadena CA 91109), USA.

Voici le résumé de cet article. Il nous dit tout. L'original d'abord, puis une traduction en français, comme d'habitude.

"Global warming has been predicted to slow the Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC), resulting in significant regional climate impacts across the North Atlantic and beyond. Here, satellite observations of sea surface height (SSH) along with temperature, salinity and velocity from profiling floats are used to estimate changes in the northward-flowing, upper limb of the AMOC at latitudes around 41°N. The 2004 through 2006 mean overturning is found to be 15.5 ± 2.4 Sv (10
6 m3/s) with somewhat smaller seasonal and interannual variability than at lower latitudes. There is no significant trend in overturning strength between 2002 and 2009. Altimeter data, however, suggest an increase of 2.6 Sv since 1993, consistent with North Atlantic warming during this same period. Despite significant seasonal to interannual fluctuations, these observations demonstrate that substantial slowing of the AMOC did not occur during the past 7 yearsand is unlikely to have occurred in the past 2 decades."

"Il a été prédit que le réchauffement global ralentirait la Circulation Méridionale Atlantique (AMOC), ce qui aurait des impacts significatifs au niveau du climat régional à travers l'Atlantique Nord et au delà. Dans ce travail, les observations satellitaires de la hauteur de la surface de la mer (SSH) conjuguées avec la température, le degré de salinité et la vitesse obtenue à partir de bouées adaptées, sont utilisées pour estimer les variations de la branche haute, s'écoulant vers le Nord, de l'AMOC à des latitudes autour de 41°N. On trouve que le renversement moyen de 2004 à 2006 est égal à 15.5 ± 2.4 Sv* (106 m3/s) avec une variabilité interannuelle et saisonnière un peu plus petite qu'aux plus basses latitudes. Il n'y a pas de tendance significative dans la force du renversement entre 2000 et 2009. Cependant, les données altimétriques suggèrent une augmentation de 2,6 Sv depuis 1993, ce qui est cohérent avec le réchauffement de l'Atlantique Nord pendant cette même période. Malgré des fluctuations saisonnières et internannuelles, ces observations démontrent qu'aucun ralentissement substantiel de l'AOMC s'est produit au cours des 7 dernières années et il est improbable qu'il se soit produit lors des deux dernières décennies."
Caractères engraissés par l'auteur du site.

Quelques explications : gulf

  • "Le nord de l’Atlantique Nord et les mers subpolaires sont les lieux de formation de l’eau profonde Nord Atlantique, qui est à l’origine d’une cellule méridienne verticale de circulation appelée AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation ). Le Courant Nord Atlantique, qui constitue la branche supérieure de cette cellule, transporte vers le nord l’eau chaude et salée subtropicale qui est progressivement refroidie et convertie en eau intermédiaire ou profonde dans le gyre et les mers subpolaires."(extrait d'un sujet de thèse 2009 Ifremer).
    Le
    célèbre Gulf Stream (aussi appelé, pour ce qui nous concerne, le courant ou la circulation Nord Atlantique) qui est censé apporter un climat plus doux à l'ouest du Royaume Uni et de le France (On n'en est pas certain. Ceci est très contesté !.. bien qu'enseigné dans nos écoles), constitue une des principales branches de l'AMOC.

  • *Sv est le nom d'une unité de débit appelée Sverdup du nom d'un océanographe Norvégien (H.U. Sverdup 1888-1957). Un Sverdup équivaut à 106 m3/seconde.
    Ces mesures ont été effectuées par 41°N. C'est à cette latitude que le Titanic a sombré
    .

Voici, ci-contre, la courbe maîtresse de l'article de Josh Willis :willis21010



Elle montre différents aspects du transport (du flux) océanique, mesuré en Sverdup, vers le Nord, pour une période allant du début 2002 à la mi 2009.

"Geostrophic transport" correspond à la composante horizontale de la circulation thermohaline. (sans frottement, voir explication plus détaillée ici).

En bleu, le Geostrophic Transport combinant les mesures satellitaires du niveau des mers et les mesures des balises ARGO. En rouge, le GT en ne prenant pas en compte les mesures satellitaires du niveau des mers :SSH (Sea surface height)

Ekmann Transport désigne le transport provoqué par le vent à proximité de la surface. Ces transports vont à droite de la direction du vent dans l'hémisphère nord et à gauche dans l'hémisphère sud. (voir quelques détails ici).

Ce qu'il faut retenir de ce graphique c'est qu' aucun changement significatif n'est intervenu dans le transport de l'AMOC, durant ces dernières années, comme le déclare Josh Willis. D'autres observations, consignées dans l'article indiquent qu'il en est probablement ainsi depuis au moins deux décennies. Voilà qui est rassurant !

Conclusion : Je vous conseille de lire cet article de Wikipedia et notamment la dernière partie qui, bien que certainement revue et corrigée par le Torquemada de Wikipédia, l'ingénieur en informatique William Connolley, reflète assez bien le flou considérable qui règne sur cette question. En gros, on ne sait pas vraiment ce qu'il se passerait même si l'AMOC et le Gulf Stream venaient à ralentir. Assez prudemment, le dernier rapport du GIEC (l'AR4) n'envisage pas de catastrophe de ce côté-là pour le 21ème siècle au moins. C'est exceptionnel et mérite d'être noté. Peut-être que cette partie du rapport prend ses sources auprès d'articles scientifiques plutôt qu'auprès des brochures d'activistes environnementalistes ?

Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi on a entendu, lu, ou vu dans les médias, dans un grand nombre de forums, dont certains à prétention scientifique, que les épisodes froids voire glaciaires que nous avons connu récemment sur une grande partie de l'hémisphère Nord, "sont certainement dus à l'arrêt du Gulf Stream" ? Et que s'il fait froid dans les années à venir, ce sera certainement à cause de l'arrêt du Gulf Stream, mais évidemment, sûrement pas parce que l'hypothèse CO2 et les modèles associés, présentent quelques défauts...
Tout cela alors qu'on ne sait même pas, avec certitude, si le Gulf Stream réchauffe vraiment l'Europe de l'Ouest et que les scientifiques nous démontrent que tout va bien dans l'atlantique Nord.
Il est vraiment urgent de tordre définitivement le cou à ce canard alarmiste !

Quoiqu'il en soit, faites le savoir : L'AMOC et le Gulf Stream ne se sont jamais si bien portés. Merci pour eux ...

 

20 Janvier 2010 : Fonte des glaciers ? Une étude récente montre que la fonte des glaciers Alpins était plus importante dans les années 1940 que de nos jours, bien que la température actuelle soit plus élevée qu'à cette époque.
C'est un démenti cinglant apporté aux affirmations du rapport AR4 2007 du GIEC qui assurait que la fonte des glaciers Alpins (et autres) résultait du réchauffement climatique.

L'analyse de cet article scientifique récent sur la fonte réelle des glaciers alpins depuis 1920 met aussi en lumière l'"amateurisme " (comme dit Paul Reiter) de certaines sections du rapport scientifique du GIEC.
Nous allons comparer les affirmations et les sources afférentes du rapport AR4 du GIEC au sujet de la fonte des glaciers alpins, à la réalité objective. Le résultat est, pour le moins, dérangeant pour le GIEC.

1. Le Rapport Scientifique du GIEC :

Tout d'abord, voyons ce que le GIEC affirmait dans son dernier rapport scientifique de 2007 au sujet de la "disparition" des glaciers alpins, Andins et Africains, résultants, selon lui, du réchauffement climatique :.
Dans le rapport scientifique AR4, groupe WGII, au paragraphe 1.3.1.1 Effets observés dus au changement de la cryosphère (NDT : résultants du réchauffement climatique) , vous trouverez la Table 1.2 ci-dessous dont j'ai extrait la ligne qui concernait la réduction de la glace de montagne.

Table 1.2. Selected observed effects due to changes in the cryosphere produced by warming. (Fac Simile de l'AR4 : Effets observés dus aux changements de la cryosphère résultant du réchauffement)

Environmental factor  Observed changes  Time period  Location  Selected references 
Reduction in mountain ice  Loss of ice climbs  1900-2000  Andes, Alps, Africa  Schwörer, 1997; Bowen, 2002 

Les effets observés pour la réduction des glaciers des montagnes due au réchauffement climatique, sont, d'après ce rapport; la perte de parcours d'escalades sur parois glacées, de 1900 à 2000, dans les Andes, les Alpes et en Afrique. On s'attendrait à ce que cette affirmation soit supportée par un et, si possible, plusieurs articles scientifiques revus par les pairs, pourvus de données chiffrées couvrant la période 1900-2000 et les zones géographiques précisées (Andes, Alpes, Afrique). De plus et pour soutenir les affirmations ( "produced by warming") contenues dans cette table, faudrait-il, au moins, que les données chiffrées sur la perte des zones glacées soient corrélées aux variations de températures constatées dans ces même zones. C'est ce que l'on pourrait exiger d'une micro-thèse d'étudiant en université mais c'était, sans doute, trop demander au rapport scientifique du GIEC. Le (ou les) rédacteurs de ce chapitre du AR4 WGII se sont contentés de deux sources anecdotiques, dépourvues de données chiffrées et de corrélations, évidemment non revues par les pairs et rédigées (une fois encore) par deux propagandistes du réchauffement climatique, pour en tirer des conclusions si hasardeuses qu'elles ont été démenties par les observations rigoureuses effectuées sur le terrain.

climbing- La référence Bowen 2002 est celle-ci "Bowen, N., 2002: " Canary in a coalmine". Climbing News, 208, 90-97, 138-139.".(ci-contre). Climbing News est une revue de kiosque, populaire auprès des adeptes de la grimpette en haute montagne. Le titre "Le Canari dans la mine" est déjà une indication claire de la volonté de l'auteur d'affirmer que la fonte des parcours d'escalade est un indicateur certain du réchauffement climatique global (ce qui est faux comme nous allons le voir ci-dessous). Cet article cite des anecdotes d'alpinistes racontant leurs observations sur le terrain depuis les années 1970. A noter que Mark Bowen est un activiste bien connu des thèses du réchauffement global. et auteur de deux livres pro-RCA Censoring science et Thin Ice. Comme source "scientifique" indépendante, on doit pouvoir trouver beaucoup mieux qu'un article de revue de kiosque rédigé par un auteur visiblement très engagé.
-La référence "Schwörer 1997" est une simple micro-thèse d'un étudiant en géographie de l'Université de Berne en Suisse pour l'obtention d'un diplôme équivalent au Master of Science. Dario-Andri Schwörer est actuellement guide professionnel et activiste du changement climatique. Sa dissertation rapporte, entre autres, les interviews de quelques 80 guides de montagnes de la région de Bernina dans les Alpes Suisses dont nous allons justement parler ci-dessous. Inutile de préciser que cette dissertation n'a pas suivi le processus rigoureux exigé pour les articles des revues scientifiques.

En bref, les sources invoquées par le GIEC pour la disparition des glaciers Alpins, Andins et Africains de 1900 à 2000, ne sont rien d'autre qu'une série de témoignages d'alpinistes encore vivants, qui, pour la plupart exercent leur art dans les Alpes et qui n'ont certainement pas connu ni les années 1900, ni même les années 1940-45....Enfin, les sources pour l'affirmation du GIEC sur la disparition des glaciers "en Afrique" sont inexistantes. Et pour cause, ils n 'osent plus trop évoquer le Kilimandjaro. On les comprend.
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2. L'article scientifique sur la "fonte" des glaciers des Alpes suisses.

Une équipe de chercheurs Suisses de Zurich et de Fribourg (M. Huss, M. Funk et A Ohmura) vient de publier un article dans les Geophysical Research Letters intitulé " Strong Alpine glacier melt in the 1940 due to enhanced solar radiation" (ref : Vol 36, L23501, doi : 10.1029/2009GL040789, 2009). Soit, en français : " Forte fonte des glaciers Alpins dans les années 1940 due à une forte irradiance solaire".. Voici le résumé en anglais puis en français :

"A 94-year time series of annual glacier melt at four high elevation sites in the European Alps is used to investigate the effect of global dimming and brightening of solar radiation on glacier mass balance. Snow and ice melt was stronger in the 1940s than in recent years, in spite of significantly higher air temperatures in the present decade. An inner Alpine radiation record shows that in the 1940sglobal shortwave radiation over the summer months was 8% above the long-term average and significantly higher than today, favoring rapid glacier mass loss. Dimming of solar radiation from the 1950s until the 1980s is in line with reduced melt rates and advancing glaciers."

Résumé en français : " Une série, sur 94 ans, de mesures annuelles de la fonte des glaciers situés à quatre hautes altitudes dans les Alpes Européennes est utilisée pour étudier les effets de l'obscurcissement et de l'augmentation de l'irradiance solaire sur le bilan massique des glaciers. La fonte de la neige et de la glace était plus importante dans les années 1940 que lors des années récentes, malgré une température de l'air plus élevée dans la présente décennie. Un enregistrement de l'irradiance mesurée au sein des Alpes montre que dans les années 1940, l'irradiance à courte longueur d'onde (NDT : dans le visible et l'UV par opposition avec l'infrarouge aux grandes longueurs d'onde) était de 8% au dessus de la moyenne à long terme et, de manière significative, plus élevée qu'aujourd'hui, favorisant ainsi la perte rapide de la masse des glaciers. L'affaiblissement de l'irradiance solaire depuis les années 1950 jusqu'aux années 1980 est en accord avec les taux réduits de fonte et l'avance des glaciers." (Les caractères engraissés sont de l'auteur de ce site). huss3

 

 

Les mesures collationnées par ces trois chercheurs suisses concernent les grands glaciers indiqués en grands caractères sur cette carte. Les mesure d'irradiance solaire proviennent essentiellement des bases de données de Davos et d'autres emplacements indiqués par des symboles rouges comme cela est indiqué dans la légende figurant dans le coin inférieur droit. Les taches bleues montrent la disposition des glaciers des Alpes Suisses. Les triangles bleus indiquent la position des stations météo.

 

 

Voici, ci-contre, les courbes maîtresses de l'article de nos chercheurs Suisses.
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Courbes de la partie haute :
L'anomalie de fonte (fonte vers le haut) est représentée par des x noirs reliés par un trait fin bleu. La fonte moyennée est représentée par le trait noir épais. Les trois cadres rouges (fonte positive) et bleu (renforcement des glaciers) indiquent que la fonte qui s'est produite dans les années 1945 était de +17,4% et donc nettement supérieure à celle (13,4%) qui s'est produite dans les années 2005 conformément à ce qui est déclaré dans le résumé.
La courbe en tiretés rouges montre l'évolution de la température durant les périodes pendant lesquelles la température était supérieure à 0°C et donc susceptibles de provoquer la fonte. On observe immédiatement que les courbes d'anomalie de fonte (trait noir épais) et la courbe en tiretés rouges des températures ne sont pas parallèles, d'où la conclusion que ce n'est pas la température qui détermine la "fonte" des glaciers alpins tout comme d'ailleurs celle du glacier du Kilimandjaro.

La courbe en rouge du bas représente l'anomalie d'irradiation solaire enregistrée à la station de Davos pendant les mois d'été (donc pendant les mois de fonte). Cette mesure tient évidemment compte de l'ennuagement présent au dessus de la région. Comme on le voit, l'insolation, au dessus des Alpes Suisse, était supérieure pendant les années 1945 à ce qu'elle est maintenant. D'où la conclusion des auteurs que le soleil est responsable de la fonte des glaciers et non pas la température ambiante. Les auteurs attribuent le fait que l'insolation ait été plus importante dans les années 40, à une plus faible teneur de l'atmosphère en aérosols, sans que l'on puisse en être certain. Les premières mesures satellitaires ont été entreprises dans les années 80.

La conclusion des trois auteurs de cet article contient une condamnation, à peine voilée, des affirmations du rapport du GIEC. La voici, en anglais puis en français :

"Our data sets provide evidence that the extraordinary melt rates in the 1940s can be attributed to enhanced solar radiation in summertime. Models for past and future glacier changes should take into account the effect of decadal radiation variations as they significantly alter the relationship between glacier melt and air temperature."

"Les données issues de nos observations apportent des éléments de preuve que les taux de fontes extraordinaires des années 1940 peuvent être attribués à une irradiance solaire plus élevée pendant les mois d'été. Les modèles pour le passé et le futur de l'évolution des glaciers devraient prendre en compte l'effet des variations d'insolations décennales parce qu'elles altèrent, de manière significative, la relation entre la fonte des glaciers et la température de l'air."

En bref et en résumé : Sans doute à cause de leur altitude élevée, les glaces et les neiges éternelles des glaciers ne subissent pas, de manière triviale, les effets du réchauffement climatique comme cela a souvent été imprudemment affirmé. Dans la plupart des situations, aussi bien au Kilimandjaro que dans l'Himalaya (rapport du glaciologue Vijay Kumar Raina qui a observé que les glaciers Himalayens évoluent de manière désordonnée) comme dans les Alpes Suisses, la quantité de glace et de neige supportée par les glaciers dépend surtout de la pluviométrie (de neige) et de l'ensoleillement et non pas de la température ambiante à basse altitude. Ainsi, non seulement les affirmations du rapport scientifique du GIEC étaient-elles infondées du point de vue scientifique mais elles ont été démenties par les observations précises effectuées sur le terrain.

D'autres commentaires à propos de l'article sur la fonte des glaciers alpins : Prof. Roger Pielke Sr.

23 Décembre 2009 : Contrairement à ce qui est très souvent affirmé, la hausse modérée des températures du XXème siècle ( +0,7°C en cent ans) n'est ni particulièrement rapide ni particulièrement intense par rapport au passé, même récent.

On nous dit et on nous répète sans cesse que "la vitesse du changement climatique est sans précédent... depuis les temps les plus reculés".
De fait, c'est l'argument "choc" des supporters du GIEC. L'argument ultime qui est censé remporter l'adhésion.
Beaucoup l'admettent sans aller chercher plus loin.
Les politiques et les médias qui ne craignent pas d'en rajouter, nous parlent sans cesse de
"dérèglement climatique", voire de "crise climatique", ou encore, plus fort, de catastrophe climatique " et de "chaos climatique"...

Mais ces expressions alarmistes sont-elles fondées ? Vivons nous réellement dans une période de "catastrophe climatique" ?
Voyons cela à la lumière des données récemment observées et publiées...

Il n'est nul besoin d'aller chercher bien loin pour trouver des points de comparaison avec la période actuelle. L'optimum médiéval (l'an mil) et la période Minoéenne ((1200 avant JC) ont fait aussi bien, et même mieux, que le XXème siècle, comme le montrent les mesures isotopiques tirées des forages glaciaires prélevés au sommet du Groenland et publiées par la NOAA en 2000.

Les données de la NOAA datent de 1997. Elles ont été mises en ligne en 2000, mais étaient, semble-t-il, restées dans les cartons...

Le site adhoc de la NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Administration U.S.) est ici "GISP2 - Temperature Reconstruction and Accumulation Data"
Vous trouverez ici les résultats des mesures (lissées) des carottages du Groenland
, en format txt. Vous pourrez tracer, vous-même et sans difficulté, les courbes que je donne ci-dessous, en utilisant n'importe quel tableur comme Excell ou (mieux) Origin. Ces données proviennent de forages réalisées sur le sommet du Groenland où la couche de glace atteint 3000m.

Vous remarquerez que les données des abscisses sont en milliers d'année BP (before present; avant le présent. Le présent étant 1997) et que le relevé le plus récent est indicé 0,0951409. Ceci signifie qu'il s'agit de l'année 1997-95,1 soit 1902 environ.
En effet, on estime qu'il faut environ 80 ans pour que les bulles d'air piègées dans la neige puis dans la glace qui forme le substrat du glacier, se referment. Il faudra donc attendre jusqu'à l'année 2090 pour pouvoir utiliser les forages glaciaires qui correspondent à l'époque actuelle.
A noter que ces données remontent jusqu'à -50.000 ans, ce qui est rendu possible par l'énorme épaisseur de la couche de glace présente au centre du Groenland.

Vous trouverez une collection complète de c